Ouais ouais, les histoires de surdoués tellement doués qu'ils s'ennuient en cours et qu'ils ont des sales notes...
Euh, ça je ne l’ai jamais entendu de toute ma vie, et l’énoncé dénote une grande incompréhension du problème.
Non, le vrai problème c’est que les gens pensent qu’être surdoué c’est juste aller plus vite ou faire plus, genre tu comprends plus vite le prof, ou tu fais ton devoir plus vite, ou tu peux apprendre un livre par cœur juste en feuilletant les pages. Quand on pense cela, alors on s’imagine que les surdoués sont trop des chanceux dans la vie et qu’ils vont réussir partout.
Dans les faits, une minorité parmi la minorité ressemble à ce profil. Ça existe mais bon.
Le problème des surdoués, c’est généralement une question d’adaptation.
Il y a le rythme certes, mais pas dans le sens de s’ennuyer en cours. Je vais commencer par cet exemple de rythme car c’est le cas le plus ressemblant à ce que tu énonces, et un exemple de problème de rythme ça peut-être surtout que l’élève n’arrive pas à suivre car l’exposé du prof est trop lent et trop détaillé. Ça c’est un exemple de « vitesse », mais le problème n’est pas que l’élève s’ennuie, mais qu’il n’a pas l’attention nécessaire pour suivre l’exposé jusqu’au bout. Il ne s’ennuie donc pas : il ne comprend rien. Le surdoué dans ce cas là est handicapé de l’attention. Ce n’est pas qu’il s’ennuie en cours, c’est qu’il n’arrive pas à suivre le cours. C’est un handicap.
Autre exemple : la rigueur logique. Quand un enfant en primaire fait la différence entre chiffre et nombre et que l’institutrice énonce un problème mathématique en faisant la confusion (en demandant simplement par exemple « d’additionner le chiffre 1 et le chiffre 8 »), l’enfant alors ne peut pas répondre au problème, si ce n’est « il n’y a pas de solution » dans le meilleur des cas (ce qui peut aider le professeur à comprendre ce qui se passe dans la tête de l’élève, mais en général, l’élève rend juste une copie blanche et prend un zéro). Cet exemple est un bon exemple parce qu’il peut paraître trivial à un adulte de composer avec les erreurs d’énoncés (« tu vois ce que je veux dire »), mais un enfant en primaire ne conçoit pas que le professeur se trompe, donc dans le présent exemple, quand l’instit demande « d’additionner le chiffre 1 et le chiffre 8 », l’enfant ne sait pas répondre. Dans ce cas précis, l’élève de primaire fait déjà l’expérience de la notion d’ensemble vide (il prend donc une avance considérable sur ses pairs) mais ne sait pas encore le verbaliser (c’est pour cela qu’il ne répond rien au lieux de dire « il n’y a pas de solution », car il ne verbalise pas encore le vide). Donc dans ce cas précis, quand l’élève de primaire rend une copie blanche, il démontre une rigueur logique implacable, il démontre qu’il découvre la notion d’ensemble vide, mais c’est lui qui prend un zéro.
Dans d’autres cas, l’élève a tout simplement un problème de langage, dans le sens qu’il ne sait pas se faire comprendre (ni comprendre le professeur), parce qu’il raisonne différemment. Il peut par exemple trouver des résultats tout à fait rationnels mais dont il ne sait pas partager la démonstration. Ça c’est un gros problème au lycée, où l’on n’est pas noté sur le résultat, ce qui signifie que l’élève surdoué est noté sur sa capacité à imiter ses pairs dans l’expression d’une résolution, et pas sur sa capacité de résolution elle-même. Ainsi, s’il fait autrement et mieux, il aura zéro, car il n‘aura pas rédigé selon l’expression attendue, le professeur est incapable de l’évaluer, et parfois de le comprendre. Ce n’est pas que le professeur est idiot, mais il ne s’y attend pas, il ne comprend donc pas.
Ce dernier exemple est assez flagrant quand un élève découvre en cours un théorème qu’il avait appliqué des années auparavant, dont l’usage lui avait valu un zéro. Puisqu’il l’avait découvert lui-même, il n’a pas su le verbaliser avec un langage commun au professeur pour lui permettre de reconnaître son avance. Dans la majorité des cas, cela lui paraît tellement évident qu’il ne le verbalise même pas, donc incompréhension du prof, donc zéro.
Un autre exemple encore sont ceux qui peuvent faire des suites logiques très longues, et qui perdent leurs interlocuteurs en cours de route (et là ils semblent trop lent à exprimer leur pensée).
