(disclaimer : freejeff/Jeff est quelqu'un que je connais personnellement, que j'ai côtoyé un bon nombre d'années, et oui, on peut sans doute le dire, un pote)
[Briaeros007] Si elle avait fait un journal en indiquant par exemple qu'au détour d'un journal, elle avait vu WAF, et qu'elle en avait été choqué, (pourquoi, ...) et essayait de voir comment on pouvait améliorer la communication
[sinma] J’ai lu récemment un journal sur Linuxfr. Je réagis ici à l’utilisation d’un terme sexiste et des réactions dans les commentaires. Il s’agit évidemment d’un cas d’étude et non d’une attaque personnelle.
(l'emphase est de moi dans les deux cas; je me suis aussi permis de prolonger la citation de Briaeros007 car la suite est importante dans sa phrase, de même que la suite de ce que dit sinma dans la sienne l'est tout autant)
Tu cites la fin de la phrase de Briaeros plus loin:
[Briaeros007] essayait de voir comment on pouvait améliorer la communication
... Et tu estimes que la citation de sinma qui suit y répond :
[sinma] Et après on se plaindra du manque de diversité... Je ne peux que vous encourager à vous documenter sur le sexisme/le féminisme, mais également sur les autres oppressions. Il ne suffit pas d’être «gentil·le» pour ne pas être oppresseur.
Je ne vois pas en quoi elle répond en quoi c'est une incitation à communiquer. Au contraire, je n'y vois qu'un ton condescendant qui dit en gros « espèces de nazes, quand c'est-y que vous allez ouvrir vos esgourdes bandes de machos qui vous ignorez ? Lisez un livre, renseignez-vous sur le féminisme, bande d'incultes ! »
[...] je peux comprendre que les qualification d'oppresseur aient dilué le propos initial et engendré les problèmes dont on parle.
Pas que. Si sinma veut réellement faire réagir les gens sur les problèmes de sexisme sur ce site (et il y aurait en effet beaucoup à dire, y compris sans doute dans ma propre prose), alors dire « je fais un cas d'étude sur une personne, mais faut surtout pas le prendre personnellement hein ! », puis faire suivre ça de (je cite depuis le texte du journal) :
Dans son journal, la personne écrit:
(...) le WAF de ma compagne n'est pas très élevé (...)
Le lien vers Wikipédia est de l’auteur, et le contenu de la page montre bien la connotation sexiste de l’expression, à croire que l’auteur ne l’a pas lu?
(l'emphase est encore de moi)
On ne peut pas faire un cas d'étude (qui se veut donc relativement analytique et « froid ») tout en se permettant ce genre de commentaires. Signaler une contradiction, oui; mais cette tournure est une attaque contre Jeff.
Plus loin, sinma écrit :
Peu importe de ne pas avoir eu d’intention sexistes. Ce n’est pas la personne écrivant la phrase qui décide du caractère oppressif d’une phrase.
Là, ce n'est pas propre à sinma elle-même : c'est un argument utilisé par tous ceux qui veulent discuter de l'oppression systémique dans une société. Je comprends parfaitement la logique derrière ces propos : un esclavagiste aura toujours l'impression de bien traiter ses esclaves; après tout, il ne les fouette que s'ils essaient de s'échapper ! Cependant j'ai quand même du mal lorsque des propos sont posés sans une mise en contexte. Je sais que beaucoup de ce même contexte est implicitement supposé par les gens qui abordent ces sujets (c'est un thème qui a été discuté dans un autre fil dans ce journal), mais la pédagogie c'est l'art de la répétition et de la reformulation. Donc : dire à quelqu'un « ce n'est pas parce que tu n'a pas l'impression d'être oppressif (même involontairement) que tu ne l'es pas » est peut-être vrai dans beaucoup de cas, mais il faut malgré tout étayer. Le problème est que pour ce faire, sinma explique en substance que « non, ta gueule, tu opprimes même si c'est sans le vouloir, et en tant qu'opprimée, moi seule (et les autres opprimées) pouvons décider si nous sommes justifier de te le dire » (j'exagère évidemment le trait). Cela ne laisse aucun jeu, aucun espace pour trouver une conciliation, ce que Briaeros expliquait : il faut pouvoir trouver un terrain d'entente où une fois qu'on a communiqué sa gêne, les deux parties concernées trouvent un compromis. sinma n'a laissé aucune ouverture. Son journal était entièrement à charge.
