Je suis d'avis que toutes ces tentatives de créer des monnaies alternatives (sel, bitcoin, celle-ci, etc.) visent complètement à côté de la cible et prennent le problème à l'envers.
La monnaie n'existe pas dans le vide et les politiques monétaires sont avant tout l'expression de rapports de force entre les acteurs économiques (états, classes sociales). Une critique un tant soit peu conséquente doit intégrer ces dimensions politique et économique. La valeur d'une monnaie est en premier lieu déterminée par la capacité de production de l'entité économique qui la soutient. Le Dollar américain ne s'est pas imposé par magie, mais parce que les ÉUA sont la première puissance industrielle (bien que bientôt détrônée par la Chine, ce qui, à terme, entraînera sans doute une remise en cause du statut du Dollar comme monnaie dominante). En raison du rôle proéminent de la monnaie dans nos sociétés, ces enjeux économiques sous-jacents sont masqués et la monnaie apparaît alors comme un simple outil d'échanges de marchandises, alors qu'il s'agit bien plus que cela. Il est remarquable que le bitcoin, alors qu'il se pose en alternative du système monétaire dominant, en reproduit les principaux travers, dont une très forte concentration de sa quantité disponible entre une fraction réduite d'acteurs : les premiers venus ainsi que les gros mineurs qui disposaient d'un capital initial important pour pouvoir investir (construire une ferme de minage demande un investissement conséquent).
Ainsi, il n'existe pas de solution "technique" au problème monétaire. Je pense au contraire que priver tout contrôle politique sur la monnaie pour la confier à un algorithme, qui est le dénominateur commun de toutes ces monnaies alternatives sous prétexte que les banques centrales et les gouvernements n'agissent pas pour l'intérêt commun, ne ferait qu'aggraver le problème si l'on imaginait que ces monnaies devaient un jour s'imposer. Toutefois, ceci semble a priori exclut dans la mesure où l'on imagine mal des états, aussi libéraux soient-ils, vouloir complètement se priver de tout contrôle sur l'émission monétaire. On se retrouverait tous dans la situation de la Grèce vis_à-vis de l'Euro qui s'est vue empêchée d'appliquer une politique différente de celle imposée par la Troïka (strict contrôle de l'inflation) avec le désastre économique et social qui a suivi. Reproduire ce système au niveau mondial m’apparaît plus comme une dystopie que comme le futur auquel j'aspire.
# Fétichisme de la monnaie
Posté par Pif le Chien . En réponse à la dépêche La monnaie libre pour une économie du Libre. Évalué à 9.
Je suis d'avis que toutes ces tentatives de créer des monnaies alternatives (sel, bitcoin, celle-ci, etc.) visent complètement à côté de la cible et prennent le problème à l'envers.
La monnaie n'existe pas dans le vide et les politiques monétaires sont avant tout l'expression de rapports de force entre les acteurs économiques (états, classes sociales). Une critique un tant soit peu conséquente doit intégrer ces dimensions politique et économique. La valeur d'une monnaie est en premier lieu déterminée par la capacité de production de l'entité économique qui la soutient. Le Dollar américain ne s'est pas imposé par magie, mais parce que les ÉUA sont la première puissance industrielle (bien que bientôt détrônée par la Chine, ce qui, à terme, entraînera sans doute une remise en cause du statut du Dollar comme monnaie dominante). En raison du rôle proéminent de la monnaie dans nos sociétés, ces enjeux économiques sous-jacents sont masqués et la monnaie apparaît alors comme un simple outil d'échanges de marchandises, alors qu'il s'agit bien plus que cela. Il est remarquable que le bitcoin, alors qu'il se pose en alternative du système monétaire dominant, en reproduit les principaux travers, dont une très forte concentration de sa quantité disponible entre une fraction réduite d'acteurs : les premiers venus ainsi que les gros mineurs qui disposaient d'un capital initial important pour pouvoir investir (construire une ferme de minage demande un investissement conséquent).
Ainsi, il n'existe pas de solution "technique" au problème monétaire. Je pense au contraire que priver tout contrôle politique sur la monnaie pour la confier à un algorithme, qui est le dénominateur commun de toutes ces monnaies alternatives sous prétexte que les banques centrales et les gouvernements n'agissent pas pour l'intérêt commun, ne ferait qu'aggraver le problème si l'on imaginait que ces monnaies devaient un jour s'imposer. Toutefois, ceci semble a priori exclut dans la mesure où l'on imagine mal des états, aussi libéraux soient-ils, vouloir complètement se priver de tout contrôle sur l'émission monétaire. On se retrouverait tous dans la situation de la Grèce vis_à-vis de l'Euro qui s'est vue empêchée d'appliquer une politique différente de celle imposée par la Troïka (strict contrôle de l'inflation) avec le désastre économique et social qui a suivi. Reproduire ce système au niveau mondial m’apparaît plus comme une dystopie que comme le futur auquel j'aspire.