La conclusion de l'expérience est qu'on ne peut rien déduire, sans évaluer l'influence des paramètres supplémentaires (météo, température etc.).
Je ne suis absolument pas d'accord. La conclusion de l'expérience, c'est qu'on a montré un effet significatif du facteur causal (la manipulation du nombre d'oeufs) dans les conditions de l'expérience. La conclusion d'un ensemble d'expériences similaires, c'est la mise en évidence d'un effet moyen, qu'on peut mesurer, avec une moyenne et une variance. Si, en moyenne, les poussins survivent mal quand il y a trop d'oeufs, alors ça va expliquer tout un tas de choses (pourquoi on a 4 oeufs en moyenne en Europe du nord et 6 en Europe du sud, par exemple : les populations sont différentes génétiquement parce qu'elles sont adaptées à des environnements différents). Pourquoi telle année on a eu plus d'oeufs que l'année suivante, on s'en fout, parce que 1) ça n'est pas la question, 2) la réponse est probablement impossible à obtenir expérimentalement, vu qu'on ne peut pas manipuler la température ou l'ensoleillement sur 20 hectares de forêt (donc on va coincer sur la causalité et les corrélations, classique), et 3) en biologie, on sait très bien modéliser les phénomènes stochastiques (vu que virtuellement tout est stochastique) ; ce qui est important, c'est de déterminer les propriétés de ta distribution (moyenne, variance, autocorrélation...), et pas vraiment d'essayer de comprendre pourquoi ça varie comme ça.
Mais pour démontrer/expliquer des choses, on ne peut pas se passer de rigueur. Sinon en en vient à des trucs délirants comme la mémoire de l'eau ou je ne sais pas trop quoi d'autre.
Ah mais attention, je n'ai pas dit que l'approche par inférence ne devait pas être rigoureuse! La première source d'inspiration pour émettre des hypothèses scientifiques, c'est l'observation. Savoir quoi observer, comment, dans quelles conditions, etc., c'est le talent du scientifique, c'est en partie là qu'est la créativité. Ensuite, il faut émettre des hypothèses à partir de ces observations. Évidemment, ces hypothèses doivent être rigoureuses, dans le sens où elles doivent reposer sur les observations, et être parcimonieuses. Pour les exemples liés à la mémoire de l'eau (très bon exemple), le problème ne vient pas seulement des manips de confirmation (puisque là, on parle plus ou moins de fraude scientifique, quand même) ; ça vient d'un manque de rigueur dans l'approche par inférence.
la grande majorité des découvertes scientifiques ne se fait-elle pas avec 1% d'intuition et 99% de vérification rigoureuse ?
Non non, je ne pense pas que les découvertes soient liées à la vérification. La découverte en elle-même, c'est de l'intuition et de l'observation de qualité. Ensuite, la vérification, c'est pour être sûr de ne pas publier n'importe quoi et pour convaincre le reste de la communauté. C'est très important, mais ça n'entre pas en compte dans le processus de découverte, je pense.
C'est un peu la rigueur qui permet d'éliminer les 99 mauvaises.
Exactement. L'hypothético-déduction permet d'éliminer les mauvauses idées, mais elle ne participe pas à l'élaboration des bonnes idées.
Est-ce qu'on pourrait être plus efficaces en étant moins bordéliques ?
C'est l'idéologie qu'il y a derrière les systèmes de financement "modernes", type ANR ou ERC. L'objectif est de choisir quelles idées sont bonnes avant de les tester expérimentalement. Pour ça, on écrit des documents de 50 pages qu'on fait évaluer par 5 experts de la discipline. Si les 5 experts ont tous un orgasme en lisant la proposition, on donne les sous.
Du coup, 1) on n'a plus d'argent pour faire des manips d'observation, qui sont pourtant indispensables pour avoir des idées, 2) on n'a plus d'argent pour répliquer les expériences des autres, 3) si l'histoire des sciences a prouvé quelque chose, c'est qu'il est strictement impossible qu'une nouvelle idée soit jugée pertinente par les experts de la discipline. À mon avis, il faut s'attendre à un cassage de gueule monstrueux sur le niveau scientifique Européen les 30 prochaines années à cause de cette pseudo-rationnalisation du management de la recherche.
