Dans ce genre de cas, tu auras toujours deux points de vue irréconciliables :
Les clauses de l'accord sont inacceptables et bafouent les droits fondamentaux des citoyens.
L'accord donne un cadre et propose des règles contraignantes et opposables là où avant il n'y en avait aucune.
Les deux points de vue sont justes, et tout le débat va porter sur l'idée qu'on se fait d'une loi ou d'un processus démocratique (pour le premier, l'objectif de la justice sociale et de la défense absolue des droits fondamentaux, pour le deuxième, le pragmatisme et la construction d'un cadre législatif protecteur par couches successives).
Sur le fond, honnêtement, je ne comprends pas pourquoi les grosses boîtes ont un besoin essentiel de faire traverser l'Atlantique aux données personnelles des citoyens européens. C'est quand même une bulle ce truc, tout le monde semble être prêt à payer des bases de données personnelles à des sommes faramineuses, mais sur le fond, est-ce qu'une seule boîte a jamais réussi à faire une quelconque marge dessus? Quand on divise par le nombre d'utilisateurs, les infos d'un compte Facebook coûteraient plusieurs centaines, voire milliers, de dollars. À part du chantage à la sex-tape ou autres trucs mafieux ou illégaux, comment tirer des centaines de dollars de l'ensemble des infos personnelles de quelqu'un? La pub ciblée? Ça va aller chercher à quoi, quelques centimes par achat?
Ça ne me semble pas impossible que toute cette grosse bulle finisse par retomber, parce que (i) la masse de données est tellement grande qu'elle devient de moins en moins possible à exploiter, (ii) qu'elle n'est probablement pas nécessaire pour la plupart des analyses (si tu veux savoir si les Chinois ont tendance à exprimer une préférence pour les voitures bleues, tu n'as pas besoin de 500 millions de compte ; quelques milliers bien échantillonnés suffisent largement), (iii) qu'elle n'est absolument pas fiable (les infos se périment à la vitesse de la lumière, les homonymes - pseudonymes - erreurs d'annotation qui se transmettent de site en site sont légion). Il y a plein de financiers qui se paluchent sur les "big data", plein d'ingénieurs qui conçoivent tout un tas d'algorithmes plus ou moins foireux... Et au final, on ne comprend même pas vraiment comment valoriser toute cette information. Ça me fait chier que Google sache beaucoup de choses sur moi, lise mes mails même si je ne passe pas par son serveur, sache avant moi que je suis malade ou que ma femme soit enceinte en le déduisant de mes requêtes internet. Mais est-ce que Google m'a jamais pris un seul "vrai" euro? Je ne sais même pas. Il a dû vendre des espaces publicitaires à tout un tas de boîtes qui ne m'ont jamais rien vendu, ou bien à des boîtes à qui j'ai acheté sans passer par les pubs ciblées... Mais tout ça c'est du vent, on ne peut pas éternellement vendre très cher des informations qui ne sont pas monétisables.
# Deux interprétations
Posté par arnaudus . En réponse au journal [bookmark] Privacy Shield subira-t-il le sort de Safe Harbor ?. Évalué à 9.
Dans ce genre de cas, tu auras toujours deux points de vue irréconciliables :
Les deux points de vue sont justes, et tout le débat va porter sur l'idée qu'on se fait d'une loi ou d'un processus démocratique (pour le premier, l'objectif de la justice sociale et de la défense absolue des droits fondamentaux, pour le deuxième, le pragmatisme et la construction d'un cadre législatif protecteur par couches successives).
Sur le fond, honnêtement, je ne comprends pas pourquoi les grosses boîtes ont un besoin essentiel de faire traverser l'Atlantique aux données personnelles des citoyens européens. C'est quand même une bulle ce truc, tout le monde semble être prêt à payer des bases de données personnelles à des sommes faramineuses, mais sur le fond, est-ce qu'une seule boîte a jamais réussi à faire une quelconque marge dessus? Quand on divise par le nombre d'utilisateurs, les infos d'un compte Facebook coûteraient plusieurs centaines, voire milliers, de dollars. À part du chantage à la sex-tape ou autres trucs mafieux ou illégaux, comment tirer des centaines de dollars de l'ensemble des infos personnelles de quelqu'un? La pub ciblée? Ça va aller chercher à quoi, quelques centimes par achat?
Ça ne me semble pas impossible que toute cette grosse bulle finisse par retomber, parce que (i) la masse de données est tellement grande qu'elle devient de moins en moins possible à exploiter, (ii) qu'elle n'est probablement pas nécessaire pour la plupart des analyses (si tu veux savoir si les Chinois ont tendance à exprimer une préférence pour les voitures bleues, tu n'as pas besoin de 500 millions de compte ; quelques milliers bien échantillonnés suffisent largement), (iii) qu'elle n'est absolument pas fiable (les infos se périment à la vitesse de la lumière, les homonymes - pseudonymes - erreurs d'annotation qui se transmettent de site en site sont légion). Il y a plein de financiers qui se paluchent sur les "big data", plein d'ingénieurs qui conçoivent tout un tas d'algorithmes plus ou moins foireux... Et au final, on ne comprend même pas vraiment comment valoriser toute cette information. Ça me fait chier que Google sache beaucoup de choses sur moi, lise mes mails même si je ne passe pas par son serveur, sache avant moi que je suis malade ou que ma femme soit enceinte en le déduisant de mes requêtes internet. Mais est-ce que Google m'a jamais pris un seul "vrai" euro? Je ne sais même pas. Il a dû vendre des espaces publicitaires à tout un tas de boîtes qui ne m'ont jamais rien vendu, ou bien à des boîtes à qui j'ai acheté sans passer par les pubs ciblées... Mais tout ça c'est du vent, on ne peut pas éternellement vendre très cher des informations qui ne sont pas monétisables.