• [^] # Re: Pour quel coût ?

    Posté par . En réponse au journal L'increvable. Évalué à -10.

    Le geek moyen, un peu autiste sur les bords, a du mal avec le concept ô combien! socialement élaboré de témoignage. Il va s’en dire que je prends un malin plaisir à pousser le témoignage jusqu’au bout en débarrassant mes commentaires de tout le superflu qui pourrait distraire un instant les réponses ridiculement caricaturales qui ne manquent pas de se faire.

    Comme je ne vais pas réécrire le long commentaire de hier soir, j’y renvoie. Bien sûr le commentaire auquel je réponds demanderait un développement supplémentaire propre. Notamment sur la notion de vérité, de faits, et d’objectivité. Mais il est question encore du même processus mental, de déconstruction et de mépris de l’autre, afin de ne pas avoir à prendre en compte ce qu’il dit. Je me contenterai d’ajouter, dans le cas du "témoignage" qu’il s’agit ici d’insister sur la notion "acceptation à priori" (j’avais dit hier soir que l’"à priori" est primordial). C’est précisément ce qu’est un témoignage : l’accepter en tant que fait (non pas ces assertions, qui peuvent éventuellement être revues, mais en lui-même) demande un développement mental propre qui nécessite de savoir distinguer le monde extérieur, les autres, de soi-même. Un développement qui apparaît en bas âge si l’on en croit Freud (se serait-il trompé ?). Pour résoudre ce conflit permanent et inhérent qu’il y a entre soi et le monde extérieur, le commentaire imbécile ne peut plus considérer l’autre comme d’égal à égal : on admettra pas qu’une opinion différente de la sienne puisse se construire sur des bases rationnelles, intelligente et il faudra nécessairement s’occuper de s’auto-persuader qu’elle est le produit d’un "moins-que-soi". On en revient aux fameux épouvantails des catégories diffamantes : ici "le complotisme" dont l’invocation tient d’autant plus d’une débilité profonde, qu’elle intervient en contre-sens le plus évident de mon commentaire, qui se proposait très précisément d’en construire une alternative, et par là-même de s’y opposer : mon commentaire était même pleinement voué à ce but. Ce n’était certes pas explicite, mais savoir détecter l’implicite dans un texte fait partie après tout des capacités culturelles de base (on apprend cela au collège) qui font défaut malheureusement trop souvent dans cette poubelle de vociférations, ce dépotoir des écrits minables et de rédactions profondément incultes qu’est Linuxfr (tout comme sur une bonne partie du web comme les skyblog, les commentaires youtube, etc. c’est le difficile apprentissage de la parole publique par une populace qui n’en avait pas la possibilité jusqu’il y a peu.)

    On appréciera tout autant le reproche qui est fait d’avoir "des convictions politiques", qualité pourtant essentielle de tout honnête citoyen d’une démocratie. Cela devient catégorie infamante parce que, très précisément, la démocratie est haïe par ceux-là même qui utilisent cette catégorie comme une tare. Là où la cible de ce reproche, votre serviteur et démocrate convaincu, ne peut que se réjouir de se voir ainsi reconnu et serait même prêt à prendre les armes pour pouvoir encore avoir des convictions politiques. Il pourrait combattre, jusqu’à la mort si besoin est, tout celles et ceux qui auraient la malencontreuse idée de penser qu’on peut impunément interdire à quelqu’un d’avoir ses propres opinions, surtout, quand celle-ci est basée sur des faits tangibles et bien réels c’est-à-dire tirés de l’expérience personnelle. Et le "personnelle" est important en tant qu’il est potentiellement non partagé par l’autre. Un célèbre auteur aurait dit que la liberté, la suprême liberté, c’est la possibilité de pouvoir dire que 2 et 2 font 4 (je parlais ci-précédent de la notion de vérité et liberté).

    C’est cela un exemple même de l’expérience de l’altérité dont je parlais hier soir : on devine très bien qu’"avoir des convictions politiques" est perçue négativement à travers la pauvreté intellectuelle du raisonnement en faisant un trait du complotisme. Et ce alors même que des valeurs opposées (la liberté d’opinion, la démocratie) me rendent l’idée même de possession de convictions politiques hautement estimable et sensiblement souhaitable car ce n’est ni plus ni moins que ce que l’on appelle l’exercice de la citoyenneté. Or, et c’est précisément tout le truc j’admets la liberté et la démocratie comme n’allant pas de soi et cela me permet précisément d’appréhender que l’autre ne puisse y adhérer, mais aussi d’en comprendre les contours et les limites, pour mieux y remédier, et pour n’en pas faire une notion vide de sens une de ces fameuses "égéries" (cf. commentaire d’hier soir) dont aiment à se parer les idiots du village et autres bouseux (rassurés-vous campagnards je n’ai jamais autant rencontré de ploucs que depuis que je suis sur Paris).

    Toi aussi ami, fasciste, réactionnaire, néo-nazi, antisémite, défenseur du patronat persécuté, viens rencontrer tes amis sur Linuxfr pour combattre cette engeance gauchiste islamophile qui viole ta femme, mange ton bébé et pratique la sodomie.