Tiens j’ai un autre problème de rythme qui me passe par la tête : certains surdoués sont effectivement trop rapide, c’est à dire que par exemple ils comprennent l’intention de leur interlocuteur alors que leur interlocuteur vient à peine de commencer sa phrase, et formulent leur réponse bien avant que l’interlocuteur ait fini sa phrase, et puis après ça, eux même vont réfléchir encore plus vite qu’ils ne s’expriment, ils vont avoir tendance à couper leurs interlocuteur, ou s’arrêter en cours de phrase en ayant perdu le fil de leur propre idée, voir tout simplement avoir perdu leur réponse s’ils attendent que leur interlocuteur ait fini de parler, en répondant donc par un silence.
D’autres par contre sont extrêmement performants mais sont aussi très secondaires. Ils pourront donner une réponse excellente, mais pas du tac au tac à l’oral, et pas dans l’heure d’interro. Il faudra qu’ils rentrent chez eux, et hop, dans le bain, eurêka. Dans la vraie vie on peut composer avec (à condition d’éviter les métiers qui demandent de la décision au quart de tour, mais pour de l’ingénierie ça peut le faire très bien), mais pas à l’école.
Et puis avec ça, en général quand quelqu’un est très performant quelque part, il est souvent très peu doué ailleurs, et c’est souvent lié et explicable. Il peut y avoir des déficiences innées, mais certaines déficiences sont la conséquence directe de leur performance. Par exemple quelqu’un qui est capable de comprendre très vite un énoncé dans un domaine de compétence qu’il n’a jamais étudié et qui est capable de fournir une réponse acceptable a généralement une très mauvaise mémoire. La raison est simple : celui qui sait retrouver une réponse sans la connaître peut n’avoir jamais eu l’occasion d’exercer sa mémoire. Si personne n’a fait l’effort d’exercer la mémoire d’un tel enfant (qui utilise son intelligence au lieu de sa mémoire quand tous les élèves utilisent leur mémoire, et ce sans rien révéler), cet enfant n’aura aucune mémoire.
Bref, les surdoués ne sont pas des génies qui réussissent partout, et ceux qui réussissent ne sont pas forcément des surdoués. Et être surdoué, c’est généralement une tare, car cela signifie être inadapté en société, et en premier lieu à l’école. Seuls une minorité arrive à briller suffisamment dans certains domaines pointus de manière à ce que les autres acceptent les défauts qui vont avec, par intérêt.
Récemment j’enregistrai une émission avec une philosophe, et l’animatrice, qui s’étonne de voir son invitée faire ses émissions sans note depuis des années, lui dit « au fait, tu serais pas surdoué ? », et la philosophe de répondre « oh non pas du tout, j’ai fait des tests et je suis très moyenne, très très moyenne ». En fait la chance de cette personne est d’être parfaitement équilibrée : elle a le rythme adapté au rythme des autres, sa mémoire fonctionne au rythme de son intelligence, elle est normale partout, elle peut donc fonctionner à 100%. Elle sait comprendre les autres, elle sait être comprise des autres, elle sait s’exprimer, elle ne perd pas le fil de ses idées, elle a développé toutes ses facultés entièrement, l’une n’éclipsant pas l’autre (de manière innée ou acquise) etc.
Donc oui, j’imagine tout de même bien des parents dire que leur enfant s’ennuie en cours, c’est parce qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe dans la tête de leur enfant, ce n’est pas qu’il s’ennuie en cours, mais que son cerveau abandonne avant que le professeur aie terminé et que l’élève aie pu comprendre.
Tiens dernier truc pour la route. Imagine un gars avec des potes en vacance, à table il reste encore de quoi se servir au fond de la marmite, et là il demande poliment s’il peut se resservir, et il demande quelle quantité il peut se resservir pour que ceux qui en re-veulent aussi ne soient pas lésés. Ses amis lui répondent « oui, sers-toi raisonnablement ». Oh misère. Le gars demande une quantité, et on lui répond une idée. Qui plus est, la réponse est absolument absurde, car lorsque quelqu’un te dit « sers-toi raisonnablement », il emploie le mot « raisonnable » pour dire « acceptable », pas « rationnel » (ce qui est le sens pourtant). Ainsi, le gars entend « sers-toi de manière rationnelle », quand on lui dit « fait ça au pifomètre ». Et hop, le gars se mure dans son silence ou bien repose la question indéfiniment, et ne se sert pas (ce que personne ne comprend, vu qu’il est le premier à en redemander), et passe pour un parfait asocial.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
[^] # Re: Véritable génie ou simple escroc vantard ?
