Un risque pour qui, pour quoi ? Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Le soucis dans le débat c'est que globalement les travailleurs prennent tous les patrons pour des salauds de capitalistes, et beaucoup de patrons prennent leurs employés pour des tires au flanc. Ou du moins qui veulent le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière.
Je pense que cette caricature cristallise le débat et permet d'éviter d'évoluer, alors qu'avec un chômage de masse depuis des décennies, il semble essentiel d'évoluer.
Déjà on oublie qu'il y a patron et patron. En France, comme dans beaucoup de pays, les PME ont une forte place dans les emplois. Donc le patron est souvent accessible, en connaissant les difficultés du boulot du terrain mais aussi en connaissant les situations personnelles des gens. Donc la théorie du méchant patron qui ne pense qu'à lui ne fait pas totalement sens, cela me semble vrai surtout dans les grosses structures. Ou si ton patron est un connard (ce qui arrive hélas).
Licencier est rarement bien vécu pour les patrons. Dans les petites structures car il connaît les gens et que de virer un collaborateur de longue date bah ça implique une forte charge émotionnelle. Et de manière général, un licenciement est un sentiment d'échec. Quand tu licencies car ta boîte a des difficultés économiques, ton patron n'est pas content de le faire. Son but étant au contraire d'embaucher pour obtenir plus de valeurs. Mais quand ta boîte va mal, il faut parfois virer pour rebondir et éviter que cela n'aille plus mal (faillite). D'autant que dans les petites structures, le patron est souvent l'actionnaire majoritaire et risque gros si cela tourne mal.
En tout cas, pour avoir vécu des situations de licenciements (en secteur info et du droit), le patron était limite plus triste que l'employé par la situation (car l'employé allait probablement retrouver un emploi rapidement alors que la boîte avait une difficulté à venir et incertaine).
C'est un aspect qui est je trouve très souvent négligé, on présente souvent le pauvre employé humain contre des insensibles patrons et actionnaires. Mais ce n'est pas je trouve la réalité du terrain même si hélas il y a des cas comme ça.
L'employé veut essentiellement de la visibilité (le CDI donc), un bon salaire, des bons conditions de travail et une certaine liberté. N'oublions pas que l'employé reste content de pouvoir démissionner pour aller voir ailleurs, changer de région, rejoindre son nouveau compagnon, ou d'autres raisons. Je pense que beaucoup râlerait si on limiter grandement ce droit. Pourtant cela a un coût pour l'entreprise, qui doit faire un processus de recrutement (coûteux en temps et argent), reformer le nouvel arrivant en espérant qu'il fera l'affaire. Et quand l'employé démissionne, à part le préavis (disons de 3 mois en général), il ne doit rien. Pourtant cela va coûter à l'entreprise et suivant sa taille ce n'est pas une somme négligeable. L'entreprise souhaiterait elle la possibilité d'alléger sa charge salariale si l'activité ne suit pas. Car payer des gens à ne rien faire car il n'y a pas de boulot, cela peut causer la ruine de l'entreprise à terme ce qui n'est pas souhaitable.
Et l'employé lui veut que pour le licencier cela soit un chemin de croix, avec des indemnités de malade quand cela arrive, etc. Ce n'est pas anormal, attention, mais ne pas oublier que dans l'histoire l'employé reste mieux protégé que l'entreprise qui peut bien entendu subir gros des choix de ses employés.
On voit bien qu'il y a des conflits dans ce qui est idéal pour l'entreprise et ce qui est idéal pour l'employé. Il faut donc un compromis et présenter comme « bien » uniquement ce qui est « bien » pour l'employé me paraît malsain.
D'autant que si tu rends le licenciement ou l'adaptation de ton entreprise difficile, cela va augmenter le risque que représente une embauche. Si tu sais que le moindre recrutement mauvais sera difficile à régler (car le gars ne convient pas au poste) tu seras plus dur dans ton processus de recrutement, tu seras réticent à embaucher. Car l'avenir étant incertain, si une chute d'activité survient, tu fais quoi ? Tu coules ? La marge de manœuvre sera peut être privilégiée à un risque que représente une embauche.
Ce phénomène aide à maintenir un chômage de masse, tu as d'un côté des employés bien protégés avec le CDI, et de l'autre des sans-emplois qui auront du mal à en obtenir un et qui vont subir la protection du CDI notamment pour l'accès au crédit et au logement. Aujourd'hui on sait que le logement est difficile d'accès sans CDI, de même pour le crédit. Car le CDI est tellement puissant, tellement sûr, que les autres dossiers paraissent trop risqués pour les banques et les bailleurs. C'est malsain.
Je pense qu'on est dans une situation complexe. Je pense que le tout CDI surpuissant est une mauvaise chose. En tout cas les pays qui se portent bien (type scandinaves) ne vont pas vers ce modèle et je n'ai pas connaissance d'un pays où ce modèle a fonctionné sur la durée. Il faut un équilibre pour permettre non seulement aux entreprises d'avoir une visibilité et flexibilité nécessaire (pour embaucher et avoir une activité) et d'éviter aux situations non-CDI d'être trop mis à l'écart. Il faut bien entendu renforcer les droits, notamment de formation, aux employés licenciés pour permettre leur rebond et limiter la précarité. Le modèle scandinave quoi.
Personnellement je suis convaincu que le revenu de base serait une solution aussi. Mais peu porté et qui n'est pas tellement en lien avec la force du CDI. En tout cas renforcer encore plus le CDI serait je pense une erreur car nous voyons ses effets aujourd'hui dans le pays depuis longtemps.
