Si l'on parle dans une langue où quand on pense à une personne avec un doctorat, c'est UN docteur, on imagine un homme. Et du coup, la femme avec un doctorat semble moins à sa place, et donc risque d'être moins bien payée, et moins promue, elle aura plus de mal à avoir son doctorat, etc.
Comme ce biais existe dans les langues n'ayant pas la notion de masculin / féminin comme l'anglais (a doctor ne renvoie ni masculin, ni féminin) cela montre clairement que de changer cette approche ne suffit clairement pas à résoudre le problème qui semble plus culturel que linguistique.
Comme disait Wittgenstein : « Les frontières de ma langue sont les frontières de mon monde ». Les choses que l'on ne peut exprimer dans sa langue sont des choses auxquels on peine à penser.
Je pense que tu te fourvoies un peu dans l'interprétation de cette expression.
Exprimer qu'un docteur est une femme, en français comme en anglais c'est hyper facile. Honnêtement, ce n'est pas le genre de choses que la langue française bloque.
Par contre, essaye d'employer un terme dont il n'y a pas de mot français (ou une explication simple en plusieurs mots), tu vas galérer, exprimer des difficultés à expliquer la notion. D'ailleurs, les mots naissent et disparaissent à cause de cela. Les emprunts d'autres langues aussi. Le but est d'avoir la capacité à communiquer simplement et avec le moins d’ambiguïté.
Imagine, un peuple d'Amérique en 1492, pour la première fois ils voient des chevaux. Pour les européens, quand tu dis cheval (ou sa traduction), tout le monde ou presque voit exactement ce que c'est. On en a une image, pas la même entre les individus mais quelque chose de visuellement tangible. Quand les premiers américains ont du décrire les chevaux qu'ils ne connaissaient pas à leurs semblables, c'était délicat. Faut faire de longues phrases descriptives, qui sont difficiles à formaliser et faire un dessin. En l'absence d'un mot pour désigner cette espèce (faute d'en avoir croisé en fait), ils étaient limités par leur langage pour exprimer un terme pourtant banal.
Tu peux d'ailleurs le constater quand tu apprends une langue étrangère. Tu exprimes au début peu de nuances dans tes propos, pour expliquer certaines choses pourtant simples (faute de connaître le vocabulaire approprié) tu vas faire des périphrases qui risquent de perturber la compréhension. Cela ne sera pas clair, d'autant qu'on a parfois du mal à décrire des notions qui nous semblent évidentes. Je me vois mal décrire ce que c'est la liberté en anglais, mais si je sors le mot freedom cela sera clair pour tout le monde.
Pour les langues étrangères, tu le constates aussi que le raisonnement n'est pas le même, tu ne t'attaches pas forcément aux mêmes détails. Tu ne peux pas transposer la conjugaison française et anglaise directement. Les mécanismes derrière étant différents, les rapports aux actions et au temps différents nécessitent de raisonner autrement pour avoir la conjugaison adéquate. En ce sens, le langage te force à raisonner d'une certaine façon.
C'est en cela que les limites de l'expressivité de la langue peuvent gêner le raisonnement. Et en français comme dans la quasi-totalité des langues, dire qu'un docteur est une femme est loin d'être un exercice délicat. Ce n'est pas vraiment piégeux.
[^] # Re: pluriel optionnel
Posté par Renault (site web personnel) . En réponse au journal Écriture inclusive, comment la France a encore perdu une belle occasion de devenir leade(r|use).. Évalué à 10.
Comme ce biais existe dans les langues n'ayant pas la notion de masculin / féminin comme l'anglais (a doctor ne renvoie ni masculin, ni féminin) cela montre clairement que de changer cette approche ne suffit clairement pas à résoudre le problème qui semble plus culturel que linguistique.
Je pense que tu te fourvoies un peu dans l'interprétation de cette expression.
Exprimer qu'un docteur est une femme, en français comme en anglais c'est hyper facile. Honnêtement, ce n'est pas le genre de choses que la langue française bloque.
Par contre, essaye d'employer un terme dont il n'y a pas de mot français (ou une explication simple en plusieurs mots), tu vas galérer, exprimer des difficultés à expliquer la notion. D'ailleurs, les mots naissent et disparaissent à cause de cela. Les emprunts d'autres langues aussi. Le but est d'avoir la capacité à communiquer simplement et avec le moins d’ambiguïté.
Imagine, un peuple d'Amérique en 1492, pour la première fois ils voient des chevaux. Pour les européens, quand tu dis cheval (ou sa traduction), tout le monde ou presque voit exactement ce que c'est. On en a une image, pas la même entre les individus mais quelque chose de visuellement tangible. Quand les premiers américains ont du décrire les chevaux qu'ils ne connaissaient pas à leurs semblables, c'était délicat. Faut faire de longues phrases descriptives, qui sont difficiles à formaliser et faire un dessin. En l'absence d'un mot pour désigner cette espèce (faute d'en avoir croisé en fait), ils étaient limités par leur langage pour exprimer un terme pourtant banal.
Tu peux d'ailleurs le constater quand tu apprends une langue étrangère. Tu exprimes au début peu de nuances dans tes propos, pour expliquer certaines choses pourtant simples (faute de connaître le vocabulaire approprié) tu vas faire des périphrases qui risquent de perturber la compréhension. Cela ne sera pas clair, d'autant qu'on a parfois du mal à décrire des notions qui nous semblent évidentes. Je me vois mal décrire ce que c'est la liberté en anglais, mais si je sors le mot freedom cela sera clair pour tout le monde.
Pour les langues étrangères, tu le constates aussi que le raisonnement n'est pas le même, tu ne t'attaches pas forcément aux mêmes détails. Tu ne peux pas transposer la conjugaison française et anglaise directement. Les mécanismes derrière étant différents, les rapports aux actions et au temps différents nécessitent de raisonner autrement pour avoir la conjugaison adéquate. En ce sens, le langage te force à raisonner d'une certaine façon.
C'est en cela que les limites de l'expressivité de la langue peuvent gêner le raisonnement. Et en français comme dans la quasi-totalité des langues, dire qu'un docteur est une femme est loin d'être un exercice délicat. Ce n'est pas vraiment piégeux.