• [^] # Re: Économie de don au sein de la monnaie non libre !

    Posté par . En réponse à la dépêche Liberapay, plate‐forme libre de dons récurrents. Évalué à 4.

    J'étais un perroquet adepte du copier-coller, me voilà vouloir m'occuper de la vie (et peut être bien de l'avis) des primates, ou encore de parler d'une théorie que je n'aurais pas lu.

    Tout d'abord l'expression monnaie de singe est une expression courante en français qui désigne une monnaie sans réelle valeur.

    Payer en monnaie de singe est une expression française qui évoquait à l'origine une sorte de paiement en nature. Aujourd'hui, elle signifie d'utiliser une monnaie d'échange non convertible en argent voire « ne pas payer », escroquer un créancier.

    payer en monnaie de singe.

    Un des principes fondamentaux de la TRM étant le principe de relativité ainsi énoncé :

    Pour l’économie j’ai étendu ce principe à la notion de monnaie « la monnaie, en tant que code universel qui régit les échanges économiques, doit fonctionner de manière identique dans tous les référentiels » et de valeur « tout individu est libre d’estimer ce qui est valeur et ce qui ne l’est pas ».

    Théorie Relative de la Monnaie

    en vertu de ce principe, je suis donc libre d'attribuer la valeur que je souhaite à une monnaie basée sur la TRM, en l'occurrence aucune. Et je maintiens que le fait que sa création étant à taux constant, inconditionnée, adossée à aucune créance ni création d'un bien ou d'un service, elle permet d'« escroquer un créancier ». Ce qui correspond bien à la définition de « monnaie de singe », et la caractère de création inconditionnée à taux fixe lui confère bien un caractère de « planche à billet ».

    Le financement monétaire consiste pour une banque centrale à financer directement le budget du gouvernement central. Ce processus est parfois appelé la « Planche à billets ». Elle fait référence aux processus de production de monnaie physique, mais en pratique il s'agit aujourd'hui plus d'écriture comptable. L'expression est souvent employée avec une connotation péjorative.

    La capacité des États et des banques centrales à créer massivement de la monnaie ex nihilo est un outil économique puissant, qui peut contribuer à stimuler l'économie, mais peut également la déstabiliser durablement.

    source

    Pour en revenir au principe de relativité de la TRM, que tu exprimais par « La TRM démontre que la valeur est relative, et que de ce fait chaque humain et libre d'estimer la valeur », je ne l'ai jamais nié et je le partage amplement. Cela étant, ce n'est pas une nouveauté, mais correspond parfaitement à la théorie de la valeur de Frédéric Bastiat au chapitres 5 de ses Harmonies Économiques, ouvrage écrit en 1850 (pour dire que ça ne date pas d'hier) :

    Ainsi la définition du mot valeur, pour être juste, doit avoir trait non-seulement aux efforts humains, mais encore à ces efforts échangés ou échangeables. L’échange fait plus que de constater et de mesurer les valeurs, il leur donne l’existence. Je ne veux pas dire qu’il donne l’existence aux actes et aux choses qui s’échangent, mais il la donne à la notion de valeur.

    Or quand deux hommes se cèdent mutuellement leur effort actuel, ou les résultats de leurs efforts antérieurs, ils se servent l’un l’autre, ils se rendent réciproquement service.

    Je dis donc : La valeur, c’est le rapport de deux services échangés.

    L’idée de valeur est entrée dans le monde la première fois qu’un homme ayant dit à son frère : Fais ceci pour moi, je ferai cela pour toi, — ils sont tombés d’accord ; car alors pour la première fois on a pu dire : Les deux services échangés se valent.

    La valeur c'est le rapport de deux services échangés. Or comme chacun est libre de décider le service qu'il est prêt à fournir en échange d'un autre, il est libre de donner la valeur qu'il souhaite à n'importe quels « biens économiques » (je reprends ici le vocabulaire de la TRM).

    En passant, pour un kantien, la formalisation du processus serait la suivante. Un acteur économique ne peut échanger avec autrui que ce qui lui appartient, ce qui est encore en accord avec la TRM :

    La li­berté étant dé­fi­nie comme non-nui­sance, il ne faut pas tom­ber dans l’er­reur lo­gique ba­sique qui consis­te­rait à in­ter­pré­ter les li­ber­tés éco­no­miques comme un droit de vio­ler la pro­priété d’au­trui, de pro­duire ou échan­ger ce qui ne se­rait pas per­mis par la Loi.

    TRM

    Or échanger sa propriété avec celle d'autrui revient à faire mien la sienne et sien la mienne, ce qui en terme juridique se nomme aliéniation :

    Le mot "aliénation" désigne le résultat d'une opération juridique qui a pour conséquence de faire sortir un bien ou un droit du patrimoine de celui qui en est l'actuel propriétaire ou l'actuel titulaire. Dans cette acception, il est synonyme de "vendre", de "céder", de "léguer", de "donner". On dit "aliéner une propriété". Le résultat de la vente est "une aliénation". Celui qui vend, peut être désigné sous le vocable d'"aliénateur" et celui qui est bénéficiaire de l'opération, est l'"aliénataire". Et pour exprimer qu'un bien est cessible on peut dire qu'il est "aliénable" et dans le cas contraire, qu'il est "inaliénable" (exemple : le nom patronymique est inaliénable).

    C'est aussi la raison pour laquelle Kant définissait l'argent comme « un bien dont on ne peut faire usage qu'en l'aliénant ». De plus, dans la théorie kantienne du droit, l'aliénation a pour fondement formel la forme des jugements hypothétiques : « si A alors B ». Ainsi l'échange, ou aliénation réciproque, correspond à l'équivalence logique : « si A alors B et si B alors A » ou « A ssi B ». Type qui exprime que les deux valeurs se valent, ou s'équivalent, équivalence librement consentie et déterminée par les deux arbitres (elle ne vaut que pour eux, en conformité avec le principe de relativité).

    Partant donc d'un accord sur le principe de relativité économique, mais en passant par une formalisation distincte qui prend en compte l'élément formel juridique de l'échange, on aboutit à une conception de l'argent comme représentant une reconnaissance de dette. Pour un développement du raisonnement, je renvoie au pamphlet Maudit Argent.

    Pour conclure sur une dernière remarque d'origine historique sur la science juridico-économique, la vidéo Le système bancaire pour les nuls que m'a proposé librelois n'est pas non plus une nouveauté. Elle est au cœur d'une fameuse polémique, en science économique, entre Frédéric Bastiat et Pierre-Jospeh Proudhon sur la Gratuité du Crédit; polémique qui s'est étalée entre le 22 octobre 1849 et le 11 février 1850. Pour se convaincre du rapport entre cette polémique et la vidéo, on pourra consulter la lettre 11 de Proudhon, en date du 21 janvier 1850, et son analyse de la comptabilité du système de l'intérêt.

    Pour ma part, ne voulant pas m'engager dans une polémique sur une si longue durée, je préfère m'en tenir à ce commentaire et aux précédents. Chacun étant libre d'attribuer la valeur qu'il souhaite aux choses, je resterai sur ma position au sujet de la TRM : elle n'en a aucune à mes yeux.

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.