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Bitcoin : le Français Mark Karpelès mis en examen au Japon pour détournement de fonds. Évalué à 10. Dernière modification le 12 septembre 2015 à 23:47.
Euh, ça je ne l’ai jamais entendu de toute ma vie, et l’énoncé dénote une grande incompréhension du problème.
Non, le vrai problème c’est que les gens pensent qu’être surdoué c’est juste aller plus vite ou faire plus, genre tu comprends plus vite le prof, ou tu fais ton devoir plus vite, ou tu peux apprendre un livre par cœur juste en feuilletant les pages. Quand on pense cela, alors on s’imagine que les surdoués sont trop des chanceux dans la vie et qu’ils vont réussir partout.
Dans les faits, une minorité parmi la minorité ressemble à ce profil. Ça existe mais bon.
Le problème des surdoués, c’est généralement une question d’adaptation.
Il y a le rythme certes, mais pas dans le sens de s’ennuyer en cours. Je vais commencer par cet exemple de rythme car c’est le cas le plus ressemblant à ce que tu énonces, et un exemple de problème de rythme ça peut-être surtout que l’élève n’arrive pas à suivre car l’exposé du prof est trop lent et trop détaillé. Ça c’est un exemple de « vitesse », mais le problème n’est pas que l’élève s’ennuie, mais qu’il n’a pas l’attention nécessaire pour suivre l’exposé jusqu’au bout. Il ne s’ennuie donc pas : il ne comprend rien. Le surdoué dans ce cas là est handicapé de l’attention. Ce n’est pas qu’il s’ennuie en cours, c’est qu’il n’arrive pas à suivre le cours. C’est un handicap.
Autre exemple : la rigueur logique. Quand un enfant en primaire fait la différence entre chiffre et nombre et que l’institutrice énonce un problème mathématique en faisant la confusion (en demandant simplement par exemple « d’additionner le chiffre 1 et le chiffre 8 »), l’enfant alors ne peut pas répondre au problème, si ce n’est « il n’y a pas de solution » dans le meilleur des cas (ce qui peut aider le professeur à comprendre ce qui se passe dans la tête de l’élève, mais en général, l’élève rend juste une copie blanche et prend un zéro). Cet exemple est un bon exemple parce qu’il peut paraître trivial à un adulte de composer avec les erreurs d’énoncés (« tu vois ce que je veux dire »), mais un enfant en primaire ne conçoit pas que le professeur se trompe, donc dans le présent exemple, quand l’instit demande « d’additionner le chiffre 1 et le chiffre 8 », l’enfant ne sait pas répondre. Dans ce cas précis, l’élève de primaire fait déjà l’expérience de la notion d’ensemble vide (il prend donc une avance considérable sur ses pairs) mais ne sait pas encore le verbaliser (c’est pour cela qu’il ne répond rien au lieux de dire « il n’y a pas de solution », car il ne verbalise pas encore le vide). Donc dans ce cas précis, quand l’élève de primaire rend une copie blanche, il démontre une rigueur logique implacable, il démontre qu’il découvre la notion d’ensemble vide, mais c’est lui qui prend un zéro.
Dans d’autres cas, l’élève a tout simplement un problème de langage, dans le sens qu’il ne sait pas se faire comprendre (ni comprendre le professeur), parce qu’il raisonne différemment. Il peut par exemple trouver des résultats tout à fait rationnels mais dont il ne sait pas partager la démonstration. Ça c’est un gros problème au lycée, où l’on n’est pas noté sur le résultat, ce qui signifie que l’élève surdoué est noté sur sa capacité à imiter ses pairs dans l’expression d’une résolution, et pas sur sa capacité de résolution elle-même. Ainsi, s’il fait autrement et mieux, il aura zéro, car il n‘aura pas rédigé selon l’expression attendue, le professeur est incapable de l’évaluer, et parfois de le comprendre. Ce n’est pas que le professeur est idiot, mais il ne s’y attend pas, il ne comprend donc pas.
Ce dernier exemple est assez flagrant quand un élève découvre en cours un théorème qu’il avait appliqué des années auparavant, dont l’usage lui avait valu un zéro. Puisqu’il l’avait découvert lui-même, il n’a pas su le verbaliser avec un langage commun au professeur pour lui permettre de reconnaître son avance. Dans la majorité des cas, cela lui paraît tellement évident qu’il ne le verbalise même pas, donc incompréhension du prof, donc zéro.
Un autre exemple encore sont ceux qui peuvent faire des suites logiques très longues, et qui perdent leurs interlocuteurs en cours de route (et là ils semblent trop lent à exprimer leur pensée).
