Petite précision de termes pour distinguer l'attaque ad hominem, de l'attaque ad personam. Ces deux notions ne sont confondues que dans les temps récents, alors que l'ad hominem est un défense admise dans le débat contradictoire depuis l'antiquité et Aristote (même sans doute bien avant lui). L'expression ad personam a été forgée par Schopenhauer pour distinguer deux moyens de défense :
le premier attaque l'adversaire sur les thèses qu'il soutient, en l'acculant à la contradiction ;
la seconde attaque la personne elle-même (et non son discours) pour le décrédibiliser.
Si le premier moyen peut s'avérer recevable (ad hominem), il n'en est pas de même du second (ad personam).
Pour l'illustrer par un exemple provenant de ce fil de discussion.
ferean a soutenu qu'il ne pouvait exister de règles universelles et objectives déterminant le bien et le mal en arguant le fait que, à travers le temps et l'espace, les hommes ne se sont jamais mis d'accord sur ces notions. Elles évoluent selon les époques, mais elles ne peuvent pas être fondées rationnellement.
Ce en quoi, je lui ai objecté, que suivant ce principe, on devrait en conclure que la physique n'est pas une science objective (ayant une prétention à l'universalité)1.
Il se retrouve alors dans une position où il doit soit admettre que le critère d'unanimité (ou son absence) n'est pas suffisant pour trancher la question, soit admettre que la physique n'est pas une science objective.
Ce procédé relève de l'argumentum ad hominem. Par contre, on ne peut en conclure que sa thèse (absence de lois universelles déterminant le bien et le mal) est erronée, mais seulement que sa preuve n'est pas recevable, ou plutôt que l'on peut retourner cette preuve contre lui même pour réfuter une thèse qu'il a par ailleurs soutenue. Mais qu'une preuve soit fausse n'implique pas que la conclusion le soit (ex falso quodlibet) : du faux, on peut déduire le vrai; puisque que l'on peut en déduire tout ce que l'on veut.
En revanche, l'argumentum ad personam ne se préoccupe ni des thèses, ni de l'argumentation de l'interlocuteur; mais l'attaque directement dans sa personne. Exemple : tu es un tueur de bébés phoques, donc tout ce que tu dis est nécessairement faux.
j'ai détaillé plus formellement le procédé, dans ce cas particulier, dans ce message. Vouloir prouver est une bonne chose, mais le minimum est la rigueur formelle dans la méthode. ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Dieu n'existe pas
Posté par kantien . En réponse au journal Paris sous les balles. Évalué à 8.
Petite précision de termes pour distinguer l'attaque ad hominem, de l'attaque ad personam. Ces deux notions ne sont confondues que dans les temps récents, alors que l'ad hominem est un défense admise dans le débat contradictoire depuis l'antiquité et Aristote (même sans doute bien avant lui). L'expression ad personam a été forgée par Schopenhauer pour distinguer deux moyens de défense :
Si le premier moyen peut s'avérer recevable (ad hominem), il n'en est pas de même du second (ad personam).
Pour l'illustrer par un exemple provenant de ce fil de discussion.
ferean a soutenu qu'il ne pouvait exister de règles universelles et objectives déterminant le bien et le mal en arguant le fait que, à travers le temps et l'espace, les hommes ne se sont jamais mis d'accord sur ces notions. Elles évoluent selon les époques, mais elles ne peuvent pas être fondées rationnellement.
Ce en quoi, je lui ai objecté, que suivant ce principe, on devrait en conclure que la physique n'est pas une science objective (ayant une prétention à l'universalité)1 .
Il se retrouve alors dans une position où il doit soit admettre que le critère d'unanimité (ou son absence) n'est pas suffisant pour trancher la question, soit admettre que la physique n'est pas une science objective.
Ce procédé relève de l'argumentum ad hominem. Par contre, on ne peut en conclure que sa thèse (absence de lois universelles déterminant le bien et le mal) est erronée, mais seulement que sa preuve n'est pas recevable, ou plutôt que l'on peut retourner cette preuve contre lui même pour réfuter une thèse qu'il a par ailleurs soutenue. Mais qu'une preuve soit fausse n'implique pas que la conclusion le soit (ex falso quodlibet) : du faux, on peut déduire le vrai; puisque que l'on peut en déduire tout ce que l'on veut.
En revanche, l'argumentum ad personam ne se préoccupe ni des thèses, ni de l'argumentation de l'interlocuteur; mais l'attaque directement dans sa personne. Exemple : tu es un tueur de bébés phoques, donc tout ce que tu dis est nécessairement faux.
j'ai détaillé plus formellement le procédé, dans ce cas particulier, dans ce message. Vouloir prouver est une bonne chose, mais le minimum est la rigueur formelle dans la méthode. ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.