Elle cite Jeff, qui effectivement se défend un minimum (j'y reviens juste après), puis annonce :
Réflexe typique d’oppresseur (dans le sens de personne ayant des comportements oppressifs, que ça soit volontaire ou non): se mettre sur la défensive. Déclarer qu’on est gentil·le et que l’interlocuteur/trice s’invente des problèmes, mais surtout restreindre le caractère sexiste (ou son abscence) au cadre de son propre commentaire alors que le problème est bien plus large: le sexisme ordinaire.
Là, je me porte complètement en faux avec sinma. Je passe vite-fait sur le fait qu'elle ne fait « qu'un case d'étude, rien de personnel », mais qu'elle qualifie Jeff d'oppresseur, comme si lui était systématiquement en train d'avoir des propos sexistes1, c'est un peu fort de café.
Non, je pense que sinma a occulté un fait très important : sur LinuxFR, il y a un nombre important de gens qui n'aiment pas avoir tort, et qui seront sur la défensive par défaut, qui ont un fort esprit de contradiction, etc. Bref, Zenitram a fait remarquer (à raison) l'aspect sexiste d'un acronyme tel que « WAF » sans rien expliquer. Jeff a réagi en disant qu'il n'avait aucune intention sexiste, donc oui, il s'est défendu d'avoir ce genre d'intentions. Sur LinuxFR c'est assez courant : quelqu'un dit quelque chose, quelqu'un d'autre critique ce quelque chose sans étayer, et le premier intervenant se défend, surtout si la critique est une affirmation sans explication. Rien que de très normal.
Alors, est-ce que ce besoin d'avoir raison (parfois poussé à l'extrême), de se défendre, et cet esprit de contradiction en général est lié au fait que nous sommes sur un site qui est fréquenté à 95% par des hommes pour la plupart informaticiens (ingénieurs ou assimilés) ? C'est tout à fait possible, et oui, c'est améliorable. Mais affirmer que Jeff s'est défendu parce que c'est un mécanisme typique des sexistes oppresseurs lorsqu'on fait remarquer qu'ils ont dit quelque chose de sexiste, ça reste à démontrer dans le cas précis de Jeff. J'ai eu assez de conversations et d'engueulades avec le monsieur IRL pour savoir que parfois il s'agit simplement d'une bataille d'ego et de refuser de lâcher du terrain (et pour jouer à ce jeu, il faut être deux : je refusais aussi). :-)
Reprenons le texte de sinma :
(...). Bon si tu veux faire plaisir et penser que je suis un macho fais le, je t'en prie !
Encore une fois mécanisme classique: la victimisation.
Le problème étant qu'on ne peut pas dire à quelqu'un que ce qu'il dit est offensant, le lui dire de façon assez crue et directe, et ensuite penser que cette personne va l'accepter gentiment sans jamais réagir. Je trouve que la réponse que Zenitram a eue ensuite (celle où il donne des expressions que beaucoup trouveraient « neutres » mais qui ont des relents homophobes, sexistes, ou racistes) est excellente, mais est venue un peu tard dans la discussion initiale (c'est de ça dont je parle quand je dis qu'il faut étayer lorsqu'on fait des affirmations que quelque chose est raciste/sexiste/...). C'est juste dommage que juste après, dans le même commentaire, lorsque Jeff utilise MAF, Zenitram qualifie cela de sexisme inverse, alors qu'au final c'était juste une façon pour Jeff d'essayer d'expliquer qu'homme ou femme ça ne faisait aucune différence, mais là, Zenitram dit en gros « parce que tu a rajouté un autre terme pour distinguer hommes et femmes ça fait de toi quelqu'un de sexiste ».
Reprenons avec l'analyse de sinma :
[freejeff] J'ai utilisé ce terme à des fins simplificatrice sans arrière pensées. Je connais aussi des geekettes qui ont des super-installations, personnellement j'ai un MAF (Ndlr: équivalent masculin de WAF «inventé» lors de la discussion) assez élevé au bordel, à la HiFi, au "truc de filles" comme le jeûne, le yoga et tout un tas de choses que tu ne soupçonnes pas. Allé il va bientôt falloir que j'ai un site expliquant à quel point je suis un type qui marche dans tous les clous et que j'aime tout le monde ?
