Elle justifie également une lutte des classes perpétuelle
Dire cela est un non-sens. La lutte des classes est un fait du monde social, de la même manière que l'attraction des corps est un fait du monde physique. Prétendre que le discours de Jaurès « justifie une lutte des classes perpétuelle » est du même tonneau que prétendre que Newton « justifiait une attraction des corps perpétuelle ». Jaurès sait simplement que tant que le salariat et le mode de production capitaliste existeront, la lutte des classes existera également, car elle est l'expression automatique des conflits d'intérêts entre classes : le capitaliste veut maximiser la plus-value qu'il prélève sur le travail des salariés, tandis que le salarié veut une amélioration de ses conditions qui implique une diminution de la dite plus-value...
comme si les ouvriers étaient incapables de s'organiser de manière efficace et de trouver également des moyens de pression "civilisés" pour une négociation d'égal à égal
Les ouvriers s'organisent au moyen de syndicats qui négocient, font entendre leurs revendications et, lorsque la situation les y incite (c'est-à-dire lorsque les moyens précédemment cités ont échoué), passent à l'action physique (grève, blocage, manifestation). Lorsque le rapport de force n'est pas trop défavorable, ce sont des moyens qui s'avèrent efficaces.
Les ouvriers eurent également un outil qui était le PCF, et qui fut jusqu'aux années 70 très efficace—malgré un grand légalisme—pour calmer les velléités des patrons et de leurs relais politiques.
Mais ces méthodes te déplaisent, tu as donc décrété qu'elles n'étaient pas "civilisées". Question argumentation, c'est à peu près vide, et ça revient à accuser son chien d'avoir la rage pour le tuer.
Quitte à mettre en avant des intellectuels de gauche, autant citer des économistes contemporains (pas certain que Piketti soit en odeur de sainteté chez les trotskystes, ceci dit), plutôt que de déterrer des fossiles qui sentent bon l'ère pré-Soviétique...
D'une part, Jaurès n'était pas troskyste (il aurait eu du mal à l'être...), d'autre part, la pertinence d'un discours ne dépend pas de son ancienneté. Piketty est un économiste compétent dans son domaine (l'étude de la fiscalité et des répartitions de patrimoine), mais son discours politique est indigent. Je ne pense pas qu'on trouvera chez Piketty le moindre questionnement sérieux, argumenté, sur la violence en politique, qui est ici le sujet... Contrairement à ce que pourrait laisser penser le discours assez monomaniaque de Piketty, on ne régule pas la violence sociale en déplaçant des curseurs et des taux d'imposition.
Quant à l'URSS, l'échec du "socialisme" soviétique n'a pas remis en cause l'existence de la lutte des classes en régime capitaliste, à ce que je sache.
PS : il vaut mieux éviter de fustiger les fossiles si c'est pour chanter ensuite les louanges d'un keynésien pur jus qui ne fait guère que réinventer l'eau tiède ; si Piketty a fait tant de bruit, c'est parce que la "pensée" économique dominante est parvenue à un tel niveau de nullité dogmatique que le simple fait d'exprimer des positions classiques dans les années 50 à 70 est vécu comme un exploit, une transgression formidable. Dans le même ordre d'idées, certains ont présenté Varoufakis comme une sorte de lost boy révolutionnaire au prétexte qu'il portait des blousons de cuir et qu'il prônait l'adjonction de quelques gouttes de keynésianisme à la politique économique de l'UE...
[^] # Re: Machine à noter
Posté par Antoine . En réponse au journal Quelle violence... ?. Évalué à 9.
Dire cela est un non-sens. La lutte des classes est un fait du monde social, de la même manière que l'attraction des corps est un fait du monde physique. Prétendre que le discours de Jaurès « justifie une lutte des classes perpétuelle » est du même tonneau que prétendre que Newton « justifiait une attraction des corps perpétuelle ». Jaurès sait simplement que tant que le salariat et le mode de production capitaliste existeront, la lutte des classes existera également, car elle est l'expression automatique des conflits d'intérêts entre classes : le capitaliste veut maximiser la plus-value qu'il prélève sur le travail des salariés, tandis que le salarié veut une amélioration de ses conditions qui implique une diminution de la dite plus-value...
Les ouvriers s'organisent au moyen de syndicats qui négocient, font entendre leurs revendications et, lorsque la situation les y incite (c'est-à-dire lorsque les moyens précédemment cités ont échoué), passent à l'action physique (grève, blocage, manifestation). Lorsque le rapport de force n'est pas trop défavorable, ce sont des moyens qui s'avèrent efficaces.
Les ouvriers eurent également un outil qui était le PCF, et qui fut jusqu'aux années 70 très efficace—malgré un grand légalisme—pour calmer les velléités des patrons et de leurs relais politiques.
Mais ces méthodes te déplaisent, tu as donc décrété qu'elles n'étaient pas "civilisées". Question argumentation, c'est à peu près vide, et ça revient à accuser son chien d'avoir la rage pour le tuer.
D'une part, Jaurès n'était pas troskyste (il aurait eu du mal à l'être...), d'autre part, la pertinence d'un discours ne dépend pas de son ancienneté. Piketty est un économiste compétent dans son domaine (l'étude de la fiscalité et des répartitions de patrimoine), mais son discours politique est indigent. Je ne pense pas qu'on trouvera chez Piketty le moindre questionnement sérieux, argumenté, sur la violence en politique, qui est ici le sujet... Contrairement à ce que pourrait laisser penser le discours assez monomaniaque de Piketty, on ne régule pas la violence sociale en déplaçant des curseurs et des taux d'imposition.
Quant à l'URSS, l'échec du "socialisme" soviétique n'a pas remis en cause l'existence de la lutte des classes en régime capitaliste, à ce que je sache.
PS : il vaut mieux éviter de fustiger les fossiles si c'est pour chanter ensuite les louanges d'un keynésien pur jus qui ne fait guère que réinventer l'eau tiède ; si Piketty a fait tant de bruit, c'est parce que la "pensée" économique dominante est parvenue à un tel niveau de nullité dogmatique que le simple fait d'exprimer des positions classiques dans les années 50 à 70 est vécu comme un exploit, une transgression formidable. Dans le même ordre d'idées, certains ont présenté Varoufakis comme une sorte de lost boy révolutionnaire au prétexte qu'il portait des blousons de cuir et qu'il prônait l'adjonction de quelques gouttes de keynésianisme à la politique économique de l'UE...