Tu as raison de faire remarquer l'architecture très particulière de ce nouveau super calculateur; c'est la première fois qu'on voit calculateur n'incluant aucun processeurs connu: Intel Xeon, IBM Power ou Sparc. Par contre, tu sembles (en tous cas, c'est mon interprétation) en tirer la conclusion d'une victoire du RISC sur le CISC, et par extention des architectures historiquement RISC (e.g. ARM) sur les architectures historiquement CISC (e.g. x86).
Ça me semble être une erreur parce que la distinction RISC/CISC a de moins en moins de sens. Les processeurs Intel actuels (typiquement labelés CISC) découpent les instructions en micro-opérations (notés μops) élémentaires qu'ils exécutent ensuite. Inversement, les processeurs ARM ont maintenant des instructions qu'on pourrait qualifier de complexes (e.g. instructions SIMD qui opèrent sur des vecteurs). Aujourd'hui, on appelle CISC les jeux d'instructions qui distinguent les opérations mémoires des opérations arithmétiques. Par exemple, les processeurs Intel (CISC) offrent une instruction ADD qui peut prendre une opérande en mémoire. En interne, le processeur exécute une instruction de chargement mémoire, suivie d'une addtion entre deux registrees. Sur un processeur ARM (RISC), il faut d'abord . En fait, de nos jours, la différence entre un processeur CISC et un processeur RISC est assez minime, et surtout n'a que peu d'impact sur la performance du processeur. D'autres facteurs influencent plus la performance comme la taille du pipeline d'exécution, la taille et la configuration des caches, la fréquence, et la répartition des unités de calculs.
J'ai l'impression qu'on peut distinguer trois grandes familles de "processeurs" (je note processeurs entre guillemets car certains "processeurs" commencent à ne plus ressembler beaucoup à l'idée qu'on se fait d'un processeur).
Processeurs multicore: Dans cette catégorie, on pourrait ranger le processeur ARM de votre smartphone, celui de votre laptop, les Intel Xeon, Sparc et autres IBM Power. Ce type de processeur contient relativement peu de core (< 30), mais chaque core offre une une performance élevée. Chaque core offre une performance élevée parce qu'il est complexe, et donc qu'il utilise un surface de silicium élevée. Et donc, mécaniquement on peut pas en caser énormément sur un chip. Pour obtenir des bonnes performances, les cores ont un pipeline relativement long, offrent plusieurs niveaux de cache (2 voire 3 niveau), qui peuvent atteindre plusieurs Mo, disposent d'unité de calculs redondantes (ce qui permet d'obtenir un bon IPC), et aussi d'unités SIMD (qui permettent de travailler directement sur des vecteurs).
Processeurs manycore: Dans cette catégorie on pourrait ranger les Xeon Phi d'Intel, mais aussi les SW26010 utilisés dans le Sunway TaihuLight. Ce type de processeur contient plus de cores de calcul (50-300), mais contient des cores plus simples, qui occupent moins de silicium. Chaque core offre donc une performance moins élevée que dans les processeurs multicores. En général, les cores ont des pipelines moins long, ne sont pas forcément out-of-order, ont des caches moins gros, ont moins d'unités redondantes. Par contre en général, les cores proposent une unité SIMD. Les cores ont aussi une fréquence moin
GPU: Dans cette catégorie, on pourrait ranger n'importe quel GPU Nvidia, en particulier les Nvidia Telsa dédiés au calcul scientifique. Ce type de "processeur" continent beauoup de cores de calcul (1000-5000), mais chaque core est très simple. En fait, on peut à peine parler de core tellement chaque core est réduit à sa plus simple expression. Chaque core n'a pas d'unité de décodage d'instruction indépendante, ils sont coordonés par groupes (warp) de 32 cores (sur les cartes Nvidia) qui doivent exécuter la même instruction à un instant t. Evidemment chaque core n'a pas de pipeline, ni d'unité redondantes, ni d'unité SIMD. Les caches sont partagés entre plusieurs cores.