[sinma] «Je ne suis pas homophobe j’ai des amis gays», «Bientôt il va falloir être pédé pour ne pas être traité d’homophobe», «Dès que je dis un truc je me fais engueuler», etc.
Le fait est que Jeff connaît et est pote avec des geeks de tous genres qui ont des installations. Si je comprends l'intention de sinma, les phrases « exemples » qu'elle utilisent montrent surtout qu'elle a usé et abusé du procédé de « déformation/amplification » des propos de Jeff.
Puis elle analyse une autre réponse (je me garderai de recopier la citation de l'intervenant cette fois-ci) :
Ahlala, le sexisme anti-homme, nous hommes oppressés. Non sérieusement si des commentaires «dans l’autre sens» sont courants (ce qui reste à démontrer...), c’est une conséquence du système patriarcal et non du sexisme anti-homme.
Encore une fois, si on veut faire avancer les choses, on ne peut pas à la fois faire une analyse critique des comportements qu'on attribue à toute une communauté et y mêler du sarcasme comme elle le fait. En d'autres termes, je préfère l'approche Ghandi ou Martin Luther King à l'approche Malcolm X. Ça ne veut pas dire que Malcolm X n'avait pas raison lorsqu'il dénonçait le racisme, la ségrégation, les injustices, etc.; juste que la violence de ses propos a sans doute autant fait de bien que de mal (et si je me souviens bien, il fut assassiné après s'être assagit et avoir pris un chemin plus raisonnable et raisonné — ce n'est pas une coïncidence).
Reprenons. Un des intervenants invoque l'humour. sinma répond (à juste titre) que
L’humour, éternelle excuse pour justifier tout et n’importe quoi.
Oui. Ceci étant dit, encore une fois, l'humour est quelque chose qui dépend fortement du contexte où il est exprimé (et c'est pour ça que Desproges était contre la venue de Le Pen en 1982 au tribunal des flagrants délires).
[à propos de l'utilisation de « WAF »] C'est vrai, il n'y a pas trop d'intérêt, je l'ai déjà confessé, je me projetais dans le prochain combat du 5.1 qui lui n'est clairement pas gagné. Et du coup j'ai été un peu vite en besogne, l'idée étant juste de parler du fait que je suis le technophile et que je ne serais pas trop suivi dans des délires ayant trait à ce goût pour la techno, ni plus ni moins. Il arrive à tous d'être maladroit mais la chasse aux sorcières que tu mènes envers moi sur le sexisme me semble stupide. Je fais un point d'humour avec le MAF et tu trouves encore un argument "à la con" de psy à deux balles pour me qualifié de sexiste. En fait, quoi que je te dise sur mes intentions tu sauras mieux que moi ce que je ressens et ce que je veux dire, je pense donc que la discussion est close.
On pourrait bien entendu considérer que le déroulement de cette discussion est dû au fait que l'humour, à moins d'être balisé par des [ironie][/ironie], [humour][/humour], utilisation de smileys, etc., est parfois difficile à déceler à l'écrit. Mais je pense que la vérité est plutôt que certains (kof kof Zenitram kof kof — mais pas que) se mettent parfois en mode « argumentation à tout prix » et du coup prennent les choses littéralement quand ça les arrange pour faire avancer leurs arguments. J'ai des exemples de discussion où il me semblait évident étant donné la teneur de mes propos dans tout un fil de discussion qu'il s'agissait d'humour ou d'ironique. Par exemple, dans un fil de discussion, j'avais utilisé l'expression « se comporter en homme ». C'était ironique/une critique de ce qu'on attendait des femmes dans des postes haut-placé dans de grandes boites; et pourtant, comme je n'avais pas mis des guillemets, on m'a reproché « tiens tu vois, même toi tu as des propos sexistes » (j'en tiens certainement, mais dans ce cas précis le contexte était clair).
sinma finit sur la proposition de compromis de Jeff :
[freejeff] OK, So be it, j'éviterai ce terme à l'avenir. La vie c'est une histoire de compromis et ce terme pour moi mettait juste en évidence qu'il faut parfois en faire. Allé je propose le TAF pour Technology Acceptance Factory, cela fonctionne pour les couples homo pour la geekette technophile et dont conjoint naturopathe et tout ce que vous pouvez imaginer. Cela vous convient ?
