Non, justement, je ne pense pas. C'est une situation très compliquée, parce que justement, ce genre d'évènements fout l'ensemble d'une communauté le cul entre deux chaises. Imagine que demain un libriste dingue bute Bill Gates en chantant "the Free software song". On va se retrouver comme des cons : soit on joue les gros hypocrites et on fait semblant de pleurer, alors qu'on défonce allègrement le monsieur susnommé depuis des années, souvent d'ailleurs de manière caricaturale ; soit on ne dit absolument rien; soit on joue les cyniques sur le mode de "je ne cautionne pas mais on ne peut pas dire qu'il ne l'avait pas cherché".
Ça serait pas mal que quelqu'un concerné puisse s'expliquer directement, plutôt que de supposer, mais je pense sincèrement qu'un musulman pratiquant pourrait légitimement haïr Charlie Hebdo, puisque le blasphème, l'apostasie, ou l'athéisme sont des crimes abjects pour la plupart des religions, et en particulier pour l'Islam. C'est tout à fait légal de détester quelqu'un, et c'est même parfois légitime. Le problème, c'est qu'il y a forcément un moment où on doit communiquer pour clarifier les choses, parce que le silence n'est pas forcément toujours très explicite. En particulier, l'idée que les musulmans n'ont pas besoin de se justifier parce qu'il est évident qu'ils trouvent cet attentat horrible, justement, relève peut-être de la bien-pensance ; il serait certainement beaucoup plus sain que les musulmans s'expriment, plutôt que de penser pour eux.
Un communiste convaincu (dans l'hypothèse où ça existerait encore) aura toujours tendance à minimiser les crimes d'État perpétués au temps de l'URSS ; un sympathisan d'extrême droite va avoir tendance à légèrement minimiser l'importance de l'Holocauste au regard de l'histoire de la deuxième guerre mondiale (n'est-ce pas?) ; à une échelle différente, un libriste va trouver ça plutôt rigolo qu'un virus Windows permette de récupérer des données personnelles d'utilisateurs innocents, etc. Ça fait partie de l'exercice de contrition habituel de prétendre le contraire quand on fait des communications officielles, simplement parce que des gens pourraient confondre ces images mentales avec la réalité.
[^] # Re: Recatégorisation
Posté par arnaudus . En réponse au journal Liberté d'expression sous les balles. Évalué à 9.
Non, justement, je ne pense pas. C'est une situation très compliquée, parce que justement, ce genre d'évènements fout l'ensemble d'une communauté le cul entre deux chaises. Imagine que demain un libriste dingue bute Bill Gates en chantant "the Free software song". On va se retrouver comme des cons : soit on joue les gros hypocrites et on fait semblant de pleurer, alors qu'on défonce allègrement le monsieur susnommé depuis des années, souvent d'ailleurs de manière caricaturale ; soit on ne dit absolument rien; soit on joue les cyniques sur le mode de "je ne cautionne pas mais on ne peut pas dire qu'il ne l'avait pas cherché".
Ça serait pas mal que quelqu'un concerné puisse s'expliquer directement, plutôt que de supposer, mais je pense sincèrement qu'un musulman pratiquant pourrait légitimement haïr Charlie Hebdo, puisque le blasphème, l'apostasie, ou l'athéisme sont des crimes abjects pour la plupart des religions, et en particulier pour l'Islam. C'est tout à fait légal de détester quelqu'un, et c'est même parfois légitime. Le problème, c'est qu'il y a forcément un moment où on doit communiquer pour clarifier les choses, parce que le silence n'est pas forcément toujours très explicite. En particulier, l'idée que les musulmans n'ont pas besoin de se justifier parce qu'il est évident qu'ils trouvent cet attentat horrible, justement, relève peut-être de la bien-pensance ; il serait certainement beaucoup plus sain que les musulmans s'expriment, plutôt que de penser pour eux.
Un communiste convaincu (dans l'hypothèse où ça existerait encore) aura toujours tendance à minimiser les crimes d'État perpétués au temps de l'URSS ; un sympathisan d'extrême droite va avoir tendance à légèrement minimiser l'importance de l'Holocauste au regard de l'histoire de la deuxième guerre mondiale (n'est-ce pas?) ; à une échelle différente, un libriste va trouver ça plutôt rigolo qu'un virus Windows permette de récupérer des données personnelles d'utilisateurs innocents, etc. Ça fait partie de l'exercice de contrition habituel de prétendre le contraire quand on fait des communications officielles, simplement parce que des gens pourraient confondre ces images mentales avec la réalité.