• # Précisions nécessaires

    Posté par . En réponse au journal Développeur, ou comment sur-évaluer ses compétences. Évalué à 10.

    Bonsoir,

    En résumé, je pense qu'il y a une très très grosse surestimation de niveau pour les dev du marché. Et je pense que malheureusement, ils n'en sont même pas réellement conscient, et ça m'inquiète pas mal, de voir à quel point on peu se déclarer "développeur expérimenté", en ayant a peine quelques bases. Et d'autre s'en foutent carrément, car si ils trouvent une boîte où il sont entouré de "médiocrité", ça permet de masquer la leur.

    Je pense qu'il y a une bonne dose de fausse modestie dans ton post, caractéristique des gens qui commencent à avoir effectivement un peu de bouteille mais pas encore assez pour inspirer l'humilité, ni pour voir leurs connaissances commencer à vieillir et à décliner. Ce parce que la programmation intensive est une forme d'athlétisme à mon goût et qu'à l'instar de la plupart des sports de haut niveau, on ne peut pas la pratiquer efficacement jusqu'à l'âge légal de la retraite. J'ai donc quelques questions à te poser :

    — Quel âge as-tu ?
    — Quel âge en moyenne ont les postulants à ton poste ?
    — Quel est le salaire que tu estimes correct à ce poste (celui que tu exigerais, pas celui que tu proposes) ?
    — D'où sort ce test ? Tu comprends que si c'est toi qui l'a écrit, tes conclusions seront forcément biaisées, même si (« surtout » devrais-je dire) si tu t'estimes impartial ;
    — Quel niveau estimes-tu avoir en C++ ? Je pensais moi-même en avoir fait pratiquement le tour (en lisant un certain nombre de cours) je me suis rendu compte qu'en définitive, je ne savais rien ou presque (j'exagère mais à peine) ;

    ... et surtout :

    — Dans quelles conditions fais-tu passer ce test ? En situation, avec une machine dûment équipée, un café, et trois heures de tranquillité après lesquelles tu reviens voir tes candidats ou bien dans une salle d'examen sur papier, voire même sous forme d'interrogatoire avec un feutre et un tableau blanc ?
    — Tes candidats ont-ils accès à la doc quand ils passent le quiz ? La programmation est quand même devenue une activité dans laquelle il vaut mieux savoir chercher que tout retenir par cœur (surtout quand on sait à quelle vitesse les connaissances deviennent obsolètes).

    J'ai moi-même commencé à écrire mes premiers programmes en BASIC autour de 10 ans peu avant d'entrer au collège. J'en ai aujourd'hui 37. Cela fait donc 27 ans que j'écris des logiciels par passion ou professionnellement. Plusieurs accidents de parcours m'ont obligé à plusieurs reprises à quitter le circuit scolaire et à y revenir jusqu'à suivre une formation d'ingénieur en partenariat il y a un peu plus de cinq ans, que je n'ai malheureusement pas pu conclure car j'ai perdu mon emploi peu avant la fin. Il se trouve que depuis que je travaille, j'ai fait face à pas mal de situations différentes. Après avoir fait mon service national et quelques petits boulot, j'ai fait un certain nombre de mission en SSII comme pas mal d'entre nous (et comme pas mal d'entre nous, j'ai fini par claquer la porte). J'ai occupé mon avant-dernier poste pendant six ans à l'issue duquel mes collègues proches avaient une haute estime de moi, mais où pratiquement tous les autres pensaient que j'étais un stagiaire (même après six de boîte, oui).

    Mon dernier employeur, en revanche, était une boîte de sécurité informatique dont le nom est assez connu dans leur secteur d'activité : il se trouve que j'ai été recruté avant même d'avoir postulé, par réputation, par un membre de l'équipe assez bien placé lui aussi et qui me connaissait simplement par les messages que je déposais depuis plusieurs années sur le forum que l'on fréquentait tous les deux. Je connaissais son pseudo de visu mais nous n'avions jamais pris contact avant cela. J'ai été pratiquement accueilli avec le tapis rouge par son superviseur qui visiblement me considérait également comme un « bon ». Je n'ai donc jamais rien prétendu et heureusement parce que mon recruteur m'a voué un respect tout au long de ma mission alors qu'objectivement, il était meilleur que moi ! À aucun moment je n'ai été franchement dépassé mais à aucun moment non plus je n'ai dominé un développeur de l'équipe de mon savoir et il a fallu que je travaille sans relâche pour me maintenir à niveau.

    Or, il se trouve que cette personne a été chargé, comme toi, de faire du recrutement ou au moins de participer aux entretiens. Comme il était très intransigeant sur ses propres connaissances, il l'a été également dans ses évaluations et là, objectivement, je pense que je n'aurais pas été capable de les passer.

    J'avais moi-même également écrit mes propres tests d'évaluation, notamment en C++, il y a huit à dix ans, avec pas mal de pièges syntaxiques et de petites subtilités que j'avais moi-même rencontrées, en effet. Sauf qu'il ne s'agissait pas de procéder à un écrèmage systématique mais plutôt de voir facilement, en un coup d'œil, si la personne que j'avais en face de moi était capable de s'en sortir avec un peu de doc ou si elle était en mesure de me donner des leçons.

    Ceci pour dire que je me reconnais totalement dans tes propos lorsque tu cherches à écrire le code le plus propre possible. Tu as entièrement raison de le faire et ne supporte pas les gens qui sont volontairement approximatifs quand ils exercent. Tu es probablement très compétent mais malgré cela, je pense que même toi, tu ne serais pas capable de passer un test de même niveau écrit directement par un programmeur de l'équipe que tu souhaites intégrer. D'une part parce qu'il serait lui-même très pointu dans son domaine et d'autre part parce qu'il serait au fait des problématiques rencontrées dans son secteur alors que tu ne le saurais pas encore à ce moment. C'est à cela que servent les périodes d'essai.

    À la limite, si tu peux te le permettre, essaie d'envoyer par mail un exercice de second niveau à un candidat volontaire mais qui n'aurait pas forcément le niveau à l'entretien et laisse lui deux ou trois jours pour le mener à bien. Ça se faisait dans ma dernière compagnie. En général, on a de belles surprises de la part des personnes qu'on a jugé en premier lieu. Ça leur permet aussi de se relire, de déboguer et de prendre le temps d'examiner à tête reposée toutes les approches possibles pour choisir la meilleure .Et c'est bien ce que l'on attend d'eux, en définitive, lorsqu'ils sont en activité.