[sinma] Il est dommage que ça se conclue sur ça. En effet, j’utilise volontairement le terme «capituler» car il semblerait que l’auteur n’ait pas été franchement convaincu par les arguments avancés. Il est néanmoins important que le climat social décourage l’utilisation d’expressions sexistes afin de rendre le cadre plus agréable pour tout·e·s.
C'est là qu'on voit que finalement, il s'agit plus de régenter et formater la pensée d'autrui qu'autre chose. C'est con, je suis d'habitude plutôt d'accord avec les interventions de sinma, mais là, c'est n'importe quoi. Jeff propose de lui-même un compromis, il propose de ne plus utiliser le terme WAF (qu'il avait employé parce qu'il avait trouvé ça rigolo, mais que visiblement les interventions ont fait changer d'avis et comprendre qu'au moins certains2 trouvaient cela sexiste). Mais ce n'est pas suffisant pour sinma, non. Il faut qu'en plus il recâble son cerveau dans les 24 ou 48 heures qui ont suivi cette discussion (hors sujet avec le thème du journal lui-même3).
Je ne sais pas vous, mais lorsqu'on me soumet une nouvelle idée, un nouveau concept, etc., qui entre en conflit directement avec ce que je ressens (que ce soit à cause de ce que la société m'a inculqué, de mes propres expériences personnelles, etc.), je ne change pas d'opinion tout de suite, là, maintenant. Le fait que Jeff ait proposé de ne plus utiliser ce terme, et propose même un nouveau terme, neutre celui-là, devrait être tout à son honneur, car il montre une certaine ouverture d'esprit, et une volonté de progresser et faire des compromis.
La raison pour laquelle en France on punit la parole raciste en public n'est pas pour faire changer les racistes de personnalité, mais d'éviter d'exposer les esprits « vierges » à la pensée raciste. Dans le cas de Jeff, oui, il semble évident qu'il n'est pas complètement convaincu par les arguments, mais il essaie malgré tout de trouver un compromis, tout en restant courtois avec ses interlocuteurs. Ce qui signifie qu'en pratique, il y aura une personne de moins qui utilisera un terme considéré par beaucoup (dont moi) comme sexiste. Ça signifie aussi que peut-être, dans quelques jours, ou quelques semaines, avec le recul, il se dira que oui, quand même, je vois où ils voulaient en venir.
C'est quand même incroyable que quelqu'un qui effectivement (je suis encore une fois d'accord avec Jeff là-dessus) se pose en autorité qui a lu les études de socio et psycho associées à l'impact du langage et du choix de vocabulaire sur les gens sur le long terme ne soit pas capable de voir en quoi la réaction de Jeff était sans doute l'une des meilleures possibles, car il a montré que malgré ses réserves il était prêt à changer son comportement après en avoir discuté avec d'autres intervenants. À moins d'avoir déjà un esprit qui doute de certains termes qu'elle utilise, une personne va très rarement changer d'opinion sur le coup, après avoir discuté avec trois personnes.
J'ai déjà dit ailleurs dans ce journal que j'estime qu'en effet que « WAF » est par essence sexiste, mais de même qu'employer des mots qui pourraient être considérés comme racistes ou sexistes ou discriminatoires, etc. sont parfois employés par des individus dans un contexte donné, ça ne fait pas de ces personnes des racistes patentés, ou des immondes oppresseurs du genre féminin. ↩
Je refuse de rajouter des 'e' partout où on pourrait féminiser. Le neutre et le masculin se confondent au pluriel et souvent au singulier, et je suis assez intelligent pour comprendre que ça ne veut pas dire qu'on en écarte les femmes du lot pour autant. Je renvoie à Desproges sur ce sujet, lorsqu'il parle du « Françaises, Français » présidentiel. On va dire que j'ai la faiblesse de croire qu'au moins sur ce site, la grande majorité est suffisamment intelligente pour savoir faire la part des choses. ↩
Ça ce n'est pas grave, ça arrive tout le temps sur LinuxFR. ↩
[^] # Re: tldr mais pas complètement
Posté par lasher . En réponse au journal Sexisme ordinaire sur Linuxfr. Évalué à 10.
