• [^] # Re: pas un ticket de rationnement

    Posté par . En réponse au journal Histoire des titres restaurant, ou comment les salaires furent placés sous DRM. Évalué à 10.

    Ca n'a donc RIEN à voir avec des tickets de rationnement. A part pour faire peur, ca n'a rien à faire ici.

    C'est parfaitement vrai ; ça n'a absolument rien à voir. Un ticket restaurant est un moyen de payement, une sorte de monnaie réservée à l'achat d'un type de bien particulier. On pourrait imaginer aussi des tickets rentrée scolaire, en alternative à l'allocation du même nom, qui éviteraient qu'une aide de l'État destinée à quelque chose de bien particulier puisse être utilisée pour acheter autre chose.

    Un ticket de rationnement n'est pas un moyen de payement. Il permet de limiter l'achat d'un type de bien indépendamment de l'argent qu'on a. Ça serait un peu l'équivalent à un quota max pour l'utilisation d'électricité, d'eau, ou d'essence, dans un monde où ces ressources deviendraient limitées.

    Mais bon, je ne vois pas pourquoi se limiter à ce détail du ticket de rationnement : le journal est écrit comme un édito, c'est un exercice de style qui consiste à développer une thèse, l'existence d'une analogie entre les DRM et les tickets restaurant, sans antithèse et sans synthèse. On y trouve des éléments intéressants, et ça stimule forcément la discussion, mais la limite de l'exercice est évidemment la faiblesse de l'analogie de départ.

    Pour les DRM, le contrôle porte sur le produit. On se sert d'argent (libre) pour acheter un produit, dont l'utilisation est limitée par le système. Pour les tickets restaurant, c'est le moyen de payement qui est sous contrôle. On transforme de l'argent (libre) en moyen de payement (propriétaire) qui permet d'acheter, sous des conditions restrictives, un produit (de la nourriture) dont on fait ce qu'on veut (comme la donner à un SDF, par exemple). On peut trouver ça problématique, sans pour autant soutenir que les DRM sont un système analogue, parce que c'est faux.

    L'antithèse serait simplement de voir les tickets restaurant comme ce qu'ils sont, c'est à dire à l'origine un outil de flexibilité vis-à-vis de la nécessité de fournir aux employés un moyen de se restaurer bon marché, subventionné par l'entreprise, à proximité du lieu de travail. En l'absence de restautant d'entreprise, on peut subventionner la restauration à l'extérieur, ou l'achat de produits destinés à être consommés immédiatement. Dans cette optique, les détournements (le don, l'utilisation pour un dîner entre amoureux, etc) sont problématiques, et brisent l'équité avec les salariés qui bénéficient d'une cantine—on ne peut pas donner une place de cantine à un SDF, ni sécher la cantine pour se payer un resto le soir. Après, que l'État délègue sa responsabilité à une boite privée monopolistique qui défend chèrement ses privilèges par un lobbying éhonté, c'est un autre problème, mais ce n'est pas directement lié au concept du ticket restaurant.