Après ça, on nous sert un mode de scrutin qui a fait la preuve qu'il était incapable de rendre compte de l'opinion des français tant il était sensible à des biais comme le vote utile.
Techniquement, l'argument est recevable. C'est juste que s'il est vrai, ses conséquences sont exactement contraires à ce que tu voudrais. Sauf cas discutable, les systèmes de vote alternatifs au scrutin majoritaire (type scrutin par approbation, par jugement majoritaire, ou de type Condorcet) avantage les candidats consensuels (ce qui est évidemment souhaitable, le but d'un système démocratique étant d'être le moins en désaccord les uns avec les autres). Or, dans le paysage politique actuel en France, les candidats consensuels sont toujours les centristes (dans une ligne Giscard - Barre - Bayrou - Macron), qui sont aussi les candidats les plus libéraux, les plus européens, et les moins interventionnistes. Je trouve donc ça paradoxal de raconter que la tendance vers la libéralisation est associée au système de vote, puisque la seule chose qu'a été capable de faire le système de vote de la Ve république, c'est de maintenir un semblant d'opposition avec une alternance gauche-droite plutôt que de favoriser un programme commun.
La discussion politique, c'est toujours intéressant. Par contre, je ne suis pas d'accord avec l'accumulation d'arguments incohérents. De facto, il existe dans l'électorat un mouvement anti-libéral, mais ce mouvement est hétéroclite et reste incapable depuis 40 ans de converger vers un programme commun; ce programme reste minoritaire dans l'expression des votes à toutes les élections, y compris celles pour qui le vote utile a peu de sens; c'est par contre un mouvement qui communique très bien et dont les thèses sont sur-représentées dans les médias par rapport aux intentions de vote. Non, parce qu'évidemment, il y a probablement des sbires du capitalisme qui vont piquer l'exemplaire de l'Humanité posé pour décorer chez les marchands de journaux pour y substituer le Figaro...
L'étape d'après, c'est quoi? C'est de dire que si la plupart des gens sont en désaccord avec toi, c'est parce qu'ils ont été influencés par des médias manipulateur, et que seuls quelques citoyens peu influencés connaissent la vérité vraie et devraient seuls être en mesure de décider de l'avenir du pays? Les gens n'ont jamais eu accès à autant de sources d'informations diverses, étranges, rocambolesques, ou purement débiles ; jamais les théories "alternatives" sur la conquête spatiale, la terre plate, les complots politiques, les franc-maçon, n'ont été aussi populaires chez tout un tas de gens. Dans l'histoire de l'humanité, je me demande même s'il a existé une époque où les citoyens ont été aussi informés et aussi encouragés à participer à la vie politique et au débat public, y compris à travers les insultes et invectives classiques sur les forums de discussion. Donc non, je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout, à l'idée de la société sclérosée par une mainmise des médias, à l'époque où les journaux ne se vendent plus et où justement les médias passent leur énergie à essayer de remettre la main sur le «temps de cerveau disponible» qui s'éparpille un peu partout plutôt que de regarder la première chaine de télé. Il faut revenir à la réalité, la société française dans son ensemble et dans sa diversité n'est pas, et n'a probablement jamais été de gauche (et je dirais, malheureusement, qu'elle n'a jamais non plus été humaniste et universaliste), et ça n'a rien à voir avec les médias ou l'époque, ça a toujours été comme ça. Cette réalité fait chier l'intellectuel parisien, mais c'est comme ça ; en France, il y a peu de bobos, et pas mal d'agriculteurs, chasseurs, retraités, chefs de petites entreprises, radins, paranos, xénophobes, et conservateurs. Si on ne vit pas avec cette réalité, alors on doit imaginer que notre opinion doit valoir plus que celles-là.
[^] # Re: ça fait chef d'entreprise et pas président de la république.
Posté par arnaudus . En réponse au journal Bookmark : Interview d'Emmanuel Macron sur l'IA dans Wired. Évalué à 7. Dernière modification le 09 avril 2018 à 13:29.
Techniquement, l'argument est recevable. C'est juste que s'il est vrai, ses conséquences sont exactement contraires à ce que tu voudrais. Sauf cas discutable, les systèmes de vote alternatifs au scrutin majoritaire (type scrutin par approbation, par jugement majoritaire, ou de type Condorcet) avantage les candidats consensuels (ce qui est évidemment souhaitable, le but d'un système démocratique étant d'être le moins en désaccord les uns avec les autres). Or, dans le paysage politique actuel en France, les candidats consensuels sont toujours les centristes (dans une ligne Giscard - Barre - Bayrou - Macron), qui sont aussi les candidats les plus libéraux, les plus européens, et les moins interventionnistes. Je trouve donc ça paradoxal de raconter que la tendance vers la libéralisation est associée au système de vote, puisque la seule chose qu'a été capable de faire le système de vote de la Ve république, c'est de maintenir un semblant d'opposition avec une alternance gauche-droite plutôt que de favoriser un programme commun.
La discussion politique, c'est toujours intéressant. Par contre, je ne suis pas d'accord avec l'accumulation d'arguments incohérents. De facto, il existe dans l'électorat un mouvement anti-libéral, mais ce mouvement est hétéroclite et reste incapable depuis 40 ans de converger vers un programme commun; ce programme reste minoritaire dans l'expression des votes à toutes les élections, y compris celles pour qui le vote utile a peu de sens; c'est par contre un mouvement qui communique très bien et dont les thèses sont sur-représentées dans les médias par rapport aux intentions de vote. Non, parce qu'évidemment, il y a probablement des sbires du capitalisme qui vont piquer l'exemplaire de l'Humanité posé pour décorer chez les marchands de journaux pour y substituer le Figaro...
L'étape d'après, c'est quoi? C'est de dire que si la plupart des gens sont en désaccord avec toi, c'est parce qu'ils ont été influencés par des médias manipulateur, et que seuls quelques citoyens peu influencés connaissent la vérité vraie et devraient seuls être en mesure de décider de l'avenir du pays? Les gens n'ont jamais eu accès à autant de sources d'informations diverses, étranges, rocambolesques, ou purement débiles ; jamais les théories "alternatives" sur la conquête spatiale, la terre plate, les complots politiques, les franc-maçon, n'ont été aussi populaires chez tout un tas de gens. Dans l'histoire de l'humanité, je me demande même s'il a existé une époque où les citoyens ont été aussi informés et aussi encouragés à participer à la vie politique et au débat public, y compris à travers les insultes et invectives classiques sur les forums de discussion. Donc non, je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout, à l'idée de la société sclérosée par une mainmise des médias, à l'époque où les journaux ne se vendent plus et où justement les médias passent leur énergie à essayer de remettre la main sur le «temps de cerveau disponible» qui s'éparpille un peu partout plutôt que de regarder la première chaine de télé. Il faut revenir à la réalité, la société française dans son ensemble et dans sa diversité n'est pas, et n'a probablement jamais été de gauche (et je dirais, malheureusement, qu'elle n'a jamais non plus été humaniste et universaliste), et ça n'a rien à voir avec les médias ou l'époque, ça a toujours été comme ça. Cette réalité fait chier l'intellectuel parisien, mais c'est comme ça ; en France, il y a peu de bobos, et pas mal d'agriculteurs, chasseurs, retraités, chefs de petites entreprises, radins, paranos, xénophobes, et conservateurs. Si on ne vit pas avec cette réalité, alors on doit imaginer que notre opinion doit valoir plus que celles-là.