• [^] # Re: "Il faut payer"?

    Posté par . En réponse au journal Ethereum, désormais officiellement lancé. Évalué à 6. Dernière modification le 13 septembre 2015 à 13:29.

    J'me souviens d'un cours élémentaire de psychologie décrivant l'histoire et l'arrivée de la monnaie dans la relation inter-personnelle d'échange (bon, p'tete pas si élémentaire que ça, pas un cours de fac, bref peu importe). En résumé, et juste sur la partie histoire fonctionnelle : la notion de transferts de valeurs vers la monnaie n'a que peu (voir pas) d'importance (il existait d'autres méthodes, certes plus compliquées que la monnaie [de base, car c'est finalement compliqué aussi] pour tenir des équivalences (tableaux de rapports pondérés : saisonniers et de pénibilité/temps, auxquels on pourrait ajouter aujourd'hui la notion de distance). Il existait également les notions de prêts, d'intérêts, et de spéculation. La monnaie n'a apporté aucun outil nouveau, mais il semble plutôt que la monnaie ai simplement permis d'assembler tout ces outils et de les rendre plus accessibles à tous. Ce serait donc la complexification des rapports d'échanges qui aurait amené la notion de monnaie. Et elle n'a peut être amené aucun nouvel outil, mais une nouvelle notion dans l'échange : le tiers non-humain.

    Ce tiers dans l'échange est une délègation, de manière entendue et commune, de l'attribution de la valeur des objets de l'échange. Elle ne règle rien sur rien, aucun des problèmes intrinsèques à la notion de valeurs d'objets différents. Elle transpose ce règlement sur un tiers et non plus sur les acteurs de l'échange. Ces acteurs ne sont donc plus les porteurs du conflit d'équivalence de valeur, les relations d'échanges en sont immédiatement appaisées. C'est probablement là l'origine de son succès planétaire, de son apparition dans toutes les cultures sous une forme ou une autre.

    Ce n'est donc pas la simple «entente sur les valeurs», qui existait déjà, mais bel et bien la transposition de la notion de tiers sur un objet intermédiaire porteur.

    (Elle aura dès lors aussi des impacts majeurs dans la structure des groupes sociaux, etc .. et sans rien règler réellement, jusqu' à conduire à l'outil que nous connaissons tous, finalement bien plus complexe que tout les tableaux d'équivalences prenant en compte tout les paramètres : elle délégue aussi cette connnaissance) Et, au passage, on pourrait mettre un petit pic à ceux souhaitant le "retour à l'étalon or" qui n'est rien d'autre qu'au mieux une mauvaise compréhension au pire une fumisterie. Mais bon, là, mieux vaut aller lire des économistes et non pas des psy/phil.

    Donc les monnaies virtuelles s'inscrivent parfaitement dans cette évolution logique de détacher l'attribution d'une valeur à un objet de l'échange des objets.

    Maintenant reste à savoir si on adhère ou pas au détachement de la monnaie de toute organisation sociale. On pourrait se dire que là encore c'est une évolution logique dans l'histoire. Les monnaies virtuelles sont parfaitement prévisibles si elles existaient seules, dans un monde "idéal" (sans jugement, disons dans un cadre pur pour elles). Mais l'adossement aux autres monnaies leur confère leur volatilité en temps que valeur. Si tout le monde se met à échanger avec des monnaies virtuelles directement des objets et des biens, alors c'est une nouvelle monnaie d'un point de vue "histoire". Mais on constate que ces monnaies sont en (grande ?) partie simplement un nouveau marché de change. Affranchissant le change de tout contrôle d'organisations sociales (états ou groupes bancaire). Et toutes leurs fluctuations ne viennent que de là : le change avec d'autres monnaies.

    Ces "monnaies" "virtuelles" ne sont pas des monnaies mais un nouveau marché de change.
    Tant que la part des échanges entre "monnaies virtuelles" et "objets" ne dépassera pas la part des échanges entre "monnaies nouvelles (plutôt que l'adjectif virtuelles") et "monnaies historiques" (plutôt que l'adjectif "réelles"), il en sera ainsi. Quant à savoir si cela arrivera un jour, encore une fois il vaut mieux aller lire des économistes. Logiquement, oui, à priori, les marchés de changes étant (semblant être) peut être l'expression moderne de l'universalité du tiers détenteur de l'attribution de valeur.

    Quant à moi, je regarde cela comme hautement problématique, bien plus encore que tout évènements économiques/politiques passés, car nous allons adosser la valeur du réel (ce que sont les anciennes monnaies, encore en majorité) sur la seule notion d'échange entre les anciennes monnaies. Tout. Avec une volatilité qui sera uniquement confiée aux détenteurs pérennes de ces nouvelles monnaies. Le marché des changes de monnaies à son paroxysme absolue. Soros. À ceux croyant que cela va révolutionner quoi que ce soit, je leur dirais de "bémoler" leur optimisme en leur rappelant que dans des mondes finis seules comptent la terre & la pierre. Le reste n'est que jouet (influant sur la terre et la pierre des autres) une fois que l'on a plus que le nécessaire de ces deux là, pour soi.

    Hop, pavé tl;dr du dimanche.