Intelligence artificielle, genre grammatical féminin

19
8
mar.
2025
Science

À l’occasion de la JournĂ©e internationale des droits des femmes et pour la paix internationale, on va parler d’un sujet « tendance » vu sous un angle un peu spĂ©cifique : celui des femmes qui la font. Parce que, bien que l’on soit amenĂ© Ă  reprocher aux intelligences artificielles une forme de sexisme due Ă  leurs jeux de donnĂ©es, les femmes n’ont pas Ă©tĂ©, ne sont pas Ă©trangĂšres Ă  leur conception. C’est donc l’occasion de donner les portraits de Karen SpĂ€rck Jones (1935 – 2007) et de ChloĂ©-Agathe Azencott qui ont contribuĂ©, et contribuent, Ă  leur existence, et de rappeler les « petits » dĂ©fauts des IA.

Sommaire

Karen SpĂ€rck Jones (1935 – 2007) entre moteur de recherche et traitement automatique du langage

Karen SpĂ€rck Jones fait ses Ă©tudes Ă  Cambridge. Elle commencera sa carriĂšre en 1953 Ă  l’unitĂ© de recherche linguistique de l’universitĂ© avec la linguiste Margaret Mastermann, elle-mĂȘme pionniĂšre dans le domaine de la linguistique informatique. Ses recherches porteront sur les moteurs de recherche et du traitement du langage.

Margaret Mastermann lui confie la mission de programmer un ordinateur qui devait comprendre des mots polysĂ©miques, elle gĂ©nĂšrera un thĂ©saurus. Elle entame Ă©galement une collaboration avec l’informaticien Roger Needham qu’elle Ă©pousera en 1958.

En 1964, Karen SpĂ€rck Jones publie un article d’une importance capitale Synonymy and semantic classification (Synonymie et classification sĂ©mantique), considĂ©rĂ© comme un document fondamental dans le domaine du traitement du langage naturel. Une importance qui s’accroĂźtra avec l’arrivĂ©e du World Wide Web.

À partir de 1994, ses travaux portent sur les outils de recherche d’information, notamment les applications vocales, les interrogations de bases de donnĂ©es, la modĂ©lisation des utilisateurs et des agents, le rĂ©sumĂ© et l’évaluation des systĂšmes d’informations et des systĂšmes linguistiques.

Elle est Ă©lue en 1995 membre de la British Academy (acadĂ©mie des sciences humaines et sociales du Royaume-Uni) dont elle sera vice-prĂ©sidente de 2000 Ă  2002. Elle obtiendra aussi plusieurs prix : le Gerard Salton Award en 1988 (un prix de l’ACM et du SIGIR (en), deux associations Ă©tats-uniennes en informatique), le prix de l’ACL en 2004 (une sociĂ©tĂ© savante amĂ©ricaine spĂ©cialisĂ©e dans le traitement des langues) et la mĂ©daille Lovelace de la British Computer Society en 2007 (sept ans aprĂšs Linus Torvalds).

Elle dira, dans un entretien suite à la réception de la médaille Lovelace :

J’étais sidĂ©rĂ©e. J’ai regardĂ© la liste des prĂ©cĂ©dents rĂ©cipiendaires et j’ai pensĂ© : « Qu’est-ce que je viens faire dans ce groupe de gens ? » Mais j’étais particuliĂšrement enchantĂ©e de voir que j’étais la premiĂšre femme Ă  l’obtenir. TrĂšs agrĂ©able, j’ai vraiment apprĂ©ciĂ©.
Je pense qu’il est trĂšs important de faire en sorte qu’il y ait plus de femmes en informatique. Mon slogan est « l’informatique est trop importante pour ĂȘtre laissĂ©e aux hommes ». NĂ©crologie de Karen SpĂ€rck Jones (en), UniversitĂ© de Cambridge, 4 avril 2007.

ChloĂ©-Agathe Azencott, spĂ©cialiste de l’apprentissage automatique

On change de gĂ©nĂ©ration avec ChloĂ©-Agathe Azencott, elle aurait pu ĂȘtre une petite fille de Karen SpĂ€rck Jones.

