• [^] # Logiciel libre, hackers, libertarianisme (was: Re: la politique c'est la vie)

    Posté par . En réponse au sondage Pour ou contre le hors sujet sur LinuxFr.org ?. Évalué à 7.

    Je pense d'ailleurs qu'il suffit de voir le nombre de libertariens impliqués dans les projets libres - Jimmy Wales de Wikipedia en particulier, mais aussi tous les projets de gouvernance libre et de marché libres qui apparaissent, Bitcoin, les blockchains et autres, pour remettre en question le fait que ce serait une mouvance porteuse de valeurs d'extrême-gauche, ou au moins anti-capitalistes.

    Bon, pour commencer, il faut distinguer les contextes politiques et sociaux en France et aux États-Unis, ainsi qu’aujourd’hui et à la création du mouvement du logiciel libre, la subculture des hackers et companie, qui sont tous très différent, sinon on fait pleins d’amalgame et on fait tout dire à tout le monde.

    Alors le mouvement du logiciel libre est né avec rms, mais aussi la culture Hacker en général, elle même un mix de culture hippie (plutôt universaliste, pacifiste et grosso-modo presqu’égalitaire) et communiste (en pleine guerre froide... avec des valeurs de « vol », partage forcé, internationalisme, révolution française, etc.) dans un contexte universitaire (élitiste, méritocratique... mais aussi universaliste que la culture hippie, ce qui finit de boucler la boucle), et on va pas se mentir, entre pleins de personnes neuro-atypiques (autistes, dyssynchrones « haut-potentiel/précoces/"surdoué·e·s" », etc.). Ce joyeux mélange a évolué pour donner un mouvement joyeusement popularisé par rms, lui-même très idéaliste (on reconnaît le hippie asperger...) au sein d’un pays où l’un des plus puissants mouvements ouvriers s’est fait rattatiné la gueule à coup de propagande pour devenir l’un des plus anticommunistes, donc antisocialiste, dans un contexte où « libéral » ou « démocrate » veut dire de gauche, où « libertarien » ou « républicain » de droite (alors qu’en France les libertaires sont d’extrême-gauche, les républicains s’appelant socialistes de gauche molle, les pseudo-démocrates de droite s’appellent républicains, etc. etc.).

    Cette vidéo peut aider : https://www.youtube.com/watch?v=8Qc13By6sE4 (même si je suis pas d’accord quand on parle de nécessité d’un État pour tout réguler, les gens sont pas si con, et l’État non plus puisqu’il en profite pour piller tout le monde et donner aux classes supérieures, qui de toute façon le composent)

    Le truc c’est qu’en France, où le concept de « socialisme », « gauche », « progressisme », etc. est né, ça a pas pû être viré comme ça, et du coup on a encore des gens pour s’appeler socialistes et mêmes communistes (alors qu’ils sont plus à droite que la gauche molle ailleurs), du coup encore des libertaires, notamment des anarchistes (communistes) se revendiquant comme tels. Du coup des idées hackers/libristes mélange entre universalisme-post-révolution, hippies, et communistes, sachant qu’on a des communistes ici, qu’on a eu le début de mai 68, et que malgré tout on garde des anars aussi, ben ça donne qu’on a beaucoup de personnalités du mouvement libristes qui se disent clairement anarchistes, de gauche (on pense à LQDN et (F)FDN), voire, plus rarement, pro-communistes explicitement (souvent on lui préfère d’autres termes après).

    Alors qu’aux État-Unis, pour trouver des communistes libertaires/anarcho-communistes, faut vraiment chercher, et déjà savoir ce que c’est à quoi ça ressemble voire l’être et depuis plusieurs années, pour réussir. Du coup comme la seule vision du communisme que t’as c’est à l’encontre des libertés individuelles (alors que l’universalisme, la révolution française, et le mouvement hippie, c’est plein d’individualisme, surtout que la plupart des hippies connus sont devenus entrepreneurs et libertariens après coup, après avoir tout renié), bah tu vas pas être communiste, donc tu mélanges des idées vaguement simili-anar avec l’idéologie dominante néo-libérale, et t’obtient une espèce de monstre incohérent qui fait pourtant très bien son chemin ! Clairement, là-bas le communisme, c’est l’État pur, quand t’es proto-anarchiste, t’es anti-État, donc anti-communiste... et tu finis vite à tomber dans les idées néolibérales/minarchistes de « retirer l’État/le public de tout et tout privé », qui n’est pourtant que difficilement anarchiste parce que ça veut dire tout dans les mains des riches, donc d’une minorité, et du coup ça marche pas.

    Ce qui explique Wales libertarien, Assange aussi, Snowden vaguement aussi, etc. alors que la communauté hacker de base reste éloignée de tout ça (on a de rares qui osent se dire vraiment communistes, d’autres qui se disent anars, mais sinon la plupart se contente d’en propager les idées sans user de ces étiquettes), et ici s’en rapproche ponctuellement sans que les gens le remarquent assez pour se priver d’importer du libertarianisme en France.

    Pour rappel, au PSES2015, qqun a fait une conférence sur le libertarianisme et les hackers, en essayant de faire le même parallèle. C’est assez intéressant comment il s’est fait hué, basher, critiquer, contre-argumenter par l’intégralité du public avec une réactivité assez réjouissante (sans parler des commentaires sur IRC). Le mec venait de débarquer sans savoir où il atterrissait clairement. Voilà ce qui se passe quand on essaye pas d’analyser matériellement le contexte politique à chaque lieu et époque, plutôt que de tenter de vaguement comparer des idées, qui, elles, ne se gènent pas pour être influencées et construites par un tas d’autres choses.