Tiens j’ai un autre problème de rythme qui me passe par la tête : certains surdoués sont effectivement trop rapide, c’est à dire que par exemple ils comprennent l’intention de leur interlocuteur alors que leur interlocuteur vient à peine de commencer sa phrase, et formulent leur réponse bien avant que l’interlocuteur ait fini sa phrase, et puis après ça, eux même vont réfléchir encore plus vite qu’ils ne s’expriment, ils vont avoir tendance à couper leurs interlocuteur, ou s’arrêter en cours de phrase en ayant perdu le fil de leur propre idée, voir tout simplement avoir perdu leur réponse s’ils attendent que leur interlocuteur ait fini de parler, en répondant donc par un silence.
D’autres par contre sont extrêmement performants mais sont aussi très secondaires. Ils pourront donner une réponse excellente, mais pas du tac au tac à l’oral, et pas dans l’heure d’interro. Il faudra qu’ils rentrent chez eux, et hop, dans le bain, eurêka. Dans la vraie vie on peut composer avec (à condition d’éviter les métiers qui demandent de la décision au quart de tour, mais pour de l’ingénierie ça peut le faire très bien), mais pas à l’école.
Et puis avec ça, en général quand quelqu’un est très performant quelque part, il est souvent très peu doué ailleurs, et c’est souvent lié et explicable. Il peut y avoir des déficiences innées, mais certaines déficiences sont la conséquence directe de leur performance. Par exemple quelqu’un qui est capable de comprendre très vite un énoncé dans un domaine de compétence qu’il n’a jamais étudié et qui est capable de fournir une réponse acceptable a généralement une très mauvaise mémoire. La raison est simple : celui qui sait retrouver une réponse sans la connaître peut n’avoir jamais eu l’occasion d’exercer sa mémoire. Si personne n’a fait l’effort d’exercer la mémoire d’un tel enfant (qui utilise son intelligence au lieu de sa mémoire quand tous les élèves utilisent leur mémoire, et ce sans rien révéler), cet enfant n’aura aucune mémoire.
Bref, les surdoués ne sont pas des génies qui réussissent partout, et ceux qui réussissent ne sont pas forcément des surdoués. Et être surdoué, c’est généralement une tare, car cela signifie être inadapté en société, et en premier lieu à l’école. Seuls une minorité arrive à briller suffisamment dans certains domaines pointus de manière à ce que les autres acceptent les défauts qui vont avec, par intérêt.
Récemment j’enregistrai une émission avec une philosophe, et l’animatrice, qui s’étonne de voir son invitée faire ses émissions sans note depuis des années, lui dit « au fait, tu serais pas surdoué ? », et la philosophe de répondre « oh non pas du tout, j’ai fait des tests et je suis très moyenne, très très moyenne ». En fait la chance de cette personne est d’être parfaitement équilibrée : elle a le rythme adapté au rythme des autres, sa mémoire fonctionne au rythme de son intelligence, elle est normale partout, elle peut donc fonctionner à 100%. Elle sait comprendre les autres, elle sait être comprise des autres, elle sait s’exprimer, elle ne perd pas le fil de ses idées, elle a développé toutes ses facultés entièrement, l’une n’éclipsant pas l’autre (de manière innée ou acquise) etc.
Donc oui, j’imagine tout de même bien des parents dire que leur enfant s’ennuie en cours, c’est parce qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe dans la tête de leur enfant, ce n’est pas qu’il s’ennuie en cours, mais que son cerveau abandonne avant que le professeur aie terminé et que l’élève aie pu comprendre.
Tiens dernier truc pour la route. Imagine un gars avec des potes en vacance, à table il reste encore de quoi se servir au fond de la marmite, et là il demande poliment s’il peut se resservir, et il demande quelle quantité il peut se resservir pour que ceux qui en re-veulent aussi ne soient pas lésés. Ses amis lui répondent « oui, sers-toi raisonnablement ». Oh misère. Le gars demande une quantité, et on lui répond une idée. Qui plus est, la réponse est absolument absurde, car lorsque quelqu’un te dit « sers-toi raisonnablement », il emploie le mot « raisonnable » pour dire « acceptable », pas « rationnel » (ce qui est le sens pourtant). Ainsi, le gars entend « sers-toi de manière rationnelle », quand on lui dit « fait ça au pifomètre ». Et hop, le gars se mure dans son silence ou bien repose la question indéfiniment, et ne se sert pas (ce que personne ne comprend, vu qu’il est le premier à en redemander), et passe pour un parfait asocial.
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