ChloĂ©-Agathe Azencott est professeure Ă  l’École des Mines de Paris et Ă  l’Institut Curie oĂč elle enseigne l’apprentissage automatique ou apprentissage statistique ou encore apprentissage machine, en anglais machine learning. Elle a fait ses Ă©tudes Ă  l’IMT Atlantique (ENST Bretagne Ă  son Ă©poque, et, plus familiĂšrement « TĂ©lĂ©coms Bretagne ») et Ă  l’UniversitĂ© de Californie Ă  Irvine (UC Irvine).

Elle est rĂ©cipiendaire, en 2021, du premier prix de la Jeune ingĂ©nieure en intelligence artificielle, organisĂ© par le cabinet de conseil en communication Tilder en partenariat avec France Digitale (une association de startups et de VCs) et le magazine Challenges. Elle est l’autrice d’un livre sur l’apprentissage automatique : Introduction au machine learning chez Dunod, deuxiĂšme Ă©dition fĂ©vrier 2022. On peut en tĂ©lĂ©charger une version PDF gratuitement mais sans les exercices. La version papier est en rĂ©impression.

Comment dĂ©finit-elle l’apprentissage automatique qui est l’un des sous-domaines de l’intelligence artificielle ? Elle commence par dĂ©finir l’apprentissage qui est le fait d’acquĂ©rir une compĂ©tence par l’expĂ©rience et la pratique. Dans une confĂ©rence donnĂ©e le 25 novembre 2021 Ă  l’Institut Henri PoincarĂ© elle ajoute :

j’aime cette dĂ©finition parce que je peux l’appliquer Ă  ce qui se passe avec des humains, donc un enfant qui apprend Ă  marcher en essayant de marcher et plus il s’entraine Ă  marcher, plus il marche. Ça s’applique Ă  mes Ă©tudiants et mes Ă©tudiantes qui, Ă  force de rĂ©soudre des problĂšmes de maths, acquiĂšrent l’expĂ©rience et la compĂ©tence de savoir faire des stats et des probas et puis ça s’applique aussi aux ordinateurs Ă  condition de, peut-ĂȘtre, dĂ©tourner un peu le sens de « compĂ©tences » et d’« expĂ©rience ».

Pour une machine la compétence est un algorithme donc

un nouvel algorithme capable de faire des choses que l’ordinateur n’était pas capable de faire avant et l’expĂ©rience ou la pratique ça va ĂȘtre des exemples ou des donnĂ©es.

DĂ©finition qui peut ĂȘtre complĂ©tĂ©e par celle qu’elle donne dans l’introduction de son livre :

Dans le cas d’un programme informatique, [...], on parle d’apprentissage automatique, ou machine learning, quand ce programme a la capacitĂ© de se modifier lui-mĂȘme sans que cette modification ne soit explicitement programmĂ©e. Cette dĂ©finition est celle donnĂ©e par Arthur Samuel (1959). On peut ainsi opposer un programme classique, qui utilise une procĂ©dure et les donnĂ©es qu’il reçoit en entrĂ©e pour produire en sortie des rĂ©ponses, Ă  un programme d’apprentissage automatique, qui utilise les donnĂ©es et les rĂ©ponses afin de produire la procĂ©dure qui permet d’obtenir les secondes Ă  partir des premiĂšres.
[...]
Ce point de vue informatique sur l’apprentissage automatique justifie que l’on considĂšre qu’il s’agit d’un domaine diffĂ©rent de celui de la statistique. Cependant, nous aurons l’occasion de voir que la frontiĂšre entre infĂ©rence statistique et apprentissage est souvent mince. Il s’agit ici, fondamentalement, de modĂ©liser un phĂ©nomĂšne Ă  partir de donnĂ©es considĂ©rĂ©es comme autant d’observations de celui-ci.

Elle pense toutefois qu’il convient de garder un esprit critique vis-à-vis de l’IA notamment parce que :

l’on y injecte souvent des connaissances dĂ©jĂ  Ă©tablies (lois de la physique, notions de linguistique, connexions entre concepts), ces modĂšles restent essentiellement statistiques et ne mĂšnent aucun raisonnement. L’intelligence artificielle ne remplacera pas les scientifiques, ChloĂ©-Azencott, La Croix, 15 avril 2024

ChloĂ©-Agathe Azencott considĂšre, en outre, qu’il est extrĂȘmement important :

de donner plus de visibilité aux femmes scientifiques, et notamment à celles qui travaillent dans le domaine du machine learning et de la science des données (elles ne représentent que 2% des scientifiques dans ce domaine), mais aussi à toutes les identités, afin de refléter la diversité dans tous ces aspects, y compris social. Chloé-Agathe Azencott, mathématiques et machine learning au service de la recherche médicale, Institut Henri Poincaré, [sd].

