• [^] # Re: Démocratie?

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal Et ce soir, la démocratie l'emporte !. Évalué à 6.

    la création continue de réseaux informels et de profits qui peuvent en être tirés, en s'appuyant sur des investissements essentiellement immatériels (temps, capital social, capital humain personnel).

    Ça selon moi c’est le capitalisme qui fait face à des changements économique profonds qui le dépasse. Dès lors que le savoir et le savoir faire deviennent plus important que le capital matériel dans la production économique, alors le capitalisme a un problème. Un gros problème. Il tente tant bien que mal de retarder l’inéluctable : sa disparition de par son inutilité socio-économique. À l’heure actuelle c’est une analyse personnelle que je n’ai vu nulle part ailleurs, pourtant je sais qu’elle se tient et qu’il y aurait des éléments solides pour tenir cette position. Le truc avec le capital humain personnel, c’est que personne ne peut décemment réclamer la propriété dessus... sauf... sauf si précisément la servitude pour dette est rétablie.

    Sur ce point, je ne suis pas d'accord avec toi, je crois au contraire que le capitalisme est en train de s'adapter aux changements en cours. Je vais essayer de résumer mon raisonnement.

    Le capitalisme moderne s'appuie beaucoup sur la révolution numérique (entendue comme le passage du traitement électronique d'un signal analogique à un traitement informatique d'un signal numérique) non seulement pour augmenter la productivité, mais également pour dématérialiser tout un tas de choses. Petit à petit, tout a été dématérialisé. Et ce qui ne peut pas l'être a été externalisé. Qu'est-ce qui le permet ? La propriété intellectuelle, notamment les marques et les brevets. Comment ? Facile. On recentre l'entreprise sur le cœur de métier, souvent la production intellectuelle et on externalise la production matérielle. Exemple typique, Nike. Nike conçoit ses chaussures et les fait fabriquer par des usines qui ont reçu le droit de les fabriquer (mais pas de les vendre, faut pas pousser). C'est un modèle économique qui est déjà présent dans pas mal de secteur (on peut penser aux fondeurs fabless) qui est en train de s'étendre à toute l'industrie. Bientôt, je pense qu'on verra Peugeot ou Renault devenir des concepteurs de voiture qui n'auront plus d'usines mais qui feront fabriquer leurs voitures par des usines qui auront reçu le droit de les fabriquer. On peut aussi voir Monsanto qui vend des licences d'utilisation plutôt que des graines. Et je ne parle même pas de l'informatique ou du divertissement dans lequel le mécanisme est hautement avancé. Bref, la bataille menée sur les droits d'auteur ou les brevets prépare cette évolution du capitalisme qui aura séparé production intellectuelle et production industrielle, le premier asservissant le second.

    Donc quand tu dis «Le truc avec le capital humain personnel, c’est que personne ne peut décemment réclamer la propriété dessus...», ce n'est pas le bon angle. Le capital humain ne sert qu'à produire de la propriété intellectuelle. Ça ne change pas avec la situation actuelle. Et je dirais même qu'avec les clauses de non-concurrence présente dans tout bon contrat de travail cadre, une fois viré, il ne lui reste rien au salarié puisque c'est l'entreprise qui détient les droits de son travail. Et même encore plus, avec la mode du contrat sur projet que le MEDEF voudrait généraliser, tu as un levier supplémentaire pour asservir les producteurs de propriété intellectuelle. Bref, moi je trouve qu'il sait s'adapter le capitalisme, et il n'y va pas avec le dos de la cuillère.