Je trouve que tu as une vision totalement étriquée de la situation. En te lisant sur cette enfilade, on a l'impression (je ne dis pas que c'est forcément le cas) que :
La Linux Fondation a des sous mais n'en fait rien ;
Le milieu de la recherche fait des efforts mais que la communauté du noyau n'en fait pas ;
La Linux Fondation devrait s'impliquer dessus de manière plus forte, comme Mozilla, etc.
C'est étriqué selon moi pour plusieurs raisons. Déjà comparer Linux et Mozilla, c'est difficile. Mozilla est une grosse structure, de plusieurs centaines de développeurs. C'est très centralisé, Mozilla a un grand contrôle de ses produits et donc de l'orientation des projets qu'il développe.
La Linux Fondation (et la communauté Linux en général) n'est pas centralisée. C'est plus une fédération. La Linux Fondation n'est qu'un outil pour que des entreprises puissent monter des projets en commun autour du noyau. La Linux Fondation a très peu de contrôle sur le noyau lui même (l'essentiel des contributions viennent des entreprises membres de la fondation, pas de la fondation elle même). D'ailleurs elle peine déjà à développé son programme d'intégration des femmes et des personnes souvent discriminées, donc le milieu de la recherche ce n'est pas gagné.
Du coup rien ne peut se faire sans une impulsion des membres de la fondation. Par exemple Tizen est un projet de la Linux Fondation. Mais le code provient essentiellement de Samsung aujourd'hui, voire d'Intel à une époque. C'est toujours comme ça. On est loin de Mozilla qui peut recruter (ou mobiliser) du jour au lendemain une armée de développeurs pour lancer Firefox OS.
Et tu minimisais l'importance de Greg à l'Inria, pourtant il me semble que c'est un signal fort que la fondation envoie pendant un an (probablement à ses frais) l'un des mainteneurs les plus importants à bosser dans le milieu de la recherche.
La communauté en générale a toujours été comme ça chacun apporte ce qu'il veut au noyau, il n'y a pas de commandants qui impose une voie à suivre. Seules les entreprises contributrices ont ce pouvoir en fait.
Et bien sûr, le code accepté ne l'est que si ça répond aux exigences de qualité d'une part et si ça apporte quelque chose considéré comme utile d'autres part. Ce n'est pas parce que c'est taggué "recherche universitaire" que c'est accepté. D'ailleurs on a la preuve que cela ne fonctionne pas toujours, on se souviendra de Tanembaum qui a craché sur les noyaux non-micronoyaux et pourtant aucun noyau largement déployé aujourd'hui n'en est un 20 ans après. Ça fait très argument d'autorité du coup, il faut que les chercheurs montrent que leurs travaux sont utiles, les résultats intéressants et comment employer cela. On a la preuve qu'en persévérant un peu, ça finit par être accepté. Cela a été pareil pour la culture du tests du noyau, longtemps négligé mais aujourd'hui ça se développe fortement.
Mais c'est comme tout, le libre ce n'est pas la présence de petits esclaves pour implémenter ton idée géniale. Soit les chercheurs font le boulots eux mêmes (ce que font certains), soit ils parviennent à convaincre, ou quelqu'un qui se posait la question est motivé pour aider. Typiquement, si pour avoir un noyau plus stable il faut mobiliser 10 personnes pendant 3 ans pour faire des tâches ingrates, cela peut devenir compliqué à faire sans que instance dirigeantes forte. Cela ne se fera pas spontanément par des bénévoles, et une entreprise seule ne va probablement pas le faire sans qu'elle n'en voit un bénéfice intéressant pour elle même par rapport à l'effort consenti.
Note par ailleurs que sans chercher très longtemps je suis tombé sur des recherches autour du noyau Linux mais bien sûr fait par une entreprise ou université elle même. D’ailleurs l'Université de Louvain-la-Neuve planche sur le mulltipath TCP avec Linux comme implémentation de référence. Tu as aussi des universités (essentiellement américaines et chinoises) qui sont membres de la Linux Fondation (donc à même de proposer des projets de recherche), etc.
Donc bon, qu'en conclure ? Je ne crois pas que la Linux Fondation, de part la nature de la communauté du noyau, soit à même de faire ce que Mozilla ou Microsoft font de leur côté. Je ne crois pas non plus que l'argument d'autorité "provient de la recherche" soit valable pour que le noyau s'intéresse spontanément et accepte sans difficulté les travaux des chercheurs. Et on a des signaux loin d'être négligeables selon moi que le monde de la recherche emploie Linux avec ou sans concertation des mainteneurs du projet.