Une nécessité qui se démontre ci-aprÚs.

Sexiste, raciste l’IA ?

Avant tout chose, une prĂ©cision. Le sexisme et le racisme ce sont Ă  la fois des opinions et des manifestations. Si les intelligences artificielles n’ont pas d’opinions, en revanche ce qui en sort peut ĂȘtre manifestement raciste ou sexiste et c’est cet aspect-lĂ  qu’on va voir Ă  travers une sĂ©rie d’articles de diverses origines parus entre 2017 et 2024. Les articles sont prĂ©sentĂ©s dans l’ordre chronologique.

Il est intĂ©ressant de voir, Ă  partir de cette sĂ©lection, les questions que pose l’IA et de relever l’impact extrĂȘmement important de cette technologie sur la sociĂ©tĂ©, qu’il s’agisse d’emploi (tri des candidatures), de santĂ©, de droits d’auteurs ou de justice, entre autres.

▶ L’intelligence artificielle reproduit aussi le sexisme et le racisme des humains, Morgane Tual, 15 avril 2017, Le Monde.

L’article se fait le relais d’une Ă©tude de la revue Science (en) du 14 avril 2017 et commence ainsi :

Les femmes associĂ©es aux arts et au foyer, les hommes aux professions scientifiques... Ces stĂ©rĂ©otypes ont tellement la vie dure qu’ils se retrouvent reproduits dans des programmes d’intelligence artificielle (IA).

Un problĂšme qui :

ne se situe pas seulement au niveau du langage. Quand un programme d’IA est devenu jury d’un concours de beautĂ©, en septembre 2016, il a Ă©liminĂ© la plupart des candidats noirs.

L’article signale que ce ne sont pas les IA qui ont des prĂ©jugĂ©s, mais bien nous qui leur donnons les nĂŽtres et relĂšve que cela concerne la sĂ©lection des CV, la justice, les assurances. Au niveau des pistes pour redresser la barre, il est suggĂ©rĂ© une meilleure diversitĂ© au niveau des personnes qui conçoivent les IA (une diversitĂ© trĂšs mise Ă  mal par la nouvelle prĂ©sidence des États-Unis et des patrons des GAFAM). Une autre piste Ă©vidente : travailler sur les donnĂ©es. L’article conclut que la solution du problĂšme serait de modifier les humains.

▶ L’intelligence artificielle, aussi raciste et sexiste que nous, Fabien Goubet, 4 mai 2017, Le temps.ch.

L’article est basĂ© sur la mĂȘme Ă©tude que celle citĂ©e plus haut et il commence assez fort :

Les androĂŻdes rĂȘvent-ils de moutons noirs expulsĂ©s par des moutons blancs ? Avec leurs capacitĂ©s de raisonnement froides, basĂ©es sur des calculs complexes, on imagine les intelligences artificielles dĂ©nuĂ©es de tout prĂ©jugĂ©. C’est tout le contraire, comme vient de le confirmer une Ă©tude parue en avril dans la revue « Science ».

Il explique que le logiciel, GloVe, utilisĂ© pour l’étude :

s’est prĂȘtĂ© au jeu d’association d’idĂ©es. Ce programme est une IA basĂ©e sur le «machine learning», c’est-Ă -dire capable d’apprendre, Ă  partir de nombreux exemples, Ă  classer des informations selon des critĂšres exigĂ©s par un humain. C’est sur ce type d’apprentissage que reposent notamment les algorithmes de reconnaissance d’images utilisĂ©s par Facebook ou Google. Pour entraĂźner GloVe, Aylin Caliskan l’a donc « nourri » avec un gigantesque corpus de 840 milliards de mots (en) issus du Web, en 40 langues diffĂ©rentes. Ses rĂ©ponses laissent songeur. Comme un ĂȘtre humain, le programme a associĂ© des noms de fleurs Ă  des connotations positives, tandis que des noms d’insectes, par exemple, ont Ă©tĂ© catĂ©gorisĂ©s plutĂŽt nĂ©gativement.

