• [^] # Re: Brevets en général

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Et dire qu'avec le brevet logiciel on est loin de toucher le fond.. Évalué à 3.

    je pense que beaucoup (sinon toutes et tous) ici savent qu'un logiciel n'est qu'une forme d'équation mathématique et qu'on ne brevette pas une équation (ni un bout de texte, par exemple)

    Pas d'accord, ce raisonnement est tout simplement fallacieux, pour 2 raisons:

    • Un logiciel n'est pas une équation
    • Les brevets ne protègent pas tant le procédé lui-même que l'"inventeur" et le phénomène même d'invention

    Un logiciel n'est pas une équation

    Une équation décrit un phénomène naturel, c'est à dire un phénomène qui existe en dehors de son observation. Les équations de Maxwell définissent comment la lumière se comporte, sans aucune considération pour ceux qui connaissent ces équations.

    Un logiciel est l'application d'un algorithme. Un algorithme, ça reste encore un peu "naturel", dans le sens où ça ne dépend pas vraiment des observateurs; son application, par contre, est totalement centrée sur les utilisateurs de cet algorithme. Un logiciel est entièrement conçu pour des humains, il ne sort pas de nulle part et ne décrit absolument rien en soi. C'est un outil, pas une description.

    Les brevets défendent l'invention

    Et justement, comme tous les outils, il y a quelqu'un (une personne ou un groupe) qui est parvenue à trouver comment réaliser cet outil. C'est exactement ça qui est protégé par un brevet. C'est pour ça que ça n'aurait pas beaucoup de sens de breveter les équations de Maxwell (puisqu'elles permettent de décrire) mais ça a du sens de breveter un machin qui permet de résoudre un problème (puisque c'est un outil, qui à priori a couté du temps et de l'argent à son inventeur). D'ailleurs le nom qu'on utilise c'est procédé.

    Alors bien sûr la vision du brevet logiciel (voire même du brevet tout court) aujourd'hui est complètement différente de la vision originelle: les brevets ne servent plus à d'abord faire avancer la société avec comme side-effect d'assurer un revenu à l'inventeur, ils servent d'abord à assurer les revenus à l'inventeur, et ce au détriment de la société. Pour autant, c'est pas une raison pour déformer les faits.

    Dire que "les logiciels sont des équations donc non-brevetables" est aussi faux que dire "les humains ne sont qu'une masse d'atomes sans vie donc non-tuable, le meurtre ne doit donc pas être interdit". Un raccourci faux qui mène à une conclusion fausse.