C'est totalement vrai, mais la ligne de pensée, étrangement, est assez récente (en tout cas, elle est devenue populaire seulement avec la publication de "The God Delusion", un bouquin que j'ai trouvé très éclairant.
Avant les années 2000, il me semble que la ligne majoritaire parmi les scientifiques était celle dite de la "séparation des magistères" : la science s'occuppe de la science, les religieux s'occupent de la religion, les deux problèmes sont imperméables. Sauf qu'à de nombreux points de vue, ils le le sont pas, mais il était beaucoup plus confortable de rester sur ce statu-quo. D'ailleurs, dans cette discussion, il est frappant de voir que (d'après ce que j'ai deviné), le principe de la séparation des magistères est défendu bec et ongle par les gens qui pensent être croyants ou pseudo-agnostiques.
Mais bon, voila, la séparation des magistères est une solution socialement acceptable, mais pas scientifiquement. Factuellement, les prochaines avancées scientifiques dans le domaine vont être liées à la compréhension de la biologie du cerveau, et de plus en plus d'équipes s'intéressent à une approche intégrative de la psychologie des religions, qui mêle des approches sociologiques, des approches neuro-machintruc (avec des IRM du cerveau), et des approches de génétique évolutive, pour comprendre pourquoi, en gros, l'être humain a cette capacité incroyable à inventer des explications superstitieuses et à y croire dur comme fer. C'est vraiment étonnant à quel point c'est une souffrance de se débarrasser de ses superstitions, même petites—et c'est pareil pour tout le monde, ce n'est pas une différence athées/croyants. Après, la différence, c'est si on est prêt à faire l'effort de regarder le monde tel qu'il est, ou si on préfère se l'imaginer tel qu'on aimerait qu'il soit. Encore une fois, ce n'est pas seulement lié à l'athéisme ; j'imagine que beaucoup d'athées peuvent mettre des années à admettre que leur couple ne fonctionne plus, ou qu'il ne faut pas débrancher tonton Dédé parce que les 3 encéphalogrammes ont été faits par des incompétents. D'une manière générale, c'est une souffrance pour un être humain d'analyser les choses de manière rationnelle, et la religion est critique : elle a très souvent une dimension émotionnelle majeure, avec une transmission culturelle et familiale, et elle est structurante pour l'individu. Des gens pourraient tuer plutôt de remettre en cause leurs superstitions ; c'est d'ailleurs la frustration liée au manque d'arguments qui est probablement à l'origine de ce besoin de violence (je n'ai jamais eu l'impression que les athées voudraient être violents avec les religieux ; par contre, beaucoup de religions sont des menaces réelles pour les athées).
Je pense donc qu'il faut être très prudent dans les discussions. Évidemment, Moïse a ouvert la mer de la même manière que Pikachu a jeté des éclairs. Un extra-terrestre ne comprendrait pas pourquoi tout le monde trouve ridicule qu'un dieu à tête de faucon pèse les âmes, alors que 30% de l'humanité semble convaincue qu'il est tout à fait crédible qu'un gros barbu décide si tu vas au paradis. Mais c'est juste hyper-violent comme réalité. C'est un peu comme si tu disais à quelqu'un "ta femme est laide". Évidemment qu'il le sait, mais il s'est construit dans le déni de cette réalité, c'est inhumain d'aborder la question de cette manière.
[^] # Re: La différence entre une secte et une religion ?
Posté par arnaudus . En réponse au journal Manu se lance dans une croisade numérique contre les terroristes intégristes musulmans. Évalué à 6.
C'est totalement vrai, mais la ligne de pensée, étrangement, est assez récente (en tout cas, elle est devenue populaire seulement avec la publication de "The God Delusion", un bouquin que j'ai trouvé très éclairant.
Avant les années 2000, il me semble que la ligne majoritaire parmi les scientifiques était celle dite de la "séparation des magistères" : la science s'occuppe de la science, les religieux s'occupent de la religion, les deux problèmes sont imperméables. Sauf qu'à de nombreux points de vue, ils le le sont pas, mais il était beaucoup plus confortable de rester sur ce statu-quo. D'ailleurs, dans cette discussion, il est frappant de voir que (d'après ce que j'ai deviné), le principe de la séparation des magistères est défendu bec et ongle par les gens qui pensent être croyants ou pseudo-agnostiques.
Mais bon, voila, la séparation des magistères est une solution socialement acceptable, mais pas scientifiquement. Factuellement, les prochaines avancées scientifiques dans le domaine vont être liées à la compréhension de la biologie du cerveau, et de plus en plus d'équipes s'intéressent à une approche intégrative de la psychologie des religions, qui mêle des approches sociologiques, des approches neuro-machintruc (avec des IRM du cerveau), et des approches de génétique évolutive, pour comprendre pourquoi, en gros, l'être humain a cette capacité incroyable à inventer des explications superstitieuses et à y croire dur comme fer. C'est vraiment étonnant à quel point c'est une souffrance de se débarrasser de ses superstitions, même petites—et c'est pareil pour tout le monde, ce n'est pas une différence athées/croyants. Après, la différence, c'est si on est prêt à faire l'effort de regarder le monde tel qu'il est, ou si on préfère se l'imaginer tel qu'on aimerait qu'il soit. Encore une fois, ce n'est pas seulement lié à l'athéisme ; j'imagine que beaucoup d'athées peuvent mettre des années à admettre que leur couple ne fonctionne plus, ou qu'il ne faut pas débrancher tonton Dédé parce que les 3 encéphalogrammes ont été faits par des incompétents. D'une manière générale, c'est une souffrance pour un être humain d'analyser les choses de manière rationnelle, et la religion est critique : elle a très souvent une dimension émotionnelle majeure, avec une transmission culturelle et familiale, et elle est structurante pour l'individu. Des gens pourraient tuer plutôt de remettre en cause leurs superstitions ; c'est d'ailleurs la frustration liée au manque d'arguments qui est probablement à l'origine de ce besoin de violence (je n'ai jamais eu l'impression que les athées voudraient être violents avec les religieux ; par contre, beaucoup de religions sont des menaces réelles pour les athées).
Je pense donc qu'il faut être très prudent dans les discussions. Évidemment, Moïse a ouvert la mer de la même manière que Pikachu a jeté des éclairs. Un extra-terrestre ne comprendrait pas pourquoi tout le monde trouve ridicule qu'un dieu à tête de faucon pèse les âmes, alors que 30% de l'humanité semble convaincue qu'il est tout à fait crédible qu'un gros barbu décide si tu vas au paradis. Mais c'est juste hyper-violent comme réalité. C'est un peu comme si tu disais à quelqu'un "ta femme est laide". Évidemment qu'il le sait, mais il s'est construit dans le déni de cette réalité, c'est inhumain d'aborder la question de cette manière.