[^] # Re: Le cerveau n'est pas logique
Posté par Renault (site web personnel) . En réponse au journal Pourquoi la recherche en langages de programmation ?. Évalué à 4.
Je trouve que tu as une vision totalement étriquée de la situation. En te lisant sur cette enfilade, on a l'impression (je ne dis pas que c'est forcément le cas) que :
C'est étriqué selon moi pour plusieurs raisons. Déjà comparer Linux et Mozilla, c'est difficile. Mozilla est une grosse structure, de plusieurs centaines de développeurs. C'est très centralisé, Mozilla a un grand contrôle de ses produits et donc de l'orientation des projets qu'il développe.
La Linux Fondation (et la communauté Linux en général) n'est pas centralisée. C'est plus une fédération. La Linux Fondation n'est qu'un outil pour que des entreprises puissent monter des projets en commun autour du noyau. La Linux Fondation a très peu de contrôle sur le noyau lui même (l'essentiel des contributions viennent des entreprises membres de la fondation, pas de la fondation elle même). D'ailleurs elle peine déjà à développé son programme d'intégration des femmes et des personnes souvent discriminées, donc le milieu de la recherche ce n'est pas gagné.
Du coup rien ne peut se faire sans une impulsion des membres de la fondation. Par exemple Tizen est un projet de la Linux Fondation. Mais le code provient essentiellement de Samsung aujourd'hui, voire d'Intel à une époque. C'est toujours comme ça. On est loin de Mozilla qui peut recruter (ou mobiliser) du jour au lendemain une armée de développeurs pour lancer Firefox OS.
Et tu minimisais l'importance de Greg à l'Inria, pourtant il me semble que c'est un signal fort que la fondation envoie pendant un an (probablement à ses frais) l'un des mainteneurs les plus importants à bosser dans le milieu de la recherche.
La communauté en générale a toujours été comme ça chacun apporte ce qu'il veut au noyau, il n'y a pas de commandants qui impose une voie à suivre. Seules les entreprises contributrices ont ce pouvoir en fait.
Et bien sûr, le code accepté ne l'est que si ça répond aux exigences de qualité d'une part et si ça apporte quelque chose considéré comme utile d'autres part. Ce n'est pas parce que c'est taggué "recherche universitaire" que c'est accepté. D'ailleurs on a la preuve que cela ne fonctionne pas toujours, on se souviendra de Tanembaum qui a craché sur les noyaux non-micronoyaux et pourtant aucun noyau largement déployé aujourd'hui n'en est un 20 ans après. Ça fait très argument d'autorité du coup, il faut que les chercheurs montrent que leurs travaux sont utiles, les résultats intéressants et comment employer cela. On a la preuve qu'en persévérant un peu, ça finit par être accepté. Cela a été pareil pour la culture du tests du noyau, longtemps négligé mais aujourd'hui ça se développe fortement.
Mais c'est comme tout, le libre ce n'est pas la présence de petits esclaves pour implémenter ton idée géniale. Soit les chercheurs font le boulots eux mêmes (ce que font certains), soit ils parviennent à convaincre, ou quelqu'un qui se posait la question est motivé pour aider. Typiquement, si pour avoir un noyau plus stable il faut mobiliser 10 personnes pendant 3 ans pour faire des tâches ingrates, cela peut devenir compliqué à faire sans que instance dirigeantes forte. Cela ne se fera pas spontanément par des bénévoles, et une entreprise seule ne va probablement pas le faire sans qu'elle n'en voit un bénéfice intéressant pour elle même par rapport à l'effort consenti.
Note par ailleurs que sans chercher très longtemps je suis tombé sur des recherches autour du noyau Linux mais bien sûr fait par une entreprise ou université elle même. D’ailleurs l'Université de Louvain-la-Neuve planche sur le mulltipath TCP avec Linux comme implémentation de référence. Tu as aussi des universités (essentiellement américaines et chinoises) qui sont membres de la Linux Fondation (donc à même de proposer des projets de recherche), etc.
Donc bon, qu'en conclure ? Je ne crois pas que la Linux Fondation, de part la nature de la communauté du noyau, soit à même de faire ce que Mozilla ou Microsoft font de leur côté. Je ne crois pas non plus que l'argument d'autorité "provient de la recherche" soit valable pour que le noyau s'intéresse spontanément et accepte sans difficulté les travaux des chercheurs. Et on a des signaux loin d'être négligeables selon moi que le monde de la recherche emploie Linux avec ou sans concertation des mainteneurs du projet.