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    Posté par . En réponse au journal Création d'une revue scientifique libre et sceptique. Évalué à 10.

    Je pense être dans ton "public", donc je me permets de te répondre.

    Ces journaux sont régulièrement critiqués pour plusieurs raisons telles que le prix pour lire ou soumettre une publication

    Certes. Disons que quelque soit le modèle choisi (payer pour lire ou pour publier), les marges semblent rester très impressionnantes, et c'est d'autant plus regrettable qu'il s'agit souvent d'argent public.

    le droit d'auteur souvent conservé par les maisons d'éditions

    Deux modèles sont à distinguer. Dans le modèle traditionnel, les maisons d'édition demandent un transfert de copyright, et monnaient la vente des abonnements à la revue. Dans le modèle "Open Access", les maisons d'édition demandent de payer pour publier, mais dans ce cas, les auteurs gardent les droits d'auteur, avec souvent une publication sous une licence CC. On ne peut quand même pas mélanger les deux, une grande partie (voire une majorité maintenant) des travaux scientifiques sont publiés sous licence libre ou pseudo-libre (comme CC-NC).

    le fait que la revue par les pairs consiste en un échange privé entre les relecteurs et les auteurs

    J'ai rarement entendu des critiques là-dessus. Il y a quelques journaux qui publient les commentaires des reviewers, mais la règle générale, c'est que le processus éditorial reste confidentiel (discussions reviewers/éditeur/auteur). Il y a plein de raisons qui peuvent le justifier, par exemple le fait que l'éditeur puisse désavouer un reviewer (ce que le reviewer n'est pas censé savoir), le fait que des erreurs puissent avoir été corrigées (et donc plus pertinentes pour le lecteur). Bref, parfois, le lecteur est en droit d'être curieux, mais rendre public et transparent la totalité du processus éditorial revient quand même un peu à publier les brouillons de l'article, et ça n'est pas forcément souhaitable non plus (sans compter que ça peut être particulièrement chiant à lire et totalement inétéressant dans 99% des cas).

    l'utilisation d'une métrique appelée facteur d'impact.

    Là, les journaux n'y sont pas pour grand chose, ce sont les processus d'évaluation des carrières et de recrutement par les académiques eux-mêmes qui ont besoin de métriques pour quantifier l'importance des travaux de leurs collègues. Et puis, on peut reprocher beaucoup de choses au facteur d'impact, mais ça représente bien quand même l'impact du journal, la difficulté qu'on a à y publier, et donne une estimation grossière du nombre de citations que risque d'attirer l'article. Ça serait stupide d'en faire le seul critère, mais ça donne une indication si la personne joue en première division (on dit Ligue 1 en foot, hein?) ou en division d'honneur départementale.

    The consequences of the use of these two metrics by the institution puts the money focus on fast « applied sciences » and takes the money from the slow « fundamental sciences ».

    Je pense que ton analyse est fausse. L'IF est utilisé pour classer les candidats à l'intérieur d'une discipline, mais pas entre disciplines (c'est trop différent). Un bon IF en maths n'a rien à voir avec un bon IF en bio-médical. Par ailleurs, il suffit d'ouvrir un numéro de Nature ou Science (les journaux généralistes à l'IF le plus élevé) pour voir qu'il ne s'agit pas du tout de recherche appliquée la plupart du temps.

    En tant que libriste, sceptique et amateur de science j'ai commencé le développement d'un journal à revue par les pair sous forme de site web (sous licence libre) ayant pour but de s'attaquer aux problèmes listés précédemment. Je souhaite également augmenter la compréhension de la méthode scientifique et de la revue par les pairs par le public.

    Quels sont tes arguments pour te différencier des zillions de journaux plus ou moins bidons lancés ces dix dernières années pour officiellement désinfecter le monde de l'édition, et officieusement tenter de conquérir des parts de marché dans un monde où les marges sont très importantes?

    Ton journal, il est disciplinaire? Il parle de tout? De n'importe quoi? Quelles sont les limites, les critères pour y publier? Tu as un ISBN, tu es indéxé dans les bases de données? Tu as un editorial board? Qui sont les éditeurs? Comment vas-tu trouver des reviewers, sont-ils anonymes, accepteront-ils de voir leurs reviews publiées? Combien ça va coûter de publier? Qui va mettre les articles en page, qui assure la sauvegarde/archivage des articles, la pérénnité du site et des noms de domaine?

    A lot of scientists are sick of this system. They rightfully call it « publish or perish » and want to change it.

    C'est évidemment caricatural de te répondre ça, et je suis conscient du caractère trollifère de ma réponse, mais honnêtement, qui veut changer le système? Principalement, les gens qui pensent faire de la bonne science et qui se font jeter tous les papiers. Pourquoi se font-ils jeter? Ce sont peut-être des génies incompris, mais la plupart du temps, c'est surtout qu'ils font de la mauvaise science.

    S'il y a quelque chose à changer en priorité dans le monde de la recherche, c'est le système de financement, qui permet de se spécialiser dans l'attraction du pognon sans faire de science derrière, sans publier, et sans rendre des comptes. Le système de publication a de gros défauts, le principal étant de siphonner beaucoup de pognon public alors qu'il n'y en n'a pas des masses, mais il n'est pas vicié : les bons travaux scientifiques sont publiés dans de bons journaux, qui sont très lus, et les travaux mauvais ou tellement spécialisés que personne ne les comprend sont publiés dans des journaux confidentiels, qui restent accessibles pour la postérité.

    L'impression que j'ai, c'est que tu devrais peut-être essayer de comprendre un peu les tenants et les aboutissants du modèle de publication scientifique avant de tenter de le révolutionner, parce que tu es en train de lever des fonds pour mettre en place une solution qui ne correspond à aucun besoin. S'il s'agit d'offrir une plateforme pour publier sans revue des travaux "bruts de décoffrage", alors il y a déja arxiv qui est bien implanté dans le paysage. Si tu veux faire payer quelques centaines d'euros pour gérer le processus éditorial avec des reviewers complaisants et des trucs publiés à tous les coups, tu es sur le créneau de milliers de journaux Chinois et Indiens, ça n'est pas du tout innovant. Si tu veux publier des vrais travaux scientifiques intéressants, alors de toutes manières ton initiative est vouée à l'échec, puisqu'il faut vraiment être tombé bien bas et s'être fait jeter du journal de Mickey pour publier dans un journal en ligne sans facteur d'impact. Honnêtement, tu crois vraiment que des responsables d'équipes scientifiques vont se dire "pfff, j'en ai marre de publier dans Nature, je vais publier mes prochains travaux majeurs dans une archive gratuite sur Internet et le monde entier reconnaitra la valeur de mes résultats scientifiques?".

    Quand j'écris ce genre de commentaires, j'ai toujours l'impression de jouer à décourager les bonnes volontés. En gros, peut-être que tu ne sais pas que ce que tu essayes de faire est impossible, et c'est même ça qui pourrait te faire réussir. Mais ton approche me semble tellement naïve et désorganisée que je ne vois pas comment le site pourrait même s'ouvrir et être fonctionnel, sans même parler d'attirer des travaux scientifiques. Quand on voit le nombre de journaux qui coulent faute de contributions alors qu'ils sont lancés par des maisons d'édition qui mettent des ronds derrière pour la pub, le marketting, la communication, et le réseautage, j'ai vraiment l'impression que tu ne sais pas où tu mets les pieds.