Ton raisonnement se tiendrait si les transports en voiture étaient une solution de confort uniquement, mais ça n'est pas le cas. C'est aussi et surtout une question de temps. Le plus facile, c'est de regarder pour soi. J'habite dans une petite ville de grande banlieue, avec 15km à faire pour aller au taf sur des routes de campagnes, et deux gamins à amener/récupérer à deux crèches différentes. Il me faudrait 20 minutes de marche pour le premier gamin, puis prendre une navette qui passe toutes les 30 minutes, puis 15 minutes de bus, déposer le deuxième gamin, puis 15 minutes de bus, puis 5 minutes de RER et 10 minutes de marche pour aller au boulot. Résultat, une heure de transport "pur", et 4 correspondances, qui peuvent aller jusqu'à 30 minutes chacune si ça se goupille mal (et descendre du bus, déposer un gamin, et attendre le prochain bus, par définition, ça se goupille toujours mal). Je ne peux pas mettre 2h le matin pour aller au boulot qui est à 15 bornes de chez moi, c'est ridicule. Même chose le soir? Tes 6k€/an, tu les exploses en frais de garde, en taxi, en location de véhicule pour faire la moindre chose (aller à la déchetterie? aller récupérer un gamin malade à l'école en pleine journée quand il n'y a pas de bus?). Comment tu fais tes courses quand le supermarché est à 2km? Comment tu vas au marché quand c'est à 4km? Il faut n'avoir que ça à faire de sa vie. Ton truc, ça fonctionne pour les urbains sans gamins, avec un réseau de transport en commun dense, et surtout en acceptant de dépendre des autres (tu te fais livrer tes courses, tes meubles, tu te fais retirer tes encombrants, tu te fais prêter une bagnole quand tu en as besoin). Super, tu peux prétendre ne pas utiliser de bagnole, mais en fait, ton mode de vie repose sur le fait que tout un tas d'autres gens l'utilisent pour toi.
Le chose dont beaucoup de gens manquent le plus, ça n'est pas l'argent, c'est le temps. Et la bagnole, ça achète du temps, beaucoup de temps. Et du confort aussi, ce qui n'est pas non plus négligeable ; dans une bagnole, tu pars quand tu veux, tu t'arrêtes où tu veux, tu prends le chemin que tu veux, tu n'as pas de voisins bruyants, malodorants, tu choisis ta station de radio, la température de l'habitacle, c'est une extention de ton domicile. Tu ne peux pas considérer que la bagnole ça n'est qu'un élément de «paraitre», si tu penses que ça n'est que ça, tu est à côté de la plaque.
Favoriser le télétravail (une réduction d’impôt pour les entreprises le pratiquant par exemple)
Super, comme modèle. Tu veux généraliser l'idée de se couper d'une vie sociale professionnelle, tu veux que les entreprises n'aient même plus à fournir de bureaux à ses employés, tu veux aussi que les employés maintiennent les bureaux, payent l'électricité, le papier toilette... Et si tu ne veux pas? Tu crois que ton employeur, ça va lui faire plaisir d'embaucher des gens qui ne peuvent pas travailler chez eux, parce qu'ils n'ont pas la place, parce que c'est bruyant, parce qu'ils partagent leur appart avec de la famille ou des colocataires? «Ah non, nous, monsieur, on est une entreprise moderne, on n'a pas de bureaux, chacun travaille chez soi. Comment, vous voulez un bureau? Un machine à café aussi tant que vous y êtes? Passez votre chemin!». La prochaine étape, c'est quoi? Tu reçois les clients chez toi? Les ouvriers installent leurs machines-outil à la cave?
Le télétravail pose tellement de problèmes sur tellement de plans (en particulier, sur le plan humain et social) que je ne vois pas comment ça pourrait être la base d'un modèle de développement. Ça me semblerait beaucoup plus pertinent d'organiser la réduction des trajets domicile-travail, par exemple, en favorisant l'échange de salariés entre entreprises, et en pénalisant fortement les mobilités forcées (typiquement, les changements récurrents de sièges sociaux, qui est une technique de RH dans certaines entreprises).