Il ajoute que ces « biais plutĂŽt innocents » ont Ă©tĂ© reproduits plus problĂ©matiquement : aux prĂ©noms fĂ©minins les associations avec la famille, aux prĂ©noms masculins celles avec la carriĂšre, et un meilleur traitement Ă©tait rĂ©servĂ© aux noms Ă  consonance europĂ©enne. Comportement qu’un spĂ©cialiste des rĂ©seaux de neurones artificiels et de la thĂ©orie neuronale de la cognition, Claude Touzet, explique :

Les machines capables d’apprentissage sont un miroir du comportement humain. En les nourrissant avec un discours humain forcĂ©ment biaisĂ©, il est naturel qu’elles le reproduisent.

Avec des idées de solutions possibles, par exemple imposer des lois aux IA, ce que Sébastien Konieczny, directeur de recherche au CNRS, trouve difficile car :

on ne sait pas encore vraiment comment rĂ©guler ces algorithmes avec des rĂšgles Ă©thiques et morales, pas plus – et c’est tout aussi inquiĂ©tant – qu’on ne comprend comment la machine a pris sa dĂ©cision.

Une solution possible :

serait d’associer ces algorithmes Ă  d’autres mĂ©thodes permettant, elles, de rendre compte du raisonnement.

▶ Comment une IA peut devenir raciste ou sexiste, Anne Cagan, 25 juin 2020, Journal du geek.

La base de l’article est une interview de StĂ©phane d'Ascoli, qui deviendra docteur en intelligence artificielle en 2022 et venait de publier une livre de vulgarisation « Comprendre la rĂ©volution de l’intelligence artificielle » aux Ă©ditions First. StĂ©phane d’Ascoli donne l’exemple des recrutements biaisĂ©s par les IA :

On a tendance Ă  s’imaginer que les IA sont froides, objectives et parfaitement rationnelles mais ce n’est pas le cas. Elles apprennent de nos donnĂ©es et nos donnĂ©es sont biaisĂ©es. Si, pendant dix ans, les femmes ont Ă©tĂ© dĂ©favorisĂ©es lors du processus de recrutement d’une entreprise et que celle-ci utilise ces donnĂ©es pour entraĂźner une IA, il y a des chances que l’IA dĂ©duise que les CV de femmes sont moins pertinents pour cette entreprise et qu’elle continue de les dĂ©favoriser. Les intelligences artificielles n’ont pas notre esprit critique.

À la question : « comment Ă©viter ces dĂ©rives ». Il rĂ©pond qu’une piste faisable serait d’assurer que :

les jeux de donnĂ©es sur lesquels on va entraĂźner l’IA sont Ă©quilibrĂ©s et diversifiĂ©s.

Et qu’il faut, Ă©videmment, tester l’IA pour vĂ©rifier qu’elle traite tout le monde de façon identique.

▶ L’IA serait-elle raciste ? C’est ce qu’affirme une Ă©tude, Daniel Ichbiah, 18 novembre 2023, Futura.

L’étude en question, datĂ©e de juillet 2023 a Ă©tĂ© menĂ©e par une Ă©quipe plurinationale : Shangbin Feng et Yulia Tsvetkov de l’UniversitĂ© de Washington (USA), Chan Young Park de l’UniversitĂ© privĂ©e Carnegie Mellon (USA) et Yuhan Liu de l’UniversitĂ© Jiaotong de Xi'an (Chine).

À chaque fois, il a Ă©tĂ© notĂ© que les outils d’IA gĂ©nĂ©rative manifestaient des biais sociaux et politiques particuliers, en relation avec le lieu oĂč le corpus de donnĂ©es avait Ă©tĂ© collectĂ©.

L’article relĂšve les inquiĂ©tudes de la Cnil anglaise qui estime que l’usage de l’IA pourrait aboutir Ă  « des consĂ©quences dommageables pour la vie des gens ».

▶ ChatGPT et misogynie : l’intelligence artificielle est-elle sexiste ?, Nadine JĂŒrgensen, 11 fĂ©vrier 2024, TDG (Tribune de GenĂšve).

D’entrĂ©e de jeu, la question est posĂ©e :

Deepfakes sur Taylor Swift et Sibel Arslan, représentations suggestives du corps des femmes: que faire contre une IA parfois machiste ?

