À tous ceux qui, à raison, se sont dit un truc du genre « Mais n'importe quoi, et d'abord pour pour qui tu te prends à nous balancer des ultimatums pour ou contre ce que tu penses, tout de travers en plus (va mourir) ? » Rassurez-vous, pour un trou de balle lambda comme il s'en rencontre à la tonne sur le Net. Je sais parfaitement que je n'ai ni police, ni médias pour vous arracher autre chose qu'un haussement d'épaule ou au mieux un clic rageur (même si sur ce coup, vous êtes décevants, ce site mollit du poil...)
Il en va malheureusement différemment pour tout un tas de gens, qui à longueur de temps doivent non seulement trouver ce genre de prises à partie à la con admissibles mais plus encore légitimes : des gens à qui on peut demander plusieurs fois par jour de justifier de leur identité, des gens qui doivent sans cesse faire la démonstration qu'ils ne sont pas solidaires dès que quelque part dans le monde un zigue au même teint trucide des innocents, des gens à qui on demande toujours et encore d'où ils viennent et quand est-ce qu'ils comptent enfin s'intégrer alors que leurs parents et parfois même leurs grands-parents sont nés dans ce pays, des gens qui l'ont au fond toujours un peu cherché quand la police les cartonne.
Et je pense que c'est bien parce que la société s'est accommodée de ce qu'on peut appeler un état d'exception sélectif que nombreux sont ceux qui aujourd'hui ne voient pas le problème avec l'état d'urgence. Si tout le monde pensait que l'état d'urgence concerne pareillement toute la société, que demain il avait autant de chances que n'importe qui de se retrouver assigné à résidence dans son intérieur réaménagé façon Kobané, jamais on ne verrait pareille adhésion. Si c'est si facile à imposer, c'est bien parce que le message a été largement compris, à savoir que ça concernera avant tout les autres, ceux qu'on n'aime pas, qu'on ne veut pas voir, sans qui on n'aurait pas tous ces problèmes et qui de toute façon feront toujours bien trop parler d'eux.
La racine profonde de l'état d'urgence persistent tient à ce qu'on a réussi à monter une partie de la population contre une autre, qu'on en vient à estimer qu'un môme de banlieue a plus de comptes à rendre qu'un président qui vend des avions de chasse à un régime aussi obscurantiste que sanguinaire (en Arabie Saoudite on peut être décapité pour sorcellerie, mais là curieusement c'est civilisation-compatible). Le pire c'est que je ne sais pas comment on va arriver à s'en tirer, parce que je vois très mal quel mécanisme de solidarité* va pouvoir renverser un rapport aussi bien installé depuis aussi longtemps (au très bas mot ça fait une décennie qu'on chauffe les gens à blanc) et enfin en terminer avec cette forme insidieuse de citoyenneté conditionnelle (toutes ces histoires de déchéance, c'est vraiment l'aboutissement de cette logique puante).
* Je n'ai pas le talent d'un Genet pour donner à regarder ce qu'à l'ordinaire on occulte et on flétrit, ni encore celui d'un Coluche pour nous faire marrer (enfin, je veux dire, volontairement) tous à la même enseigne, et les trucs du genre Je suis le dernier machin à la mode qu'il est bon de tous être en même temps ont le don de me mettre de travers. C'est pour cela que j'ai pris le parti d'offrir à dérouiller ce qui normalement doit quantifier ma valeur en tant qu'intervenant sur le site, en somme ma respectable petite binette virtuelle. Ça m'a paru plus honnête, un peu moins bidon, même si je ne m'illusionne guère sur le caractère absolument dérisoire du symbole (objectivement, ma vie se trouve sans commune mesure plus bouleversée chaque fois que je me coupe les ongles des pieds). Allez, vous prendrez bien une deuxième tournée, ça me fait plaisir et ça vous détend (au final je suis définitivement plus Hara-Kiri que Charlie, soyez bêtes et méchants).
[^] # Re: Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde...