[^] # Re: Voitures électriques
Posté par arnaudus . En réponse au journal Le Bitcoin va-t-il détruire la planète ? Contre‐point. Évalué à 4.
Ton raisonnement se tiendrait si les transports en voiture étaient une solution de confort uniquement, mais ça n'est pas le cas. C'est aussi et surtout une question de temps. Le plus facile, c'est de regarder pour soi. J'habite dans une petite ville de grande banlieue, avec 15km à faire pour aller au taf sur des routes de campagnes, et deux gamins à amener/récupérer à deux crèches différentes. Il me faudrait 20 minutes de marche pour le premier gamin, puis prendre une navette qui passe toutes les 30 minutes, puis 15 minutes de bus, déposer le deuxième gamin, puis 15 minutes de bus, puis 5 minutes de RER et 10 minutes de marche pour aller au boulot. Résultat, une heure de transport "pur", et 4 correspondances, qui peuvent aller jusqu'à 30 minutes chacune si ça se goupille mal (et descendre du bus, déposer un gamin, et attendre le prochain bus, par définition, ça se goupille toujours mal). Je ne peux pas mettre 2h le matin pour aller au boulot qui est à 15 bornes de chez moi, c'est ridicule. Même chose le soir? Tes 6k€/an, tu les exploses en frais de garde, en taxi, en location de véhicule pour faire la moindre chose (aller à la déchetterie? aller récupérer un gamin malade à l'école en pleine journée quand il n'y a pas de bus?). Comment tu fais tes courses quand le supermarché est à 2km? Comment tu vas au marché quand c'est à 4km? Il faut n'avoir que ça à faire de sa vie. Ton truc, ça fonctionne pour les urbains sans gamins, avec un réseau de transport en commun dense, et surtout en acceptant de dépendre des autres (tu te fais livrer tes courses, tes meubles, tu te fais retirer tes encombrants, tu te fais prêter une bagnole quand tu en as besoin). Super, tu peux prétendre ne pas utiliser de bagnole, mais en fait, ton mode de vie repose sur le fait que tout un tas d'autres gens l'utilisent pour toi.
Le chose dont beaucoup de gens manquent le plus, ça n'est pas l'argent, c'est le temps. Et la bagnole, ça achète du temps, beaucoup de temps. Et du confort aussi, ce qui n'est pas non plus négligeable ; dans une bagnole, tu pars quand tu veux, tu t'arrêtes où tu veux, tu prends le chemin que tu veux, tu n'as pas de voisins bruyants, malodorants, tu choisis ta station de radio, la température de l'habitacle, c'est une extention de ton domicile. Tu ne peux pas considérer que la bagnole ça n'est qu'un élément de «paraitre», si tu penses que ça n'est que ça, tu est à côté de la plaque.
Super, comme modèle. Tu veux généraliser l'idée de se couper d'une vie sociale professionnelle, tu veux que les entreprises n'aient même plus à fournir de bureaux à ses employés, tu veux aussi que les employés maintiennent les bureaux, payent l'électricité, le papier toilette... Et si tu ne veux pas? Tu crois que ton employeur, ça va lui faire plaisir d'embaucher des gens qui ne peuvent pas travailler chez eux, parce qu'ils n'ont pas la place, parce que c'est bruyant, parce qu'ils partagent leur appart avec de la famille ou des colocataires? «Ah non, nous, monsieur, on est une entreprise moderne, on n'a pas de bureaux, chacun travaille chez soi. Comment, vous voulez un bureau? Un machine à café aussi tant que vous y êtes? Passez votre chemin!». La prochaine étape, c'est quoi? Tu reçois les clients chez toi? Les ouvriers installent leurs machines-outil à la cave?
Le télétravail pose tellement de problèmes sur tellement de plans (en particulier, sur le plan humain et social) que je ne vois pas comment ça pourrait être la base d'un modèle de développement. Ça me semblerait beaucoup plus pertinent d'organiser la réduction des trajets domicile-travail, par exemple, en favorisant l'échange de salariés entre entreprises, et en pénalisant fortement les mobilités forcées (typiquement, les changements récurrents de sièges sociaux, qui est une technique de RH dans certaines entreprises).