(disclaimer : freejeff/Jeff est quelqu'un que je connais personnellement, que j'ai côtoyé un bon nombre d'années, et oui, on peut sans doute le dire, un pote)
(l'emphase est de moi dans les deux cas; je me suis aussi permis de prolonger la citation de Briaeros007 car la suite est importante dans sa phrase, de même que la suite de ce que dit sinma dans la sienne l'est tout autant)
Tu cites la fin de la phrase de Briaeros plus loin:
... Et tu estimes que la citation de sinma qui suit y répond :
Je ne vois pas en quoi elle répond en quoi c'est une incitation à communiquer. Au contraire, je n'y vois qu'un ton condescendant qui dit en gros « espèces de nazes, quand c'est-y que vous allez ouvrir vos esgourdes bandes de machos qui vous ignorez ? Lisez un livre, renseignez-vous sur le féminisme, bande d'incultes ! »
Pas que. Si sinma veut réellement faire réagir les gens sur les problèmes de sexisme sur ce site (et il y aurait en effet beaucoup à dire, y compris sans doute dans ma propre prose), alors dire « je fais un cas d'étude sur une personne, mais faut surtout pas le prendre personnellement hein ! », puis faire suivre ça de (je cite depuis le texte du journal) :
(l'emphase est encore de moi)
On ne peut pas faire un cas d'étude (qui se veut donc relativement analytique et « froid ») tout en se permettant ce genre de commentaires. Signaler une contradiction, oui; mais cette tournure est une attaque contre Jeff.
Plus loin, sinma écrit :
Là, ce n'est pas propre à sinma elle-même : c'est un argument utilisé par tous ceux qui veulent discuter de l'oppression systémique dans une société. Je comprends parfaitement la logique derrière ces propos : un esclavagiste aura toujours l'impression de bien traiter ses esclaves; après tout, il ne les fouette que s'ils essaient de s'échapper ! Cependant j'ai quand même du mal lorsque des propos sont posés sans une mise en contexte. Je sais que beaucoup de ce même contexte est implicitement supposé par les gens qui abordent ces sujets (c'est un thème qui a été discuté dans un autre fil dans ce journal), mais la pédagogie c'est l'art de la répétition et de la reformulation. Donc : dire à quelqu'un « ce n'est pas parce que tu n'a pas l'impression d'être oppressif (même involontairement) que tu ne l'es pas » est peut-être vrai dans beaucoup de cas, mais il faut malgré tout étayer. Le problème est que pour ce faire, sinma explique en substance que « non, ta gueule, tu opprimes même si c'est sans le vouloir, et en tant qu'opprimée, moi seule (et les autres opprimées) pouvons décider si nous sommes justifier de te le dire » (j'exagère évidemment le trait). Cela ne laisse aucun jeu, aucun espace pour trouver une conciliation, ce que Briaeros expliquait : il faut pouvoir trouver un terrain d'entente où une fois qu'on a communiqué sa gêne, les deux parties concernées trouvent un compromis. sinma n'a laissé aucune ouverture. Son journal était entièrement à charge.
Elle cite Jeff, qui effectivement se défend un minimum (j'y reviens juste après), puis annonce :
Là, je me porte complètement en faux avec sinma. Je passe vite-fait sur le fait qu'elle ne fait « qu'un case d'étude, rien de personnel », mais qu'elle qualifie Jeff d'oppresseur, comme si lui était systématiquement en train d'avoir des propos sexistes1 , c'est un peu fort de café.
Non, je pense que sinma a occulté un fait très important : sur LinuxFR, il y a un nombre important de gens qui n'aiment pas avoir tort, et qui seront sur la défensive par défaut, qui ont un fort esprit de contradiction, etc. Bref, Zenitram a fait remarquer (à raison) l'aspect sexiste d'un acronyme tel que « WAF » sans rien expliquer. Jeff a réagi en disant qu'il n'avait aucune intention sexiste, donc oui, il s'est défendu d'avoir ce genre d'intentions. Sur LinuxFR c'est assez courant : quelqu'un dit quelque chose, quelqu'un d'autre critique ce quelque chose sans étayer, et le premier intervenant se défend, surtout si la critique est une affirmation sans explication. Rien que de très normal.
