• [^] # Re: Don de moelle

    Posté par . En réponse au journal On cherche mes remplaçants.... Évalué à 10.

    J'ai été appelé il y a 5 ans pour un don de moelle osseuse, après quelques années d'inscription sur le fichier des donneurs.

    Mon expérience me fait dire qu'hélas le contenu du message précédent est très partiel ce qui le rend trompeur.

    Le don tel qu'arnaudus le décrit n'est plus la méthode privilégiée pour le prélèvement. Sauf dans quelques cas particuliers (receveur enfant, donneur qui ne réagit pas à la stimulation), le prélèvement n'est plus une intervention chirurgicale. Le donneur prend un traitement pendant quelques jours destiné à stimuler la croissance des cellules de moelle osseuse, à tel point qu'elles finissent par passer dans la circulation sanguine. Elles sont alors prélevées de la même manière que lors d'un don de plasma ou de plaquettes, en filtrant le sang du donneur.

    Les examens pratiqués avant le don sont les suivants :
    - prise de sang pour dépister toutes les infections courantes connues (VIH, hépatites, paludisme, etc.) et pour vérifier une fois de plus la compatibilité avec le receveur. La quantité de tubes est assez impressionnante pour un néophyte ;
    - entretien avec des médecins, qui reçoivent le donneur (2h pour ma part) pour tout expliquer (déroulement du don, questionnaire médical, évaluation des risques pour le donneur, chances de succès attendues bien que le receveur n'est pas connu) ;
    - échographie de la rate (qui sera fortement sollicitée après le don pour absorber l'excès de cellules suite à la stimulation).

    Il faut compter :
    - une journée pour les examens un mois avant le don,
    - une demi-journée pour un rendez-vous avec le Président du tribunal de Grande instance, qui s'assure que le donneur a été informé de toutes les conditions du don (si la loi n'a pas à nouveau changé),
    - un jour ou deux pour le don lui-même,
    - un jour ou deux pour récupérer : l'EFS m'avait prévu un arrêt de travail large d'une semaine.

    C'est à la louche une semaine de la vie du donneur, dont une grande partie se passe à la maison.

    Ce mode de prélèvement ne nécessite pas d'anesthésie générale, pas d'hospitalisation (il se déroule à l'EFS). La stimulation est un peu douloureuse sur la fin (imaginez de très grosses courbatures pendant 3 jours, que le paracétamol atténue sans pour autant les faire disparaitre), mais pas au point d'empêcher de dormir ni d'être invalidante.

    On récupère physiquement en quelques jours. Les numérations de formule sanguine sont anormales (au-dessus des normes) après le don : c'est le moment de tenter un record de cyclisme, mais le contrôle anti-dopage sera positif. Elles reviennent dans les normes en un mois ou deux.

    Aucun risque n'a jusqu'à présent été décelé pour le donneur (en 20 à 25 ans d'utilisation). Certains risques potentiels sont identifiés, et le médecin préleveur en parle, mais aucun n'est avéré pour l'instant. C'est pour suivre ces risques que l'Agence de la biomédecine envoie chaque année après le don un questionnaire au donneur.

    Je ne vais pas jusqu'à dire que le faible nombre de donneurs est purement dû à de la flemme. La peur issue de la méconnaissance de ce don doit jouer beaucoup plus. (Pour le don de sang seul, une petite touche d'égoïsme n'est pas à exclure.)