• [^] # Re: consensus social

    Posté par . En réponse au journal Justice aux Pays-Bas : XS4all peut débloquer thepiratebay. Évalué à 10.

    Bon, j'y habite aussi en Chine, et depuis un certain temps. C'est vrai, c'est cool, mais faut quand même se rendre compte de quelques petites choses:

    Pourquoi les produits chinois vendu en France sont entre 5 et 10 fois plus chers?

    Parce que les ouvriers gagnent entre 80 et 200€/mois suivant les régions sans droit de se syndiquer, dans des conditions variables qui vont du plus que correct à l'esclavagisme, et ça ne te dérange pas parce que tu n'es pas allé voir les usines en question comment ça se passe.

    Hier, je pendant que je faisais la cuisine, la bouteille de gaz s'est terminée. J'ai passé un coup de téléphone, et 5 minutes après une nouvelle bouteille était livrée jusqu'à ma cuisine. J'ai payé 5€ en tout. C'est ça aussi la Chine, le service. La livraison à été faite par un gars qui est arrivé en moto. Ils peuvent transporter 4 bouteilles pleines par moto. Alors oui, ces motos polluent.

    Tu viens d'occulter le risque dans le transport du gaz (ben oui, le mec transporte des bouteilles de gaz sur une charrette attachée à sa moto dans un pays où le code de la route est un truc dont "tout le monde a vaguement entendu parler" mais personne ne l'a jamais ouvert, et c'est pas leur bon sens au volant qui va rattraper le coup...
    Tu occultes aussi le fait que pour que ta bouteille coûte 5€ à être livrée, c'est parce que dans toute la chaîne depuis l'extraction du gaz jusqu'à ton livreur, les petites mains sont toutes mal payées.

    En Chine, il est réparé. Les pièces détachées sont disponibles, et les réparateurs de téléphones portables ne coûtent pas trop cher, donc ça reste intéressant pour le consommateur. Un jeune Chinois doit travailler pendant 3 mois pour vivre et s'offrir un smartphone, donc il préférera souvent le faire réparer plutôt que d'en acheter un autre. Surtout si le temps d'attente est de quelques jours voir moins.

    Même principe: passe le SMIC à 100€ et tu verras que réparer les téléphones, c'est aussi rentable chez nous. Reste que tu te félicites en fait que le réparateur ait un revenu très faible alors que réparer un téléphone requiert un minimum de compétences/formation.

    En Chine l'écart entre les salaires est tout simplement énorme. On ne demande pas combien en plus gagne un ingénieur par rapport à un ouvrier en argent, ça n'aurait aucun sens. On demande combien de fois il gagne un salaire d'ouvrier (2, 3, 10?).
    Du coup, quand tu es dans la classe moyenne, c'est super: il y a un nombre incalculable de gens qui bossent pour "3 fois rien". Par contre, eux rament à mort. C'est pas parce qu'ils ne se plaignent pas et qu'ils ne manifestent pas qu'ils sont satisfaits de leur situation.

    J'ai commencé par la fin, je reprends au début:

    A qui appartiennent les usines? Je ne vois pas pourquoi les dirigeants d'une entreprise ne pourraient pas la diriger librement?

    Les usines sont souvent construites là où ça coûte moins cher, c'est-à-dire là où on ne paie pas trop d'impôts, voire rien du tout. Donc les usines "appartiennent" à leurs dirigeants parce qu'au moment de faire des concessions, on "oublie" toute contrepartie ou presque. Note que si on demandait une contrepartie, l'interlocuteur aurait tôt fait de dire que si c'est comme ça, il s'installe en Roumanie ou en Chine.

    A ce jeu là, soit tu joues la concurrence brute et tu vas devoir faire en sorte que les ouvriers français coûtent autant que les Chinois, soit tu poses une limite, et le problème c'est que cette limite passe mal auprès de certains entrepreneurs.
    Poser une limite "optimale" est un grand jeu autour duquel gauche et droite s'empoignent joyeusement sans arrêt.

    Toujours est-il qu'un mec qui promet de rester 10ans et de faire travailler 200 personnes en échange d'un terrain quasi gratuit et d'une dérogation sur les contributions sociales, et qui se barre au bout de 6ans en virant tout le monde avec 50€ d'indemnité, ben on a du mal avec le "diriger librement". (Ça ne veut pas dire que toutes les usines qui ferment sont gérées par des arnaqueurs, mais y'en a quand même quelques-uns...)

    Qu'est ce qui empêche les ouvriers d'en faire une autre? peut être parce que ce ne serait pas rentable.

    Dans notre pays très colbertien, un politique qui sort de l'ENA n'imagine pas une seconde qu'une bande de gueux puisse gérer une usine correctement et ne leur accordera certainement pas la moitié du quart des avantages qu'il vient d'accorder au CEO d'un groupe gigantesque qui vient de lui donner des garanties extrêmement solides telles que "bien sûr! compte sur moi!" pendant un dîner dans un resto dont les ouvriers ne connaissent que la façade et le prix du menu, parce que c'est le même nombre que leur salaire.
    Du coup les ouvriers n'ont pas l'opportunité de gérer l'usine.

    Il suffit de voir ce qui arrive aux boites qui coulent et qui ne trouvent pas de repreneur alors que les syndicats demandaient pourtant une reprise sous forme de coopé, avec une aide de l'Etat pour démarrer. On voit bien peu de dossiers aboutir.

    Maintenant que j'ai balancé tout ça et que tu me prends pour un Mélanchonnien (niste?), sache que je me pense plutôt centriste. Du coup je ne vois jamais rien de très bon quand on regarde trop à gauche, ni quand on regarde trop à droite!

    Je ne crois pas que la solution soit de taper sur les entreprises. Ça ne fera qu'empirer les choses.

    Je pense qu'on peut être beaucoup plus compétitif en France, à condition d'accepter que le rôle de l'administration est d'aider le reste du pays à bosser et pas inventer des règles compliquées pour justifier son existence (bon sang, le choc quand on a vécu à Singapour! ça c'est de l'administration efficace!), et à condition d'accepter aussi qu'on a vécu au-dessus de nos moyens et qu'il est temps de siffler la fin de la récré.
    Enfin, il me semble évident que les grands groupes sont les plus susceptibles de se barrer sans crier gare et qu'il serait grand temps que la politique pour les entreprises se fassent en faveur des PME plutôt que du CAC40.