Depuis quelques années, les supercalculateur tirent le gros de leur puissance de calcul soient de processeurs manycore, soit de GPU. Ce type de processeur offre de meilleurs performances que les multicores sur des workload très parallèles, mais moins bonnes sur des workload plus séquentielles. En général, les workload HPC sont bien parallélisables (le en général est quand même à prendre avec des pincettes). Du coup, les manycore ou GPU sont avantagés parce qu'il n'y a pas de silicium "gaché" pour avoir une performance séquentielle élevée (long pipeline, unité redondantes, cache inutilement gros). À ce titre, le Sunway TaihuLight n'est pas si étonnant et entérine juste le fait que les manycore et GPU sont avantageux en HPC. Par contre, c'est quand même la première fois qu'on voit un supercalculateur sans aucun processeur multicore.
La Chine entérine aussi sa supériorité technologique naissante, avec non seulement les deux premiers calculateurs du TOP500, mais aussi avec un processeur de conception maison.
[^] # Re: Rien sur les spécificités du nouveau bébé 1er du top 500 ?
Posté par X345 . En réponse à la dépêche Le Top 500 des supercalculateurs de juin 2016. Évalué à 10.
Tu as raison de faire remarquer l'architecture très particulière de ce nouveau super calculateur; c'est la première fois qu'on voit calculateur n'incluant aucun processeurs connu: Intel Xeon, IBM Power ou Sparc. Par contre, tu sembles (en tous cas, c'est mon interprétation) en tirer la conclusion d'une victoire du RISC sur le CISC, et par extention des architectures historiquement RISC (e.g. ARM) sur les architectures historiquement CISC (e.g. x86).
Ça me semble être une erreur parce que la distinction RISC/CISC a de moins en moins de sens. Les processeurs Intel actuels (typiquement labelés CISC) découpent les instructions en micro-opérations (notés μops) élémentaires qu'ils exécutent ensuite. Inversement, les processeurs ARM ont maintenant des instructions qu'on pourrait qualifier de complexes (e.g. instructions SIMD qui opèrent sur des vecteurs). Aujourd'hui, on appelle CISC les jeux d'instructions qui distinguent les opérations mémoires des opérations arithmétiques. Par exemple, les processeurs Intel (CISC) offrent une instruction ADD qui peut prendre une opérande en mémoire. En interne, le processeur exécute une instruction de chargement mémoire, suivie d'une addtion entre deux registrees. Sur un processeur ARM (RISC), il faut d'abord . En fait, de nos jours, la différence entre un processeur CISC et un processeur RISC est assez minime, et surtout n'a que peu d'impact sur la performance du processeur. D'autres facteurs influencent plus la performance comme la taille du pipeline d'exécution, la taille et la configuration des caches, la fréquence, et la répartition des unités de calculs.
J'ai l'impression qu'on peut distinguer trois grandes familles de "processeurs" (je note processeurs entre guillemets car certains "processeurs" commencent à ne plus ressembler beaucoup à l'idée qu'on se fait d'un processeur).
Depuis quelques années, les supercalculateur tirent le gros de leur puissance de calcul soient de processeurs manycore, soit de GPU. Ce type de processeur offre de meilleurs performances que les multicores sur des workload très parallèles, mais moins bonnes sur des workload plus séquentielles. En général, les workload HPC sont bien parallélisables (le en général est quand même à prendre avec des pincettes). Du coup, les manycore ou GPU sont avantagés parce qu'il n'y a pas de silicium "gaché" pour avoir une performance séquentielle élevée (long pipeline, unité redondantes, cache inutilement gros). À ce titre, le Sunway TaihuLight n'est pas si étonnant et entérine juste le fait que les manycore et GPU sont avantageux en HPC. Par contre, c'est quand même la première fois qu'on voit un supercalculateur sans aucun processeur multicore.
La Chine entérine aussi sa supériorité technologique naissante, avec non seulement les deux premiers calculateurs du TOP500, mais aussi avec un processeur de conception maison.