Alors, est-ce que ce besoin d'avoir raison (parfois poussé à l'extrême), de se défendre, et cet esprit de contradiction en général est lié au fait que nous sommes sur un site qui est fréquenté à 95% par des hommes pour la plupart informaticiens (ingénieurs ou assimilés) ? C'est tout à fait possible, et oui, c'est améliorable. Mais affirmer que Jeff s'est défendu parce que c'est un mécanisme typique des sexistes oppresseurs lorsqu'on fait remarquer qu'ils ont dit quelque chose de sexiste, ça reste à démontrer dans le cas précis de Jeff. J'ai eu assez de conversations et d'engueulades avec le monsieur IRL pour savoir que parfois il s'agit simplement d'une bataille d'ego et de refuser de lâcher du terrain (et pour jouer à ce jeu, il faut être deux : je refusais aussi). :-)
Reprenons le texte de sinma :
Le problème étant qu'on ne peut pas dire à quelqu'un que ce qu'il dit est offensant, le lui dire de façon assez crue et directe, et ensuite penser que cette personne va l'accepter gentiment sans jamais réagir. Je trouve que la réponse que Zenitram a eue ensuite (celle où il donne des expressions que beaucoup trouveraient « neutres » mais qui ont des relents homophobes, sexistes, ou racistes) est excellente, mais est venue un peu tard dans la discussion initiale (c'est de ça dont je parle quand je dis qu'il faut étayer lorsqu'on fait des affirmations que quelque chose est raciste/sexiste/...). C'est juste dommage que juste après, dans le même commentaire, lorsque Jeff utilise MAF, Zenitram qualifie cela de sexisme inverse, alors qu'au final c'était juste une façon pour Jeff d'essayer d'expliquer qu'homme ou femme ça ne faisait aucune différence, mais là, Zenitram dit en gros « parce que tu a rajouté un autre terme pour distinguer hommes et femmes ça fait de toi quelqu'un de sexiste ».
Reprenons avec l'analyse de sinma :
Le fait est que Jeff connaît et est pote avec des geeks de tous genres qui ont des installations. Si je comprends l'intention de sinma, les phrases « exemples » qu'elle utilisent montrent surtout qu'elle a usé et abusé du procédé de « déformation/amplification » des propos de Jeff.
Puis elle analyse une autre réponse (je me garderai de recopier la citation de l'intervenant cette fois-ci) :
Encore une fois, si on veut faire avancer les choses, on ne peut pas à la fois faire une analyse critique des comportements qu'on attribue à toute une communauté et y mêler du sarcasme comme elle le fait. En d'autres termes, je préfère l'approche Ghandi ou Martin Luther King à l'approche Malcolm X. Ça ne veut pas dire que Malcolm X n'avait pas raison lorsqu'il dénonçait le racisme, la ségrégation, les injustices, etc.; juste que la violence de ses propos a sans doute autant fait de bien que de mal (et si je me souviens bien, il fut assassiné après s'être assagit et avoir pris un chemin plus raisonnable et raisonné — ce n'est pas une coïncidence).
Reprenons. Un des intervenants invoque l'humour. sinma répond (à juste titre) que
Oui. Ceci étant dit, encore une fois, l'humour est quelque chose qui dépend fortement du contexte où il est exprimé (et c'est pour ça que Desproges était contre la venue de Le Pen en 1982 au tribunal des flagrants délires).
Je cite Jeff sur ce sujet, car je trouve que sa réponse est juste et mesurée pour le coup :
On pourrait bien entendu considérer que le déroulement de cette discussion est dû au fait que l'humour, à moins d'être balisé par des [ironie][/ironie], [humour][/humour], utilisation de smileys, etc., est parfois difficile à déceler à l'écrit. Mais je pense que la vérité est plutôt que certains (kof kof Zenitram kof kof — mais pas que) se mettent parfois en mode « argumentation à tout prix » et du coup prennent les choses littéralement quand ça les arrange pour faire avancer leurs arguments. J'ai des exemples de discussion où il me semblait évident étant donné la teneur de mes propos dans tout un fil de discussion qu'il s'agissait d'humour ou d'ironique. Par exemple, dans un fil de discussion, j'avais utilisé l'expression « se comporter en homme ». C'était ironique/une critique de ce qu'on attendait des femmes dans des postes haut-placé dans de grandes boites; et pourtant, comme je n'avais pas mis des guillemets, on m'a reproché « tiens tu vois, même toi tu as des propos sexistes » (j'en tiens certainement, mais dans ce cas précis le contexte était clair).
