Le partage marchand est une réflexion très intéressante et j'espère qu'elle conduira à des améliorations de la situation actuelle.
Par contre, il y a un aspect qui me gêne dans le partage marchand, c'est sa très forte dépendance à la popularité de l'œuvre. Ce qui pour moi peut avoir pour effet pervers de défavoriser la diversité culturelle.
En effet, si on imagine un cas où plusieurs musiciens utilisent le partage marchand, en tant que client (bizarre de dire client, mais comme il y a bien vente, c'est le bon terme), j'ai plusieurs choix:
- soit j'achète pour un prix X une dizaine de cd d'artistes reconnus internationalement (ces artistes peuvent faire de la soupe, mais aussi être en réalité très doué. Ce n'est pas parce qu'ils sont reconnus internationalement que ça implique que c'est moins "pur" d'aimer leur musique)
- soit pour ce même prix X, j'achète un seul cd d'un artiste débutant pas encore très diffusé, en me disant qu'il le sera plus tard et que je serais remboursé.
- soit pour ce même prix X, j'achète un seul cd d'un artiste très doué mais visant un public plus restreint. Dans ce cas, il est clair qu'il y a peu de chance que je sois remboursé.
- soit pour un prix Y > X, j'achète un seul cd d'un artiste débutant visant un public restreint.
La majorité des gens vont sans doute choisir le premier cas: mieux vaut 10 cd de qualité qu'un seul. Le deuxième cas est défavorisé par rapport au premier. On peut espérer être remboursé, mais c'est un risque (risque d'autant plus grand qu'on se doute que les autres clients potentiels vont également hésiter). Les deux derniers cas sont encore pire. Sachant ça, je sais que les autres clients potentiels vont se dire la même chose, et refuser le risque que le cercle vertueux ne s'enclenche pas.
Cette situation est partiellement évitée dans le cadre du modèle traditionnel: on peut se permettre un cd déficitaire pour peu qu'il soit compensé par un cd très bénéficiaire.
(le problème étant que les maisons de disques se disent de plus en plus: pourquoi perdre de l'argent avec un cd déficitaire)
On pourrait se dire que les artistes débutants ou de niche seront soutenus: c-à-d que les clients accepteront de payer plus cher pour eux. Mais ce comportement est équivalent au comportement de don (c-à-d ceux qui feront ça auraient été ceux qui auraient fait des dons dans un autre système), qui est critiqué par ailleurs comme n'étant pas un comportement suffisamment répandu pour qu'il soit viable.
Bref, au final, je me pose la question:
Est-ce normal/justifié qu'une chanson en néerlandais soit toujours plus chère qu'une chanson en français, alors que ces deux artistes sont tout autant méritants ?
# Problème pour la diversité culturelle
Posté par j-c_32 . En réponse au journal Domaine public, rétribution équitable ET oeuvres à prix presque nul. Évalué à 3. Dernière modification le 10 février 2014 à 11:56.
Le partage marchand est une réflexion très intéressante et j'espère qu'elle conduira à des améliorations de la situation actuelle.
Par contre, il y a un aspect qui me gêne dans le partage marchand, c'est sa très forte dépendance à la popularité de l'œuvre. Ce qui pour moi peut avoir pour effet pervers de défavoriser la diversité culturelle.
En effet, si on imagine un cas où plusieurs musiciens utilisent le partage marchand, en tant que client (bizarre de dire client, mais comme il y a bien vente, c'est le bon terme), j'ai plusieurs choix:
- soit j'achète pour un prix X une dizaine de cd d'artistes reconnus internationalement (ces artistes peuvent faire de la soupe, mais aussi être en réalité très doué. Ce n'est pas parce qu'ils sont reconnus internationalement que ça implique que c'est moins "pur" d'aimer leur musique)
- soit pour ce même prix X, j'achète un seul cd d'un artiste débutant pas encore très diffusé, en me disant qu'il le sera plus tard et que je serais remboursé.
- soit pour ce même prix X, j'achète un seul cd d'un artiste très doué mais visant un public plus restreint. Dans ce cas, il est clair qu'il y a peu de chance que je sois remboursé.
- soit pour un prix Y > X, j'achète un seul cd d'un artiste débutant visant un public restreint.
La majorité des gens vont sans doute choisir le premier cas: mieux vaut 10 cd de qualité qu'un seul. Le deuxième cas est défavorisé par rapport au premier. On peut espérer être remboursé, mais c'est un risque (risque d'autant plus grand qu'on se doute que les autres clients potentiels vont également hésiter). Les deux derniers cas sont encore pire. Sachant ça, je sais que les autres clients potentiels vont se dire la même chose, et refuser le risque que le cercle vertueux ne s'enclenche pas.
Cette situation est partiellement évitée dans le cadre du modèle traditionnel: on peut se permettre un cd déficitaire pour peu qu'il soit compensé par un cd très bénéficiaire.
(le problème étant que les maisons de disques se disent de plus en plus: pourquoi perdre de l'argent avec un cd déficitaire)
On pourrait se dire que les artistes débutants ou de niche seront soutenus: c-à-d que les clients accepteront de payer plus cher pour eux. Mais ce comportement est équivalent au comportement de don (c-à-d ceux qui feront ça auraient été ceux qui auraient fait des dons dans un autre système), qui est critiqué par ailleurs comme n'étant pas un comportement suffisamment répandu pour qu'il soit viable.
Bref, au final, je me pose la question:
Est-ce normal/justifié qu'une chanson en néerlandais soit toujours plus chère qu'une chanson en français, alors que ces deux artistes sont tout autant méritants ?