• [^] # Re: Pas si internationale

    Posté par . En réponse à la dépêche État de l’espéranto sous GNU/Linux. Évalué à 4.

    Dans ce cas, pourquoi ne pas forker une langue existante, plutôt que d'en créer une nouvelle à partir de... rien?

    Parce qu'un fork déplairait non seulement aux locuteurs de la langue originale (comment osent-ils ainsi massacrer ma langue) qu'aux étrangers (pourquoi ils ont forké leur langue et pas la mienne?)

    De plus:

    on ressent (en tout cas, j'ai ressenti dans l'exemple de l'article) une grosse influence latine.

    Un fork du latin serait vu par des étrangers comme trop proche du latin, voire simplement trop occidental, pour reprendre le terme qui est utilisé de façon récurrente depuis le début de ce fil.
    De même un fork de l'anglais, du français... serait probablement trop occidental.

    Pour en revenir au latin, effectivement beaucoup de vocabulaire en espéranto a des origines latines, mais il faut relativiser sur plusieurs points.
    1. Beaucoup de mots latins sont passés aussi dans des langues non-latines comme l'anglais ou l'allemand. Et pour remonter plus loin, à l'indo-européen, certains mots sont aussi communs avec les langues slaves. Par exemple le mot domo vient à peu près autant du latin domus que du russe дом, également présent dans la plupart des langues slaves;
    2. Certains mots "latins" en espéranto sont en fait utilisés dans un sens plus proche des langues slaves. Par exemple kompreneble, qui en se basant sur le latin se traduirait par "compréhensiblement" mais que nous utilisons souvent dans le sens de "bien entendu" : je me suis longtemps demandé pourquoi jusqu'à découvrir le même usage pour понятно (de понять, comprendre) en russe (j'ai appris le russe bien après l'espéranto, et j'ai alors mieux compris l'origine de quelques expressions comme celle-ci)
    3. la manière dont les racines, fussent-elles latines, se combinent entre elles pour former des mots nouveaux, n'a pas d'équivalent ni en latin ni dans les langues latines, c'est à la limite plus proche de ce qu'on fait en allemand;
    4. la grammaire n'a rien à voir avec celle du latin, même si les livres utiliseront souvent les mêmes termes pour décrire ce qui s'utilise au même endroit bien que ça ne fonctionne pas de la même façon. C'est pour ça par exemple qu'on parle d'accusatif pour désigner la marque du complément d'objet: comme ça ceux qui ont fait du latin comprennent tout de suite; mais en réalité, l'accusatif de l'espéranto est plus proche de celui du hongrois ou du japonais que de celui du latin, c'est ce que je disais à la fin de ce message