il faut résister à l’envie de répondre, sinon, c’est là que c’est interminable
Cela est presque impossible, voire inévitable, une fois que la controverse est engagée : déposer les armes, laisser le dernier mot à l'adversaire c'est lui accorder la victoire; c'est là un des principes de base de l'Art d'avoir toujours raison. ;-)
Le spectateur du duel a, par exemple, pu assister dans cette succession de commentaires au recours à deux stratagèmes élémentaires. Gasche, sans doute dans la précipitation, lance un malheureux : « tout est politique ». Quelle grossière maladresse ! Depuis quand prédique-t-on quelque chose du quantificateur universel ?1 Ce qui est du pain béni pour barmic qui riposte instantanément par le stratagème I
Stratagème I : L’extension
Il s’agit de reprendre la thèse adverse en l’élargissant hors de ses limites naturelles, en lui donnant un sens aussi général et large que possible et l’exagérer, tout en maintenant les limites de ses propres positions aussi restreintes que possible. Car plus une thèse est générale et plus il est facile de lui porter des attaques. Se défendre de cette stratégie consiste à formuler une proposition précise sur le puncti ou le status controversiæ.
Gasche venait de laisser dans le flou le plus absolu le sujet de sa proposition qui peut aisément être lue comme « tout X est politique ». Barmic s'engouffre dans la brèche et substitue ce qu'il souhaite au sujet, ce qui donne :
C'est ça ! Tout est égale ! Affirmer être pour la peine de mort et qu'il pleut aujourd'hui, c'est tout 2 de la politique. Si tu ne traite pas les 2 de la même manière c'est aussi de la politique.
Tu pense arriver à noyer le poisson ?
La thèse de gasche devient une thèse qui met sur le même plan une position politique au sujet de la peine de mort et la description d'un simple état de fait : un relativisme généralisé qui peut porter atteinte jusqu'à la notion même de vérité (thèse qui ferait la joie des sceptiques). Il conclue en exigeant un recentrage des termes du débat.
Mais dans son message, gasche n'était pas en reste car il persistait et signait un recours au stratagème XII (qui n'avait pas leurrer flagos) en qualifiant de « plus ouverte » la position dont il entendait prendre la défense :
Stratagème XII : Choisir des métaphores favorables
Si la conversation porte autour d’une conception générale qui ne porte pas de nom mais requiert une désignation métaphorique, il faut choisir une métaphore favorable à votre thèse. Par exemple, les mots serviles et liberales utilisés pour désigner les partis politiques espagnols furent manifestement choisis par ces derniers.
Le terme protestant fut choisi par les protestants, ainsi que le terme évangéliste par les évangélistes, mais les catholiques les appellent des hérétiques.
En reprenant la totalité des échanges, il devrait être possible de relever la liste des stratagèmes utilisés.
En ce qui me concerne, lorsque j'ai lu cette dépêche, alors qu'il n'y avait encore aucun commentaire, je me suis immédiatement dit : ça va partir en sucette cette histoire; je ne m'étais pas trompé.
Cela étant je trouve cette graphie particulièrement laide et difficile à déchiffrer lorsque la densité des mots augmentent au-dessus d'un certain seuil. Je n'en ai toujours pas compris l'utilité, partageant les positions de Lévi-Strauss et Dumézil dans leur déclaration, au nom de l'Académie française, sur la féminisation des titres et des fonctions. Et le texte de Desprosges, qui sur le fond est identique mais ne s'en distingue que sur la forme satirique et sarcastique, m'a fait mourir de rire.
gasche, comment as-tu pu énoncer une thèse de la forme « tout est P » ??? ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Si, il y a un remplaçant... malheureusement
Posté par kantien . En réponse à la dépêche Unixcorn, trois mois plus tard : évolutions, remises en questions et stabilisation. Évalué à 5. Dernière modification le 07 août 2016 à 01:49.
Cela est presque impossible, voire inévitable, une fois que la controverse est engagée : déposer les armes, laisser le dernier mot à l'adversaire c'est lui accorder la victoire; c'est là un des principes de base de l'Art d'avoir toujours raison. ;-)
Le spectateur du duel a, par exemple, pu assister dans cette succession de commentaires au recours à deux stratagèmes élémentaires. Gasche, sans doute dans la précipitation, lance un malheureux : « tout est politique ». Quelle grossière maladresse ! Depuis quand prédique-t-on quelque chose du quantificateur universel ?1 Ce qui est du pain béni pour barmic qui riposte instantanément par le stratagème I
Gasche venait de laisser dans le flou le plus absolu le sujet de sa proposition qui peut aisément être lue comme « tout X est politique ». Barmic s'engouffre dans la brèche et substitue ce qu'il souhaite au sujet, ce qui donne :
La thèse de gasche devient une thèse qui met sur le même plan une position politique au sujet de la peine de mort et la description d'un simple état de fait : un relativisme généralisé qui peut porter atteinte jusqu'à la notion même de vérité (thèse qui ferait la joie des sceptiques). Il conclue en exigeant un recentrage des termes du débat.
Mais dans son message, gasche n'était pas en reste car il persistait et signait un recours au stratagème XII (qui n'avait pas leurrer flagos) en qualifiant de « plus ouverte » la position dont il entendait prendre la défense :
En reprenant la totalité des échanges, il devrait être possible de relever la liste des stratagèmes utilisés.
En ce qui me concerne, lorsque j'ai lu cette dépêche, alors qu'il n'y avait encore aucun commentaire, je me suis immédiatement dit : ça va partir en sucette cette histoire; je ne m'étais pas trompé.
Cela étant je trouve cette graphie particulièrement laide et difficile à déchiffrer lorsque la densité des mots augmentent au-dessus d'un certain seuil. Je n'en ai toujours pas compris l'utilité, partageant les positions de Lévi-Strauss et Dumézil dans leur déclaration, au nom de l'Académie française, sur la féminisation des titres et des fonctions. Et le texte de Desprosges, qui sur le fond est identique mais ne s'en distingue que sur la forme satirique et sarcastique, m'a fait mourir de rire.
gasche, comment as-tu pu énoncer une thèse de la forme « tout est P » ??? ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.