L’autrice explique qu’elle a testĂ© ChatGPT et qu’elle a Ă©tĂ© déçue : rĂ©ponses maladroites, insatisfaisantes, voire fausses. Elle ajoute :

Jusqu’à prĂ©sent, l’IA ne semble pas exercer une grande attraction sur le sexe fĂ©minin. En effet, seuls 30% des utilisatrices et des utilisateurs actifs sont des femmes. Elles sont critiques Ă  l’égard des rĂ©sultats de l’IA et ne les perçoivent pas comme justes. Oui, elles ont l’impression de tricher lorsqu’elles utilisent l’IA au quotidien. Elle serait pratique pour les hommes, tandis que les femmes peuvent avoir l’impression d’ĂȘtre moins qualifiĂ©es parce qu’elles la sollicitent.

Elle reprend la question des sources de donnĂ©es des IA et aborde un point intĂ©ressant qui est celui de la rĂ©glementation, la Suisse n’en disposant pas. Elle Ă©voque la question de la propriĂ©tĂ© intellectuelle :

Les artistes et les professionnels des mĂ©dias de notre pays demandent une meilleure protection de leurs droits d’auteur. Et tant d’autres questions, par exemple oĂč et comment l’intelligence artificielle peut se «servir» de contenus créés par l’homme ou comment protĂ©ger nos donnĂ©es personnelles. En outre, il est essentiel de savoir si un contenu a Ă©tĂ© créé avec l’IA ou non.

Elle conclut, aprĂšs avoir indiquĂ© qu’elle avait recommencĂ© Ă  jouer avec l’IA, qu’elle continuera Ă  Ă©crire sa chronique elle-mĂȘme.

▶ Pourquoi les IA gĂ©nĂ©ratives sont-elles sexistes, racistes et homophobes ?, Justine Havelange, 29 juillet 2024, EJO.

Cet article est issu d’une rencontre avec Anne Jobin, chercheuse au dĂ©partement informatique de l’UniversitĂ© de Fribourg (Suisse) prĂ©sidente de la commission fĂ©dĂ©rale des mĂ©dias et spĂ©cialiste des technologies digitales.

« La technologie n’est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre », cette citation de l’historien des sciences Melvin Kranzberg est pour Anna Jobin un guide « pour se rendre compte de la vitesse des changements et de la cohabitation nĂ©cessaire entre nous et la technologie. »

L’IA n’est pas neutre, car elle reproduit les stĂ©rĂ©otypes de notre sociĂ©tĂ© (comme on l’a dĂ©jĂ  vu plus haut).

Les bases de donnĂ©es, mĂȘme gigantesques, sont parfois la source d’un « sous-apprentissage ». Comprenez par lĂ  qu’il n’existe pas assez de donnĂ©es sur certains types de personne.
Ce constat a mobilisĂ© l’UNESCO mais Ă©galement « Numeum », le syndicat [français] de l’industrie du NumĂ©rique. L’une des pistes de solution trouvĂ©es par ces organisations est de diversifier les Ă©quipes de dĂ©veloppeurs et d’ingĂ©nieurs ou de faire appel Ă  des sociologues.

À la question des solutions possibles : l’ajustement des biais, modĂšles, bases de donnĂ©es et algorithmes, est une rĂ©ponse.

▶ Pour finir, et occuper vos futures longues soirĂ©e de printemps, d’étĂ©, d’automne et d’hiver, la lecture du blog Entretien avec un vampire d’un professeur des universitĂ©s en informatique qui a fait un assez triste constat.

Depuis deux ans, les IA gĂ©nĂ©ratives ont dĂ©ferlĂ© absolument partout, et donc aussi dans l’enseignement. Plus spĂ©cifiquement, les Ă©tudiant·e·s s’en servent quotidiennement pour rĂ©soudre les exercices que je leur donne, je le constate, iels me le disent. J’ai beau prĂ©venir qu’en faisant ainsi, l’objet mĂȘme des exercices disparaĂźt (on ne s’exerce plus), le rouleau compresseur marketing les convainc que ça peut les aider et on me dit mĂȘme comment telle ou telle IA est interrogĂ©e pour expliquer le programme qu’elle propose, et les concepts qui vont avec, utilisĂ©e comme une vraie auxiliaire de travail en somme.

L’idĂ©e du blog Ă©tant d’évaluer l’IA comme il le fait avec ses Ă©tudiants et de documenter ce travail.

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