sinma finit sur la proposition de compromis de Jeff :
C'est là qu'on voit que finalement, il s'agit plus de régenter et formater la pensée d'autrui qu'autre chose. C'est con, je suis d'habitude plutôt d'accord avec les interventions de sinma, mais là, c'est n'importe quoi. Jeff propose de lui-même un compromis, il propose de ne plus utiliser le terme WAF (qu'il avait employé parce qu'il avait trouvé ça rigolo, mais que visiblement les interventions ont fait changer d'avis et comprendre qu'au moins certains2 trouvaient cela sexiste). Mais ce n'est pas suffisant pour sinma, non. Il faut qu'en plus il recâble son cerveau dans les 24 ou 48 heures qui ont suivi cette discussion (hors sujet avec le thème du journal lui-même3 ).
Je ne sais pas vous, mais lorsqu'on me soumet une nouvelle idée, un nouveau concept, etc., qui entre en conflit directement avec ce que je ressens (que ce soit à cause de ce que la société m'a inculqué, de mes propres expériences personnelles, etc.), je ne change pas d'opinion tout de suite, là, maintenant. Le fait que Jeff ait proposé de ne plus utiliser ce terme, et propose même un nouveau terme, neutre celui-là, devrait être tout à son honneur, car il montre une certaine ouverture d'esprit, et une volonté de progresser et faire des compromis.
La raison pour laquelle en France on punit la parole raciste en public n'est pas pour faire changer les racistes de personnalité, mais d'éviter d'exposer les esprits « vierges » à la pensée raciste. Dans le cas de Jeff, oui, il semble évident qu'il n'est pas complètement convaincu par les arguments, mais il essaie malgré tout de trouver un compromis, tout en restant courtois avec ses interlocuteurs. Ce qui signifie qu'en pratique, il y aura une personne de moins qui utilisera un terme considéré par beaucoup (dont moi) comme sexiste. Ça signifie aussi que peut-être, dans quelques jours, ou quelques semaines, avec le recul, il se dira que oui, quand même, je vois où ils voulaient en venir.
C'est quand même incroyable que quelqu'un qui effectivement (je suis encore une fois d'accord avec Jeff là-dessus) se pose en autorité qui a lu les études de socio et psycho associées à l'impact du langage et du choix de vocabulaire sur les gens sur le long terme ne soit pas capable de voir en quoi la réaction de Jeff était sans doute l'une des meilleures possibles, car il a montré que malgré ses réserves il était prêt à changer son comportement après en avoir discuté avec d'autres intervenants. À moins d'avoir déjà un esprit qui doute de certains termes qu'elle utilise, une personne va très rarement changer d'opinion sur le coup, après avoir discuté avec trois personnes.
J'ai déjà dit ailleurs dans ce journal que j'estime qu'en effet que « WAF » est par essence sexiste, mais de même qu'employer des mots qui pourraient être considérés comme racistes ou sexistes ou discriminatoires, etc. sont parfois employés par des individus dans un contexte donné, ça ne fait pas de ces personnes des racistes patentés, ou des immondes oppresseurs du genre féminin. ↩
Je refuse de rajouter des 'e' partout où on pourrait féminiser. Le neutre et le masculin se confondent au pluriel et souvent au singulier, et je suis assez intelligent pour comprendre que ça ne veut pas dire qu'on en écarte les femmes du lot pour autant. Je renvoie à Desproges sur ce sujet, lorsqu'il parle du « Françaises, Français » présidentiel. On va dire que j'ai la faiblesse de croire qu'au moins sur ce site, la grande majorité est suffisamment intelligente pour savoir faire la part des choses. ↩
Ça ce n'est pas grave, ça arrive tout le temps sur LinuxFR. ↩