• [^] # Re: ça fait chef d'entreprise et pas président de la république.

    Posté par . En réponse au journal Bookmark : Interview d'Emmanuel Macron sur l'IA dans Wired. Évalué à 4.

    Faire du profit est, pour une partie des citoyens, un moyen d'accéder au bonheur (ou du moins c'est ce qu'ils pensent).

    D'une manière un peu plus générale, si on remplace "faire du profit" par "gagner en pouvoir d'achat" (ce qui est exactement la traduction de "faire du profit" à l'échelle de l'employé salarié), alors on est probablement dans un consensus majoritaire. Et si on ajoute "ne pas perdre de pouvoir d'achat", alors on est en majorité écrasante. Si on regarde par exemple les motifs de contestation actuels, les manifestants veulent gagner plus d'argent (manifs pour l'augmentation des fonctionnaires), ne pas gagner moins d'argent (cheminots et retraités). En troisième position vient "travailler moins", ou "faire en sorte que ma position sociale ne dépende pas de la qualité/quantité de mon travail par rapport à celui des autres". C'est peut-être ce qui rappelle le plus la quête du bonheur...

    Mais bon, non, quelque part, le bonheur, ça ne semble pas vraiment être une préoccuppation politique directe importante pour la plupart de nos concitoyens. Ce qu'ils demandent éventuellement, c'est des choses qui, selon eux, pourraient permettre d'améliorer leur bonheur (du pognon, de préférence sans trop bosser). Paradoxalement, l'argent, ça sert à consommer plus de biens et de services, alors que les mêmes personnes se plaignent parfois du malheur que leur apporte la société de consommation. C'est un peu bizarre...

    En fait, l'idée qu'assouvir les besoins personnels à travers la possibilité d'augmenter ses revenus peut être un bénéfice pour l'ensemble de la société est au fondement du libéralisme, et ça ne m'étonne pas beaucoup de voir une telle philosophie à la base de la politique actuelle.

    D'une manière générale, il ne faut pas faire semblant de ne pas voir aussi l'hypocrisie derrière les revendications sociales. Quand les salariés demandent à partager les profits, ils souhaitent aussi, de leur point de vue, privatiser les profits et socialiser les dettes. Quand les fonctionnaires veulent maintenir leur pouvoir d'achat, ils n'ont pas en arrière pensée l'équilibre budgétaire. D'ailleurs, ils n'ont souvent aucune proposition de politique générale, ils veulent plus d'argent pour eux, plus de moyens, plus de postes dans leurs services ou leurs administrations, souvent pour de très bonnes raisons d'ailleurs. Mais bon, c'est super facile d'être vindicatif quand on choisit son camp. C'est le même processus pour les manifestations contre l'enfouissement des déchets nucléaires ou contre la construction d'éoliennes ; pour être assez motivé pour aller s'enchainer à des arbres ou à se faire gazer par des CRS, il faut forcément ne pas avoir la volonté de comprendre la complexité des problèmes... Je ne dis pas que la naïveté politique n'est pas efficace sur le plan de la communication et ne permet pas de faire avancer les choses, je dis juste qu'il faut quand même être conscient que quand on fait ça, on est finalement bien content de ne pas justement avoir le pouvoir de faire changer les choses comme on voudrait (et j'imagine qu'un certain Nicolas H., par exemple, en est un superbe exemple).