Objectivement, la publication d'un journal scientifique demande quand même une certaine quantité de travail "ingrat", qui n'est pas valorisable par des chercheurs, comme le sont les rôles d'éditeur et de reviewer. On peut citer (i) l'assistance technique (soumission de gros fichiers, problèmes de compilation Latex, etc), (ii) le boulot de composition et de PAO, (iii) le boulot de marketting et de référencement, etc. En gros, il y a besoin, en plus du staff scientifique, d'au moins trois personnes : un secrétaire/gestionnaire/assistant de direction, un ingénieur IT, et une personne qui peut faire la composition et la com. Bien sûr, ces moyens peuvent être mutualisés et l'équipe peut publier plusieurs journaux, même si la quantité reste limitée—je ne pense pas qu'une équipe comme celle-la puisse publier plus de 20 articles par mois au total. En terme de coût total, on est dans les 12 k€ en masse salariale en étant radin, si on compte le loyer pour les locaux et les charges (y compris la location du serveur et la bande passante + solutions de sauvegarde), on ne va pas se retrouver loin des 1000€ par article HT : on est bien dans l'ordre de grandeur des frais de publication "standard". Et ça, c'est dans une optique non lucrative. Baisser les couts ne pourrait se faire qu'en rognant sur la qualité, par exemple en ne relisant pas les articles.
Bien sûr, les gros organismes de recherche pourraient couvrir de tels frais, on pourrait avoir des revues CNRS, INRA, INSERM, etc. Cependant, ça poserait un certain nombre de problèmes ; d'une part, on pourrait avoir des doutes sur la neutralité du procédé (par exemple, les comptes rendus des académies des sciences, quel que soit le pays, est biaisé en faveur des membres "locaux"), et d'autre part, ça reviendrait pour l'État français à couvrir les frais de publication du monde entier. Sans compter les problèmes réglementaires liés à une concurrence directe entre le service public et des entreprises privées.
Dans l'ensemble, quand on parle de l'écosystème économique autour de la publication scientifique et de l'Open Access, on oublie souvent qu'on peut avoir accès à des données importantes, par exemple le bilan financier des PLoS, qui sont une organisation non-lucrative. Or, les PLoS ont des tarifs parmi les plus élevés du marché (pour une qualité très élevée aussi pour la plupart de leurs journaux), et pourtant, ils ne font pas d'argent. Au final, je pense qu'il est donc important de réaliser que les marges que les éditeurs font sur l'OpenAccess n'ont probablement rien à voir avec les marges qu'ils faisaient dans le modèle traditionnel.
Pousser des acteurs académiques à organiser leur propre système de publication revient à en faire porter les coûts de manière indirecte sur les labos. Bien sûr, on peut demander au gars qui fait la maintenance informatique de s'occupper à mi-temps du support technique pour le journal, bien sûr, la secrétaire du labo peut aussi faire une partie du boulot, etc. Mais à l'heure où la gestion de l'argent public est au centre du débat politique, c'est un peu étrange de trouver raisonnable de dépenser une quantité d'argent et des ressources humaines de manière détournée pour éviter de payer un service rendu par des entreprises privées, dans des conditions de concurrence relativement honnêtes (contrairement, encore une fois, à la situation qui précédait).
[^] # Re: Un autre modèle
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche L’Académie des sciences française prétend vouloir l’ouverture des publications scientifiques. Évalué à 8. Dernière modification le 30 octobre 2014 à 15:00.
Objectivement, la publication d'un journal scientifique demande quand même une certaine quantité de travail "ingrat", qui n'est pas valorisable par des chercheurs, comme le sont les rôles d'éditeur et de reviewer. On peut citer (i) l'assistance technique (soumission de gros fichiers, problèmes de compilation Latex, etc), (ii) le boulot de composition et de PAO, (iii) le boulot de marketting et de référencement, etc. En gros, il y a besoin, en plus du staff scientifique, d'au moins trois personnes : un secrétaire/gestionnaire/assistant de direction, un ingénieur IT, et une personne qui peut faire la composition et la com. Bien sûr, ces moyens peuvent être mutualisés et l'équipe peut publier plusieurs journaux, même si la quantité reste limitée—je ne pense pas qu'une équipe comme celle-la puisse publier plus de 20 articles par mois au total. En terme de coût total, on est dans les 12 k€ en masse salariale en étant radin, si on compte le loyer pour les locaux et les charges (y compris la location du serveur et la bande passante + solutions de sauvegarde), on ne va pas se retrouver loin des 1000€ par article HT : on est bien dans l'ordre de grandeur des frais de publication "standard". Et ça, c'est dans une optique non lucrative. Baisser les couts ne pourrait se faire qu'en rognant sur la qualité, par exemple en ne relisant pas les articles.
Bien sûr, les gros organismes de recherche pourraient couvrir de tels frais, on pourrait avoir des revues CNRS, INRA, INSERM, etc. Cependant, ça poserait un certain nombre de problèmes ; d'une part, on pourrait avoir des doutes sur la neutralité du procédé (par exemple, les comptes rendus des académies des sciences, quel que soit le pays, est biaisé en faveur des membres "locaux"), et d'autre part, ça reviendrait pour l'État français à couvrir les frais de publication du monde entier. Sans compter les problèmes réglementaires liés à une concurrence directe entre le service public et des entreprises privées.
Dans l'ensemble, quand on parle de l'écosystème économique autour de la publication scientifique et de l'Open Access, on oublie souvent qu'on peut avoir accès à des données importantes, par exemple le bilan financier des PLoS, qui sont une organisation non-lucrative. Or, les PLoS ont des tarifs parmi les plus élevés du marché (pour une qualité très élevée aussi pour la plupart de leurs journaux), et pourtant, ils ne font pas d'argent. Au final, je pense qu'il est donc important de réaliser que les marges que les éditeurs font sur l'OpenAccess n'ont probablement rien à voir avec les marges qu'ils faisaient dans le modèle traditionnel.
Pousser des acteurs académiques à organiser leur propre système de publication revient à en faire porter les coûts de manière indirecte sur les labos. Bien sûr, on peut demander au gars qui fait la maintenance informatique de s'occupper à mi-temps du support technique pour le journal, bien sûr, la secrétaire du labo peut aussi faire une partie du boulot, etc. Mais à l'heure où la gestion de l'argent public est au centre du débat politique, c'est un peu étrange de trouver raisonnable de dépenser une quantité d'argent et des ressources humaines de manière détournée pour éviter de payer un service rendu par des entreprises privées, dans des conditions de concurrence relativement honnêtes (contrairement, encore une fois, à la situation qui précédait).