Ça n'est pas très sain d'appeler toute discussion potentiellement conflicuelle un "troll". Le cas de l'homéopathie est très intéressant en histoire des sciences et des pseudosciences.
L'homéopathie émerge au 19e siècle, comme une pratique médicale comme une autre. À l'époque, de toutes manières, la médecine était à peu près du grand n'importe quoi, donc toutes les approches se valaient bien. L'homéopathie se définit par opposition à l'allopathie. Le principe de l'allopathie est de soigner en donnant au malade une substance qui s'oppose au symptpôme qu'on veut traiter (par exemple, pour soigner l'hypertension, on donne une substance qui diminue la tension). Au contraire, l'homéopathie consiste à donner une substance ayant le même effet que le symptôme, mais à des doses très faibles. Par exemple, la quinine est un poison qui provoque une fièvre intense, mais si on en donne très peu à quelqu'un qui a une crise de palu, ça fait baisser la fièvre. Le principe observé avec la quinine est donc étendu à tous les symptômes ; pour soigner quelque chose, on donne un poison ayant le même effet, mais à une dose très très très inférieure.
Avec le recul, l'idée initiale semble bizarroïde, mais pourquoi pas. Sauf que badaboum, progrès de la science en chimie, nombre d'Avogadro, et tout ça : les dilutions couramment employées dans la pratique de l'homéopathie impliquent nécessairement l'absence de molécules actives dans les remèdes. À partir de là, l'homéopathie tombe du côté de la pseudo-science, et on l'associe à un discours mystique (par exemple, la dilution s'accompagne d'une mystérieuse "dynamisation", qui semble reposer sur un principe assez semblable à l'eau bénite ; on fait un truc-machin magique et ça soigne à peu près tous les maux). La mémoire de l'eau ou autres idées loufoques ne sont que des péripéties récentes à une longue histoire pseudoscientifique. D'ailleurs, en règle générale, l'homéopathie vient avec un "pack spécial" regroupant aussi l'acuponcture, les machins chinois avec les méridiens, etc., basés sur la trilogie : "pratique ancestrale - explication mystique non vérifiable scientifiquement - rejet de la médecine scientifique". Avec derrière, souvent, une culture scientifique très lacunaire—je me suis aperçu par exemple qu'une grande partie des gens qui se soignent par homéopathie ne connaisssent pas les bases mêmes de cette "médecine" (principe des contraires, dynamisation, etc), et même que beaucoup confodent l'homéopathie avec la médecine par les plantes—du coup, c'est clair, la discussion ne peut pas aller très loin.
Dire à quelqu'un "pour le prix de ton mac tu aurais pu avoir un PC deux fois plus puissant avec des composants de qualité similaire", c'est comme d'essayer d'expliquer qu'il n'y a pas de principe actif dans les granules homéopathiques. Tu peux aussi tenter de rigoler au nez d'un fondamentaliste en lui demandant pourquoi il passe une partie de sa vie à genoux à demander des conseils à un ami invisible, ou d'expliquer à la mémé du coin que si son chien avait la parole, il ne dirait que "manger", "pipi", "caca", et "sortir", et que le reste n'est qu'une extrapolation anthropomorphique due à la solitude. Ce genre de remarques est insultant et totalement inutile, mais les bases cognitives derrière tout ça sont probablement similaires. D'ailleurs, je me demande si des gens ne pourraient pas s'égorger mutuellement pour ces histoires de mac après quelques générations de traditions familiales extrêmistes.
[^] # Re: "Au final, ce sont les fanboys qui ont dû être bien déçus..."
Posté par arnaudus . En réponse au journal Et comme prévu, ça a fait... pffffuit. Évalué à 10.
Ça n'est pas très sain d'appeler toute discussion potentiellement conflicuelle un "troll". Le cas de l'homéopathie est très intéressant en histoire des sciences et des pseudosciences.
L'homéopathie émerge au 19e siècle, comme une pratique médicale comme une autre. À l'époque, de toutes manières, la médecine était à peu près du grand n'importe quoi, donc toutes les approches se valaient bien. L'homéopathie se définit par opposition à l'allopathie. Le principe de l'allopathie est de soigner en donnant au malade une substance qui s'oppose au symptpôme qu'on veut traiter (par exemple, pour soigner l'hypertension, on donne une substance qui diminue la tension). Au contraire, l'homéopathie consiste à donner une substance ayant le même effet que le symptôme, mais à des doses très faibles. Par exemple, la quinine est un poison qui provoque une fièvre intense, mais si on en donne très peu à quelqu'un qui a une crise de palu, ça fait baisser la fièvre. Le principe observé avec la quinine est donc étendu à tous les symptômes ; pour soigner quelque chose, on donne un poison ayant le même effet, mais à une dose très très très inférieure.
Avec le recul, l'idée initiale semble bizarroïde, mais pourquoi pas. Sauf que badaboum, progrès de la science en chimie, nombre d'Avogadro, et tout ça : les dilutions couramment employées dans la pratique de l'homéopathie impliquent nécessairement l'absence de molécules actives dans les remèdes. À partir de là, l'homéopathie tombe du côté de la pseudo-science, et on l'associe à un discours mystique (par exemple, la dilution s'accompagne d'une mystérieuse "dynamisation", qui semble reposer sur un principe assez semblable à l'eau bénite ; on fait un truc-machin magique et ça soigne à peu près tous les maux). La mémoire de l'eau ou autres idées loufoques ne sont que des péripéties récentes à une longue histoire pseudoscientifique. D'ailleurs, en règle générale, l'homéopathie vient avec un "pack spécial" regroupant aussi l'acuponcture, les machins chinois avec les méridiens, etc., basés sur la trilogie : "pratique ancestrale - explication mystique non vérifiable scientifiquement - rejet de la médecine scientifique". Avec derrière, souvent, une culture scientifique très lacunaire—je me suis aperçu par exemple qu'une grande partie des gens qui se soignent par homéopathie ne connaisssent pas les bases mêmes de cette "médecine" (principe des contraires, dynamisation, etc), et même que beaucoup confodent l'homéopathie avec la médecine par les plantes—du coup, c'est clair, la discussion ne peut pas aller très loin.
Dire à quelqu'un "pour le prix de ton mac tu aurais pu avoir un PC deux fois plus puissant avec des composants de qualité similaire", c'est comme d'essayer d'expliquer qu'il n'y a pas de principe actif dans les granules homéopathiques. Tu peux aussi tenter de rigoler au nez d'un fondamentaliste en lui demandant pourquoi il passe une partie de sa vie à genoux à demander des conseils à un ami invisible, ou d'expliquer à la mémé du coin que si son chien avait la parole, il ne dirait que "manger", "pipi", "caca", et "sortir", et que le reste n'est qu'une extrapolation anthropomorphique due à la solitude. Ce genre de remarques est insultant et totalement inutile, mais les bases cognitives derrière tout ça sont probablement similaires. D'ailleurs, je me demande si des gens ne pourraient pas s'égorger mutuellement pour ces histoires de mac après quelques générations de traditions familiales extrêmistes.