Et l'étymologie... les seuls noms féminins qui ont évolués du latin jusqu'au français actuel pour se terminer en -eure, sont des mots dérivés de comparatifs latins se terminant en -or : la prieure qui vient de «prior» (premier, plus en avant, antérieur, précédent, passé), la supérieure, de «superior» (supérieur, plus fort, plus vieux/ancien...), majeure/mineure, de «major»/«minor»...
Quant à la terminaison -eur, elle s'applique déjà à des noms féminins comme tout dictionnaire peut en témoigner : grandeur, longueur, largeur, hauteur, douceur, liqueur, fleur... même si aucun ne concerne des titres ou des noms de métiers.
En temps normal, autant je trouve que les québécois ont une très bonne approche pour créer des équivalents conformes aux règles normales du français et ainsi échapper aux anglicismes qui s'invitent en français (de France, le seul que je côtoie tous les jours), autant cette tendance à (re)créer des féminins en -eure est dommageable car il appauvrit la langue : cette utilisation du -eure est en effet indistinguable à l'oral de la terminaison -eur, et est apparue pour deux raisons, dont la première visait à censurer la terminaison -euse (mais aussi -esse, et -trice) jugée péjorative.
Cette volonté de suppression d'une terminaison, sous couvert d'une chasse aux termes péjoratifs vis à vis des femmes, est d'ailleurs ridicule : ce n'est pas le terme qui est péjoratif, mais l'utilisation qui en est faite, et même si l'on arrive à éradiquer ces termes des mots de la langue courante, cette utilisation péjorative reviendra aussi vite pour s'appliquer à cette nouvelle graphie, tant l'humain adore déprécier son prochain (l'humain : hommes et femmes partageant ce trait, et chaque sexe n'est pas le dernier à l'utiliser à l'encontre de ceux partageant leurs gonades).
L'utilisation québécoise du -eure à une deuxième raison, plus objective (et acceptable à mes yeux) cette fois, et qui concerne la féminisation des noms de métiers : créer les variantes féminines pour tous ces métiers ouvriers où l'opérateur porte un nom dérivé de la machine avec laquelle il travaille (aléseuse / aléseur, embouteilleuse / embouteilleur, fraiseuse / fraiseur, ...).
Le but était ici de différencier le féminin d'un nom masculin issu d'un nom déjà féminin, donc d'enrichir la langue française, mais je pense qu'il est loin d'être atteint puisque seul l'écrit se voit augmenté d'une graphie distinguant sans ambigüité l'ouvrier masculin de l'ouvrière, y compris dans les tournures demandant l'élision de l'article défini et où le reste de la phrase ne contient pas de construction grammaticale permettant de marquer le genre du mot («l'aléseure travaille sur sa machine» distingue bien l'ouvrière de son collègue masculin).
De toutes les propositions de féminisation du mot auteur aperçues dans les discussions (auteure, auteuresse, authoresse, auteuse, autrice — et j'en oublie peut-être), autrice est la seule variante qui ai une légitimité étymologique : le latin «auctor» avait pour variante féminine «auctrīx», à partir de laquelle l'application des règles de dérivations des mots latins en mots français donne «autrice».
[^] # Re: Travail admirable
Posté par Frédéric Blanc . En réponse à la dépêche Joyce Reynolds est morte :-(. Évalué à 7.
Et l'étymologie... les seuls noms féminins qui ont évolués du latin jusqu'au français actuel pour se terminer en -eure, sont des mots dérivés de comparatifs latins se terminant en -or : la prieure qui vient de «prior» (premier, plus en avant, antérieur, précédent, passé), la supérieure, de «superior» (supérieur, plus fort, plus vieux/ancien...), majeure/mineure, de «major»/«minor»...
Quant à la terminaison -eur, elle s'applique déjà à des noms féminins comme tout dictionnaire peut en témoigner : grandeur, longueur, largeur, hauteur, douceur, liqueur, fleur... même si aucun ne concerne des titres ou des noms de métiers.
En temps normal, autant je trouve que les québécois ont une très bonne approche pour créer des équivalents conformes aux règles normales du français et ainsi échapper aux anglicismes qui s'invitent en français (de France, le seul que je côtoie tous les jours), autant cette tendance à (re)créer des féminins en -eure est dommageable car il appauvrit la langue : cette utilisation du -eure est en effet indistinguable à l'oral de la terminaison -eur, et est apparue pour deux raisons, dont la première visait à censurer la terminaison -euse (mais aussi -esse, et -trice) jugée péjorative.
Cette volonté de suppression d'une terminaison, sous couvert d'une chasse aux termes péjoratifs vis à vis des femmes, est d'ailleurs ridicule : ce n'est pas le terme qui est péjoratif, mais l'utilisation qui en est faite, et même si l'on arrive à éradiquer ces termes des mots de la langue courante, cette utilisation péjorative reviendra aussi vite pour s'appliquer à cette nouvelle graphie, tant l'humain adore déprécier son prochain (l'humain : hommes et femmes partageant ce trait, et chaque sexe n'est pas le dernier à l'utiliser à l'encontre de ceux partageant leurs gonades).
L'utilisation québécoise du -eure à une deuxième raison, plus objective (et acceptable à mes yeux) cette fois, et qui concerne la féminisation des noms de métiers : créer les variantes féminines pour tous ces métiers ouvriers où l'opérateur porte un nom dérivé de la machine avec laquelle il travaille (aléseuse / aléseur, embouteilleuse / embouteilleur, fraiseuse / fraiseur, ...).
Le but était ici de différencier le féminin d'un nom masculin issu d'un nom déjà féminin, donc d'enrichir la langue française, mais je pense qu'il est loin d'être atteint puisque seul l'écrit se voit augmenté d'une graphie distinguant sans ambigüité l'ouvrier masculin de l'ouvrière, y compris dans les tournures demandant l'élision de l'article défini et où le reste de la phrase ne contient pas de construction grammaticale permettant de marquer le genre du mot («l'aléseure travaille sur sa machine» distingue bien l'ouvrière de son collègue masculin).
De toutes les propositions de féminisation du mot auteur aperçues dans les discussions (auteure, auteuresse, authoresse, auteuse, autrice — et j'en oublie peut-être), autrice est la seule variante qui ai une légitimité étymologique : le latin «auctor» avait pour variante féminine «auctrīx», à partir de laquelle l'application des règles de dérivations des mots latins en mots français donne «autrice».