• [^] # Re: Un autre modèle

    Posté par . En réponse à la dépêche L’Académie des sciences française prétend vouloir l’ouverture des publications scientifiques. Évalué à 10.

    Et c'est tout.

    Et c'est faux, surtout.

    La qualité des documents fournis par les chercheurs peut être carrément douteuse. Je le vois assez régulièrement en reviewant des articles ; figures pixellisées, typographie incohérente, logiciels folkloriques (genre MS Word version Pologne 2001 sur un Windows en coréen)... Dans mon domaine, seuls peu d'articles sont soumis en Latex, et de toutes manières, recompiler un document Latex n'est jamais de tout repos, surtout quand les styles sont mal utilisés, des macros personnelles partout, etc. Au miniumu, même l'éditeur le plus merdique du monde va devoir se refaire la totalité de la mise en page (typographie des titres, sous-titres, etc—vous n'allez pas croire que les gens utilisent les styles correctement, quand même?), la totalité de la bibliographie (mise en page des références, cohérence entre les références et les appels dans le texte, etc), le redimentionnement et l'édition d'une grande partie des figures, la réédition de tous les tableaux. Il faut ensuite passer au style du journal (plusieurs colonnes, etc) et gérer à la main les erreurs (coupures de fin de lignes, dépassements dans les marges). Les éditeurs bas de gamme s'arrêtent là. Le reste attaque le texte : cohérence des formules, de l'utilisation de l'italique, et surtout, correction des fautes de frappe, de ponctuation, de grammaire. D'après mon expérience, au moins 50% des éditeurs revoient correctement le texte de manière technique. Ça se voit d'ailleurs au moment de la correction des épreuves, où l'éditeur peut avoir des suggestions du style "peut-on couper ce paragraphe ici", ou "la variable x_i est notée x(i) dans l'équation (2)".

    Dernièrement, j'ai découvert un éditeur qui ne prend que les pdf en entrée. Je ne sais pas comment il fait pour remettre tout ça dans le style du journal, j'imagine qu'il dispose d'un certain nombre de logiciels professionnels pour parser plus ou moins automatiquement un pdf, mais je ne peux pas croire que ce genre d'opérations ne nécessitent pas une main d'œuvre qualifiée pendant plusieurs heures.

    Donc non, c'est carrément faux de prétendre que les éditeurs publient le pdf des auteurs directement sur leur site web. La très grande majorité des journaux, et en particulier les journaux de premier plan, vont même jusqu'à éditer le texte de manière parfois assez intrusive. Et étant moi-même une sorte de nazi de la typographie et des figures vectorielles, je n'imagine pas la quantité de boulot avec les auteurs qui n'ont jamais utilisé autre chose que ms Word pour écrire leur prose.

    Là, ou je comprends mal la phrase, ou c'est une méconnaissance complète du sujet

    Vous n'avez surtout pas lu de quoi je parlais. Je parlais de la publication OpenAccess. L'ancien système se meurt, on ne va pas non plus parler des plombes sur un cadavre. C'est bien l'ancien système qui permettait des profits monstrueux. Avec la publication OpenAccess, les profits sont nécessairement limités, puisque la seule variable possible à optimiser est les frais de publication, qui sont réellement pris en compte lors de la soumission d'un article. Or, il existe sur ce plan là une concurrence réelle, puisque les différents éditeurs proposent des prix entre 700 et 2000,ドル en gros. Dans mon message précédent, j'ai essayé de démontrer que pour un éditeur honnête, ces frais ne sont pas démesurés, et qu'ils correspondent à l'ordre de grandeur du coût réel.

    Les choses contre lesquelles il faut lutter, c'est

    1) La mort lente du monde de l'édition traditionnelle, qui va nécessairement étouffer faute de lecteurs, et donc de citations. La seule chose qui la maintient en vie, c'est que les budgets sont actuellement si serrés dans les labos qu'on n'a pas forcément l'argent pour payer les 1500€ de la revue Open Access. Le plus con, c'est que c'est juste un transfert de budget ; il suffirait d'arrêter les abonnements pour transférer l'argent vers les frais de publication. Mais avec l'administration, tout est tellement compliqué...

    2) Les prix démentiels pour les quelques journaux existant, qui nécessitent encore un abonnement.

    3) Les options "open access", qui consistent à faire payer très cher (souvent > 3000€) à l'auteur pour publier en open access dans une revue "traditionnelle". C'est idiot à plusieurs titres, d'une part, c'est trop cher (quitte à publier en open access, autant viser directement une revue qui ne fait que ça), et en plus, ça revient à faire payer deux fois, puisque le lecteur paye son abonnement, et que le coût de l'abonnement ne diminue pas si certains articles sont disponibles gratuitement.

    4) L'open access "poubelle", inévitable dans un monde où on paye pour publier. Tous les éditeurs Open Access ont un ou deux journaux fourre-tout où on peut faire passer à peu près n'importe quoi, ce qui décridibilise l'édition scientifique (mais j'ai peur que ça soit une conséquence inévitable du système. Ça n'est pas si grave si la faible qualité de ces journaux est prise en compte lors de l'évaluation de la qualité des recherches).

    5) Les éditeurs open access "prédateurs", qui voient dans ce modèle une bonne manière de se faire du pognon en surfant sur la naïveté de certains chercheurs. Les emails d'invitation sont des scams, des méthodes déloyales sont mises en place pour attirer les contributions dans des journaux pourris (par exemple avec des noms de journaux très proches des journaux de référence), etc. Il y en a même qui utilisent des noms de sommités dans leur editorial board sans les avoir contactées! Tout ça est du ressort de l'arnaque, ça ne concerne qu'une faible fraction des articles scientifiques, de toutes manières, mais ça entâche la réputation de la publication Open Access.

    Pour revenir à la discussion initiale, il existe plusieurs éditeurs OpenAccess qui sont des fondations, des associations, ou des organismes non-lucratifs. D'autres sont des acteurs de la recherche déja bien installés (par exemple, BioMedCentral, qui fournissait déja des bases de données bibliographiques). Les édtieurs traditionnels (Springer, Elsevier, Blackwell...) sont plutôt à la ramasse sur l'Open Access. Bref, l'Open Access a quand même beaucoup d'avantages : coûts de publication contrôlés et raisonnables, aspect éthique (pas de transfert de copyright, résultats disponibles pour tout le monde...), et modèle économique beaucoup plus sain que les éditeurs traditionnels.