[^] # Re: Pas spécialement stressant
Posté par arnaudus . En réponse au journal Psychologie, science et reproductibilité. Évalué à 8.
Je ne suis absolument pas d'accord. La conclusion de l'expérience, c'est qu'on a montré un effet significatif du facteur causal (la manipulation du nombre d'oeufs) dans les conditions de l'expérience. La conclusion d'un ensemble d'expériences similaires, c'est la mise en évidence d'un effet moyen, qu'on peut mesurer, avec une moyenne et une variance. Si, en moyenne, les poussins survivent mal quand il y a trop d'oeufs, alors ça va expliquer tout un tas de choses (pourquoi on a 4 oeufs en moyenne en Europe du nord et 6 en Europe du sud, par exemple : les populations sont différentes génétiquement parce qu'elles sont adaptées à des environnements différents). Pourquoi telle année on a eu plus d'oeufs que l'année suivante, on s'en fout, parce que 1) ça n'est pas la question, 2) la réponse est probablement impossible à obtenir expérimentalement, vu qu'on ne peut pas manipuler la température ou l'ensoleillement sur 20 hectares de forêt (donc on va coincer sur la causalité et les corrélations, classique), et 3) en biologie, on sait très bien modéliser les phénomènes stochastiques (vu que virtuellement tout est stochastique) ; ce qui est important, c'est de déterminer les propriétés de ta distribution (moyenne, variance, autocorrélation...), et pas vraiment d'essayer de comprendre pourquoi ça varie comme ça.
Ah mais attention, je n'ai pas dit que l'approche par inférence ne devait pas être rigoureuse! La première source d'inspiration pour émettre des hypothèses scientifiques, c'est l'observation. Savoir quoi observer, comment, dans quelles conditions, etc., c'est le talent du scientifique, c'est en partie là qu'est la créativité. Ensuite, il faut émettre des hypothèses à partir de ces observations. Évidemment, ces hypothèses doivent être rigoureuses, dans le sens où elles doivent reposer sur les observations, et être parcimonieuses. Pour les exemples liés à la mémoire de l'eau (très bon exemple), le problème ne vient pas seulement des manips de confirmation (puisque là, on parle plus ou moins de fraude scientifique, quand même) ; ça vient d'un manque de rigueur dans l'approche par inférence.
Non non, je ne pense pas que les découvertes soient liées à la vérification. La découverte en elle-même, c'est de l'intuition et de l'observation de qualité. Ensuite, la vérification, c'est pour être sûr de ne pas publier n'importe quoi et pour convaincre le reste de la communauté. C'est très important, mais ça n'entre pas en compte dans le processus de découverte, je pense.
Exactement. L'hypothético-déduction permet d'éliminer les mauvauses idées, mais elle ne participe pas à l'élaboration des bonnes idées.
C'est l'idéologie qu'il y a derrière les systèmes de financement "modernes", type ANR ou ERC. L'objectif est de choisir quelles idées sont bonnes avant de les tester expérimentalement. Pour ça, on écrit des documents de 50 pages qu'on fait évaluer par 5 experts de la discipline. Si les 5 experts ont tous un orgasme en lisant la proposition, on donne les sous.
Du coup, 1) on n'a plus d'argent pour faire des manips d'observation, qui sont pourtant indispensables pour avoir des idées, 2) on n'a plus d'argent pour répliquer les expériences des autres, 3) si l'histoire des sciences a prouvé quelque chose, c'est qu'il est strictement impossible qu'une nouvelle idée soit jugée pertinente par les experts de la discipline. À mon avis, il faut s'attendre à un cassage de gueule monstrueux sur le niveau scientifique Européen les 30 prochaines années à cause de cette pseudo-rationnalisation du management de la recherche.