• [^] # Re: Et si ce jugement était correct ?

    Posté par . En réponse à la dépêche La fin de la neutralité du net ?. Évalué à 9. Dernière modification le 20 janvier 2014 à 14:44.

    Le point soulevé par Almacha (le droit qu'a un prestataire de faire ce qu'il veut avec son propre réseau) est une question qui revient souvent lorsqu'on parle de neutralité du net.

    Pour y répondre, je reprendrais bien un argument de Benjamin Bayart qui est dans le même ordre d'idées que ceux que tu énonces. Benjamin Bayart s'amuse à comparer un internet non neutre à des yaourts au mercure. En France, il y a des choses que l'on a pas le droit de vendre parce que ce sont des choses nocives. Même si les consommateurs sont libres d'acheter les yaourts sans mecrure d'un de mes concurrents, j'ai toujours pas le droit de vendre des yaourts au mercure. Reste à voir si un internet non-neutre est aussi nocif que des yaourts au mercure. Gardons à l'esprit qu'internet est depuis au moins 5 ans le principal moyen d'accès à l'information, à la vie démocratique de la majorité de la population. Que dira-t-on lorsqu'on ne pourra plus accéder au site web du parti communiste parce que le parti communiste n'aura pas pu passer d'accord avec les FAIs majoritaires. Je ne vous fait pas l'affront de vous ressortir le couplet sur la concurrence et la liberté d'entreprendre. Comment lancer un service innovant si les acteurs en place ont le pouvoir de vous empêcher d'accéder au marché. Un autre effet de bord inquiétant de cette politique est qu'on se dirigerait vers des accès internet de « pauvres » avec accès à quelques gros sites (facebook, youtube, tf1.fr) et des accès internet de « riches » avec une diversité plus grande. Génial pour la vie démocratique, l'égalité des chances, l'ascenceur social. L'accès à internet n'est manifestement pas un service comme les autres, ce ne serait donc pas illogique qu'il y ait des règles spécifiques qui régulent sa commerciation. La presse (en tant que produit pas comme les autres) non plus n'a pas le droit de faire n'importe quoi.

    Autre argument, et pour reprendre ma métaphore latière (j'aime les yaourts), on a le droit de vendre des yaourts "régime" avec plus d'autres trucs que du lait et des ferments lactiques dedans mais on a pas le droit de les appeler yaourts. Regardez bien, tous ces yaourts "régime", s'appellent "spécialité latière" dans les supermarchés. Et ce parce que ce serait de la tromperie sur la marchandise : un yaourt c'est fait avec du lait et des ferments lactiques, c'est tout. Si tu mets d'autre trucs dedans, ça s'apelle plus un yaourt. Et internet ? Internet, c'est neutre, si tu mes des bout de non-neutralité dedans ça s'apelle plus internet.

    Enfin, dernièrement, faut pas oublier que "le réseau de l'opérateur", en fait bien souvent, il a été payé en grande partie par les pouvoirs publics. Les bouts de cuivre qui vont de chez moi au central téléphonique, ils ont été largement subventionnés par l'état. Donc payés par les citoyens. On est en train de faire pareil avec la fibre, l'état va déployer là ou ce n'est pas hyper-rentable (tiens donc !). Donc finalement, notre regard sur ce que les opérateurs font de "leurs" réseaux ne serait pas si injustifié que ça.