Posté par Ignatz Ledebur . En réponse au journal Sortir de l'état d'urgence. Évalué à 8.
À tous ceux qui, à raison, se sont dit un truc du genre « Mais n'importe quoi, et d'abord pour pour qui tu te prends à nous balancer des ultimatums pour ou contre ce que tu penses, tout de travers en plus (va mourir) ? » Rassurez-vous, pour un trou de balle lambda comme il s'en rencontre à la tonne sur le Net. Je sais parfaitement que je n'ai ni police, ni médias pour vous arracher autre chose qu'un haussement d'épaule ou au mieux un clic rageur (même si sur ce coup, vous êtes décevants, ce site mollit du poil...)
Il en va malheureusement différemment pour tout un tas de gens, qui à longueur de temps doivent non seulement trouver ce genre de prises à partie à la con admissibles mais plus encore légitimes : des gens à qui on peut demander plusieurs fois par jour de justifier de leur identité, des gens qui doivent sans cesse faire la démonstration qu'ils ne sont pas solidaires dès que quelque part dans le monde un zigue au même teint trucide des innocents, des gens à qui on demande toujours et encore d'où ils viennent et quand est-ce qu'ils comptent enfin s'intégrer alors que leurs parents et parfois même leurs grands-parents sont nés dans ce pays, des gens qui l'ont au fond toujours un peu cherché quand la police les cartonne.
Et je pense que c'est bien parce que la société s'est accommodée de ce qu'on peut appeler un état d'exception sélectif que nombreux sont ceux qui aujourd'hui ne voient pas le problème avec l'état d'urgence. Si tout le monde pensait que l'état d'urgence concerne pareillement toute la société, que demain il avait autant de chances que n'importe qui de se retrouver assigné à résidence dans son intérieur réaménagé façon Kobané, jamais on ne verrait pareille adhésion. Si c'est si facile à imposer, c'est bien parce que le message a été largement compris, à savoir que ça concernera avant tout les autres, ceux qu'on n'aime pas, qu'on ne veut pas voir, sans qui on n'aurait pas tous ces problèmes et qui de toute façon feront toujours bien trop parler d'eux.
La racine profonde de l'état d'urgence persistent tient à ce qu'on a réussi à monter une partie de la population contre une autre, qu'on en vient à estimer qu'un môme de banlieue a plus de comptes à rendre qu'un président qui vend des avions de chasse à un régime aussi obscurantiste que sanguinaire (en Arabie Saoudite on peut être décapité pour sorcellerie, mais là curieusement c'est civilisation-compatible). Le pire c'est que je ne sais pas comment on va arriver à s'en tirer, parce que je vois très mal quel mécanisme de solidarité* va pouvoir renverser un rapport aussi bien installé depuis aussi longtemps (au très bas mot ça fait une décennie qu'on chauffe les gens à blanc) et enfin en terminer avec cette forme insidieuse de citoyenneté conditionnelle (toutes ces histoires de déchéance, c'est vraiment l'aboutissement de cette logique puante).
* Je n'ai pas le talent d'un Genet pour donner à regarder ce qu'à l'ordinaire on occulte et on flétrit, ni encore celui d'un Coluche pour nous faire marrer (enfin, je veux dire, volontairement) tous à la même enseigne, et les trucs du genre Je suis le dernier machin à la mode qu'il est bon de tous être en même temps ont le don de me mettre de travers. C'est pour cela que j'ai pris le parti d'offrir à dérouiller ce qui normalement doit quantifier ma valeur en tant qu'intervenant sur le site, en somme ma respectable petite binette virtuelle. Ça m'a paru plus honnête, un peu moins bidon, même si je ne m'illusionne guère sur le caractère absolument dérisoire du symbole (objectivement, ma vie se trouve sans commune mesure plus bouleversée chaque fois que je me coupe les ongles des pieds). Allez, vous prendrez bien une deuxième tournée, ça me fait plaisir et ça vous détend (au final je suis définitivement plus Hara-Kiri que Charlie, soyez bêtes et méchants).