• [^] # Re: Travail admirable

    Posté par . En réponse à la dépêche Joyce Reynolds est morte :-(. Évalué à 0.

    on peut mettre en doute l'affirmation sans preuve

    Le problème, c'est que l'affirmation contraire est également sans preuve.
    Si je dis: je pense que faire A est une bonne chose plutôt que de ne rien faire.
    Tu ne peux pas dire: que A soit bénéfique n'est pas prouvé. Donc, ne rien faire est mieux.

    Parce que dans ce cas, cela voudrait dire que si tu dis: je pense que ne rien faire est une bonne chose plutôt que de faire A.
    Je pourrais alors dire: que ne rien faire soit bénéfique n'est pas prouvé. Donc, faire A est mieux.

    N'oublions pas que le point de départ de la conversation, c'est Michaël, qui dit: "C'est une imposture intellectuelle de faire croire aux gens que les usagers d'une langue confondent le genre grammatical et le genre, disons biologiques, des êtres qu'ils recouvrent."
    C'est une affirmation, et elle est sans preuve.

    Je travaille dans la recherche, et on est régulièrement confronté à ce genre de problème.
    Dans ce cas, on considère que le modèle qu'il faut considéré comme "à suivre" est celui qui satisfait le mieux les critères de la démarche scientifique, notamment entre deux modèles, celui qui décrit les phénomènes le plus simplement est préféré. Cela ne veut pas dire que le modèle "est le bon", cela veut dire que comme on ne peut pas décider entre deux modèles, on choisit celui qui est le plus vraisemblable. Cela veut dire aussi que si on ne choisit pas le plus vraisemblable, c'est qu'on est partial et qu'on choisit en fonction de ce qui nous arrange.

    C'est ce que je fais ici: je n'ai pas de preuve absolue que mon modèle X, qui implique que la féminisation du mot est une bonne chose, soit la réalité. Et il existe d'autre modèle, par exemple le modèle Y, qui implique que la féminisation du mot est neutre. (par contre, il n'y a aucun modèle qui montre que la féminisation est néfaste. Du coup, si X est vrai, appliquer la féminisation est une bonne chose, si Y est vrai, appliquer la féminisation n'a rien couté).
    Si je défend X, c'est que ce modèle explique plus simplement les faits que le modèle Y.

    On peut également mettre en doute que féminiser docteur change quoi que ce soit sur la représentation mentale du cas général où l'on ne peut pas deviner s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Et rendre cette représentation explicite sur un cas particulier (une devinette ou autre), n'a pas forcément d'impact général.

    Le modèle X dit: la représentation du cas général est le résultat des observations culturelles: les individus ne naissent pas avec en tête le fait "un docteur en général est un homme" (car la nature ne reconnaît pas le concept de métier de docteur). Les observations ont donc un impact.
    Le modèle Y dit: certaines représentations ont un impact, d'autres représentations n'en ont pas.
    Dans le cas Y, on brise ce qu'on appelle en science la naturalité ("naturalness"): on ajoute une complexité arbitraire.

    Enfin, comme je l'ai déjà dit, la représentation mentale sera bien souvent un homme blanc, et sans handicap (et probablement brun, autour d'1m80 et plutôt beau). Doit-on pour autant créer autant de dérivations de docteur qu'il existe de docteur différents ?

    La question est posée à l'envers: la règle générale, c'est d'utiliser le nom féminin pour un métier exercé par une femme. On ne dit pas "un instituteur" pour une femme, on dit "une institutrice".
    Soit tu dis que le genre ne doit JAMAIS être visible, c'est-à-dire que tu souhaites qu'on change "institutrice" en "instituteur", soit tu acceptes que le genre soit, en français, visible, et dans ce cas, c'est normal d'utiliser cette information visible.
    Il ne s'agit pas de créer un nouveau élément de langage pour distinguer le genre. Cet élément de langage existe déjà, c'est une base de la langue française: la langue française contient un masculin et un féminin, qui est utilisé entres autres pour distinguer les individus de sexe masculins et féminins (c'est RÉELLEMENT la différence entre "instituteur" et "institutrice", c'est également le cas entre "il" et "elle").
    S'il existait un élément équivalent pour différencier les homme blanc des hommes noirs, ou jaunes ou ..., alors, oui, il faudrait l'utiliser le plus possible.

    Tu ne les présentent pas comme des hypothèses, mais comme des vérités en niant les hypothèses des autres (qui ne les présentent pas forcément comme vérité, contrairement à toi) sans aucune preuve.

    Je ne nie pas les hypothèses des autres, et je ne le fais pas sans raison: je nie le fait que leurs hypothèses sont plus "stables" que les miennes.
    C'est de nouveau l'approche scientifique:
    tu peux dire: voici une loi général de la gravitation, elle explique pourquoi les pommes tombent sur terre et pourquoi les planètes tournent autour du soleil, le tout avec un seul phénomène (les masses s'attirent)
    tu peux aussi dire: voici une série de loi de la gravitation, elle explique pourquoi les pommes tombent sur terre avec le phénomène 1 (sur terre, les objets tombent de haut en bas) et pourquoi les planètes tournent autour du soleil (pour les planètes, c'est différent, elles tournent en rond).
    Les deux explications sont possibles. Mathématiquement, tu peux toujours créer une loi "ad-hoc" ("si je suis dans la condition 1, alors ..., si je suis dans la condition 2, alors ..."), et elle sera valide.
    Ce qui est faux, c'est de dire que la deuxième explication mérite d'être considérée avec un statut équivalent à la première (et c'est ce que je fais ici: je ne dis pas que l'hypothèse est fausse, je dis qu'elle n'est pas assez bonne face à l'autre hypothèse pour pouvoir être choisie si on fait un choix objectif).
    Ce n'est pas vrai qu'elles ont un statut équivalent: la deuxième explication est non-naturelle, elle ne satisfait pas Occam, elle complique les choses, et s'il existe une autre explication qui marche, soit on est un religieux et on choisit de continuer à croire en son explication favorite, soit on est scientifique et on dit "peu importe ce qui m'arrange, je préfère l'explication qui a les meilleures propriétés du point de vue de la démarche scientifique".