[^] # Re: Embauche a l’américaine
Posté par Renault (site web personnel) . En réponse au journal En marche. Évalué à 10.
Un risque pour qui, pour quoi ? Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Le soucis dans le débat c'est que globalement les travailleurs prennent tous les patrons pour des salauds de capitalistes, et beaucoup de patrons prennent leurs employés pour des tires au flanc. Ou du moins qui veulent le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière.
Je pense que cette caricature cristallise le débat et permet d'éviter d'évoluer, alors qu'avec un chômage de masse depuis des décennies, il semble essentiel d'évoluer.
Déjà on oublie qu'il y a patron et patron. En France, comme dans beaucoup de pays, les PME ont une forte place dans les emplois. Donc le patron est souvent accessible, en connaissant les difficultés du boulot du terrain mais aussi en connaissant les situations personnelles des gens. Donc la théorie du méchant patron qui ne pense qu'à lui ne fait pas totalement sens, cela me semble vrai surtout dans les grosses structures. Ou si ton patron est un connard (ce qui arrive hélas).
Licencier est rarement bien vécu pour les patrons. Dans les petites structures car il connaît les gens et que de virer un collaborateur de longue date bah ça implique une forte charge émotionnelle. Et de manière général, un licenciement est un sentiment d'échec. Quand tu licencies car ta boîte a des difficultés économiques, ton patron n'est pas content de le faire. Son but étant au contraire d'embaucher pour obtenir plus de valeurs. Mais quand ta boîte va mal, il faut parfois virer pour rebondir et éviter que cela n'aille plus mal (faillite). D'autant que dans les petites structures, le patron est souvent l'actionnaire majoritaire et risque gros si cela tourne mal.
En tout cas, pour avoir vécu des situations de licenciements (en secteur info et du droit), le patron était limite plus triste que l'employé par la situation (car l'employé allait probablement retrouver un emploi rapidement alors que la boîte avait une difficulté à venir et incertaine).
C'est un aspect qui est je trouve très souvent négligé, on présente souvent le pauvre employé humain contre des insensibles patrons et actionnaires. Mais ce n'est pas je trouve la réalité du terrain même si hélas il y a des cas comme ça.
L'employé veut essentiellement de la visibilité (le CDI donc), un bon salaire, des bons conditions de travail et une certaine liberté. N'oublions pas que l'employé reste content de pouvoir démissionner pour aller voir ailleurs, changer de région, rejoindre son nouveau compagnon, ou d'autres raisons. Je pense que beaucoup râlerait si on limiter grandement ce droit. Pourtant cela a un coût pour l'entreprise, qui doit faire un processus de recrutement (coûteux en temps et argent), reformer le nouvel arrivant en espérant qu'il fera l'affaire. Et quand l'employé démissionne, à part le préavis (disons de 3 mois en général), il ne doit rien. Pourtant cela va coûter à l'entreprise et suivant sa taille ce n'est pas une somme négligeable. L'entreprise souhaiterait elle la possibilité d'alléger sa charge salariale si l'activité ne suit pas. Car payer des gens à ne rien faire car il n'y a pas de boulot, cela peut causer la ruine de l'entreprise à terme ce qui n'est pas souhaitable.
Et l'employé lui veut que pour le licencier cela soit un chemin de croix, avec des indemnités de malade quand cela arrive, etc. Ce n'est pas anormal, attention, mais ne pas oublier que dans l'histoire l'employé reste mieux protégé que l'entreprise qui peut bien entendu subir gros des choix de ses employés.
On voit bien qu'il y a des conflits dans ce qui est idéal pour l'entreprise et ce qui est idéal pour l'employé. Il faut donc un compromis et présenter comme « bien » uniquement ce qui est « bien » pour l'employé me paraît malsain.
D'autant que si tu rends le licenciement ou l'adaptation de ton entreprise difficile, cela va augmenter le risque que représente une embauche. Si tu sais que le moindre recrutement mauvais sera difficile à régler (car le gars ne convient pas au poste) tu seras plus dur dans ton processus de recrutement, tu seras réticent à embaucher. Car l'avenir étant incertain, si une chute d'activité survient, tu fais quoi ? Tu coules ? La marge de manœuvre sera peut être privilégiée à un risque que représente une embauche.
Ce phénomène aide à maintenir un chômage de masse, tu as d'un côté des employés bien protégés avec le CDI, et de l'autre des sans-emplois qui auront du mal à en obtenir un et qui vont subir la protection du CDI notamment pour l'accès au crédit et au logement. Aujourd'hui on sait que le logement est difficile d'accès sans CDI, de même pour le crédit. Car le CDI est tellement puissant, tellement sûr, que les autres dossiers paraissent trop risqués pour les banques et les bailleurs. C'est malsain.
Je pense qu'on est dans une situation complexe. Je pense que le tout CDI surpuissant est une mauvaise chose. En tout cas les pays qui se portent bien (type scandinaves) ne vont pas vers ce modèle et je n'ai pas connaissance d'un pays où ce modèle a fonctionné sur la durée. Il faut un équilibre pour permettre non seulement aux entreprises d'avoir une visibilité et flexibilité nécessaire (pour embaucher et avoir une activité) et d'éviter aux situations non-CDI d'être trop mis à l'écart. Il faut bien entendu renforcer les droits, notamment de formation, aux employés licenciés pour permettre leur rebond et limiter la précarité. Le modèle scandinave quoi.
Personnellement je suis convaincu que le revenu de base serait une solution aussi. Mais peu porté et qui n'est pas tellement en lien avec la force du CDI. En tout cas renforcer encore plus le CDI serait je pense une erreur car nous voyons ses effets aujourd'hui dans le pays depuis longtemps.