• [^] # Re: traduction de la «mp3 philosophy» de Steve Coleman

    Posté par . En réponse à la dépêche traduction de la «mp3 philosophy» de Steve Coleman. Évalué à 2.

    Non, ce sont des représentations, pas des copies. Il y a une énorme différence entre la photo d'un tableau (ou même une copie faite par un excellent copiste), et le tableau lui-même, alors que par définition il n'y a pas de différence entre un logiciel et une copie. La différence entre une excellente copie et l'original ne sera pas perceptible par 99,99 % des gens et tient à ce je-ne-sais-quoi qui fait que l'une a été produite par le concepteur de l'œuvre et l'autre non. La question à se poser c'est « L'important est-il l'objet matériel auquel s'attache ce je-ne-sais-quoi ou la représentation qu'il constitue ? ». Il me semble que tu as parfaitement pu ne jamais avoir contemplé de visu un Van Gogh (ou autre) et tout de même être frappé par des représentations que tu as pu en voir. Dès lors, cet attachement à l'original n'est-il pas une simple manifestation d'un désir d'appropriation ? L'important devient le fait de posséder l'objet sanctifié par la main de l'artiste plutôt que l'œuvre elle-même. C'est du fétichisme. L'art ne se limite pas à l'art contemporain, et même dans l'art contemporain tout n'est pas aisément reproductible, loin de là. Au contraire, il y a même un problème de conservation des oeuvres contemporaines, les matériaux employés s'altérant avec le temps (métaux qui rouillent, plastique qui s'effrite, papier qui jaunit, etc...). Reproductible ou pas, on s'en moque. A-t'on le droit moral de le faire ou est-ce la prérogative de l'auteur ? C'est la seule chose qui importe dans ce débat. Quant au problème de conservation de certaines œuvres contemporaines, je suis content que tu en parles parce qu'il est très révélateur du fétichisme que j'évoque plus haut. Quand un Beuys, par exemple, emploie volontairement des matériaux qui se dégradent, on peut supposer que le fait que l'œuvre soit périssable en est partie intégrante et lui donne sens (surtout quand on connait la problématique de Beuys). Et il devient particulièrement absurde de voir des conservateurs s'échiner à trouver des graisses « identiques » à celles utilisées à l'origine pour la restauration ou des moyens d'empêcher son dépérissement. Bien sur, d'ailleurs il est bien connu que les codes lauréats de l'ioccc sont employés partout, tellement ils sont facile à maintenir et font des choses utiles. C'est justement un exemple de logiciel dont la raison d'être est artistique et non utilitaire. Je ne l'évoque que pour rappeler que ça existe même si c'est anecdotique (et pour le reste, je suis d'accord avec toi). Ça n'est pas une question de license mais de technologie. Le jour où tu pourra reproduire parfaitement et à l'infini un tableau ou une sculpture, cette question aura un sens. Pour le moment, elle n'en a pas. C'est une question morale et pas technologique, même si c'est la technologie qui a rendu cette question pertinente (En multipliant les modes et les possibilités de reproduction) : l'auteur doit-il garder le contrôle de son œuvre et de ses dérivés ou non ? Je ne vois pas de différence fondamentale à cette problématique avec les logiciels.