• [^] # Re: C'est toujours surprenant

    Posté par . En réponse au journal Analysons la cohérence des patrimoines de nos candidats. Évalué à 9.

    Bon, pavé inc, ma réponse que je voulais courte s’est transformée en manifeste « pourquoi je suis libéral »... Et moi qui m’étais juré de fuir les débats politiques...

    Si quelqu'un veut donner du sens à sa vie en se balladant la teub à l'air, pourquoi pas?

    Puisqu’il y a des gens qui aiment ça, on a inventé les lieux naturistes. Pour rouler comme un malade, il y a les circuits.

    Le problème fondamental de ta réponse, c’est que plus tu pars dans des abstractions collectivistes (ou « macro »), plus c’est difficile de déterminer de manière non ambigu quel comportement est anti-social. Pour ton exemple de compte à six chiffres, je suis persuadé (et je suis loin d’être le seul) que l’argument économique (« les ressources ça se partage ») ne tient pas (pour faire court : l’épargne c’est au final de l’investissement bénéfique dans l’économie, et l’effet premier de la thésaurisation c’est d’augmenter le pouvoir d’achat de l’unité monétaire). Je peux évidemment avoir tort, mais le point important c’est que dès que si tu pars dans des considérations sociologiques/macro-économiques, tu t’aventures sur une pente très glissante.

    Par exemple, je suis plutôt du côté des « athées de combat », dans le sens où je pense que la religion est une des pires saloperies inventées, que ses effets sont globalement et massivement négatifs, et que je préférerai qu’elle n’existe pas.

    Mon collègue en face de moi pense que le logiciel libre est une immonde saloperie, parce que c’est de la concurrence déloyale envers les développeurs professionnels, et que ça contribue par conséquent au chômage.

    Mes grands parents pensent que l’informatique en milieu professionnel c’est le mal absolu pour à peu près les mêmes raisons (l’automatisation mène au chômage).

    Si je met tout ça ensemble, on devrait donc pouvoir remettre en question le droit d’avoir un compte en banque à six chiffres (parce que arnaudus peut faire un argument vaguement convainquant que ça pourrait peut-être éventuellement être mauvais), la religion (parce que moonz peut faire un argument vaguement convainquant que ça pourrait peut-être éventuellement être mauvais), le logiciel libre et l’informatique en général (parce que mes grands-parents et mon collègue)...

    Alors, oui, il n’existe pas d’impossibilité logique/physique à pouvoir absolument tout remettre en question d’une telle manière. Mais personnellement, je ne trouve pas une telle société désirable. Je ne suis pas enthousiaste à l’idée de vivre dans une société dans laquelle mes choix de vie et ceux de mes amis (et, à la réflexion, même ceux de mes ennemis) peuvent être continuellement remis en question parce qu’on peut vaguement dérouler un argumentaire comme que ce serait « anti-social ».

    Il y a aussi le problème que tous ces « comportements anti-sociaux » sont extrêmement flous. Six chiffres c’est anti-social, mais pas 5 ? La religion c’est anti-social mais pas les croyances politiques ? Le logiciel libre c’est anti-social mais pas le bricolage à la maison ? L’informatique c’est anti-social mais pas les innovations industrielles ? J’ai du mal à voir comment fonder un ordre juridique stable sur de telles fondations. Et les seules réponses que j’ai eu jusqu’ici, c’est « on s’en fiche de la stabilité de l’ordre juridique, le monde change, le droit peut bien changer avec ». Autant dire que je ne suis pas du tout satisfait de cette réponse. L’ordre juridique est une fondation nécessaire pour planifier à long terme. Si j’étais taquin, je dirai qu’un ordre juridique stable est un bien commun, que tout ce qui le met en danger (par exemple l’attitude « on peut tout remettre en cause ») est anti-social, et que donc...

    La réponse libérale (et pour moi, la seule satisfaisante) c’est que les droits sont avant tout personnels et négatifs, parce que de cette manière tu supprimes presque toutes les ambiguïtés. Tu sais exactement qui est le fautif, qui est la victime, quel droit a été violé, par quel mécanisme, quel est le préjudice subi. Et tu sais par conséquent très exactement qui doit combien à qui et pourquoi.

    Ce qui nous ramène au début : personne ne devrait avoir à justifier de ses choix de vie (je veux des $$$ !), seulement d’actions spécifiques qui violent des droits clairement définis d’individus définis (extorsion, arnaque...).