URL: https://linuxfr.org/news/intelligence-artificielle-genre-grammatical-feminin Title: Intelligence artificielle, genre grammatical fĂ©minin Authors: Ysabeau đ§¶ BenoĂźt Sibaud et BAud Date: 2025ćčŽ03æ04æ„T21:09:57+01:00 License: CC By-SA Tags: femme_de_science, karen_spĂ€rck_jones, chloĂ©-agathe_azencott et intelligence_artificielle Score: 19 Ă lâoccasion de la JournĂ©e internationale des droits des femmes et pour la paix internationale, on va parler dâun sujet « tendance » vu sous un angle un peu spĂ©cifique : celui des femmes qui la font. Parce que, bien que lâon soit amenĂ© Ă reprocher aux intelligences artificielles une forme de sexisme due Ă leurs jeux de donnĂ©es, les femmes nâont pas Ă©tĂ©, ne sont pas Ă©trangĂšres Ă leur conception. Câest donc lâoccasion de donner les portraits de Karen SpĂ€rck Jones (1935 â 2007) et de ChloĂ©-Agathe Azencott qui ont contribuĂ©, et contribuent, Ă leur existence, et de rappeler les « petits » dĂ©fauts des IA. ---- [Qui est Karen SpĂ€rck Jones ?](https://central.yourtext.guru/fr/qui-est-karen-sparck-jones/) [LâĂ©nergique Karen SpĂ€rck Jones (1935-2007)](https://mujeresconciencia.com/2017/10/31/la-energica-karen-sparck-jones-1935-2007/) [Karen SpĂ€rck Jones (26 aoĂ»t 1935 â 4 avril 2007)](https://www.cam.ac.uk/news/karen-sparck-jones-26-august-1935-4-april-2007) [Page de Karen SpĂ€rck Jones sur le site de l'UniversitĂ© de Cambridge](https://www.cl.cam.ac.uk/archive/ksj21/) [Site perso de ChloĂ©-Agathe Azencott, parcours, liens vers ses publications et mĂ©dias, etc.](https://cazencott.info/index.php/) [Lâintelligence artificielle ne remplacera pas les scientifiques](https://www.la-croix.com/a-vif/l-intelligence-artificielle-ne-remplacera-pas-les-scientifiques-20240415) [Une intelligence artificielle libre est-elle possible ?](https://linuxfr.org/news/une-intelligence-artificielle-libre-est-elle-possible) ---- # Karen SpĂ€rck Jones (1935 â 2007) entre moteur de recherche et traitement automatique du langage Karen SpĂ€rck Jones fait ses Ă©tudes Ă Cambridge. Elle commencera sa carriĂšre en 1953 Ă lâunitĂ© de recherche linguistique de lâuniversitĂ© avec la linguiste [Margaret Mastermann](https://fr.wikipedia.org/wiki/Margaret_Masterman), elle-mĂȘme pionniĂšre dans le domaine de la linguistique informatique. Ses recherches porteront sur les moteurs de recherche et du traitement du langage. Margaret Mastermann lui confie la mission de programmer un ordinateur qui devait comprendre des mots polysĂ©miques, elle gĂ©nĂšrera un thĂ©saurus. Elle entame Ă©galement une collaboration avec lâinformaticien [Roger Needham](https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Needham) quâelle Ă©pousera en 1958. En 1964, Karen SpĂ€rck Jones publie un article dâune importance capitale _Synonymy and semantic classification_ (Synonymie et classification sĂ©mantique), considĂ©rĂ© comme un document fondamental dans le domaine du traitement du langage naturel. Une importance qui sâaccroĂźtra avec lâarrivĂ©e du World Wide Web. Ă partir de 1994, ses travaux portent sur les outils de recherche dâinformation, notamment les applications vocales, les interrogations de bases de donnĂ©es, la modĂ©lisation des utilisateurs et des agents, le rĂ©sumĂ© et lâĂ©valuation des systĂšmes dâinformations et des systĂšmes linguistiques. Elle est Ă©lue en 1995 membre de la [British Academy](https://fr.wikipedia.org/wiki/British_Academy) (acadĂ©mie des sciences humaines et sociales du Royaume-Uni) dont elle sera vice-prĂ©sidente de 2000 Ă 2002. Elle obtiendra aussi plusieurs prix : le Gerard Salton Award en 1988 (un prix de lâ[ACM](https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_for_Computing_Machinery) et du [SIGIR (en)](https://en.wikipedia.org/wiki/Special_Interest_Group_on_Information_Retrieval), deux associations Ă©tats-uniennes en informatique), le prix de lâ[ACL](https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_for_Computational_Linguistics) en 2004 (une sociĂ©tĂ© savante amĂ©ricaine spĂ©cialisĂ©e dans le traitement des langues) et la [mĂ©daille Lovelace](https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9daille_Lovelace) de la British Computer Society en 2007 (sept ans aprĂšs Linus Torvalds). Elle dira, dans un entretien suite Ă la rĂ©ception de la mĂ©daille Lovelace :>JâĂ©tais sidĂ©rĂ©e. Jâai regardĂ© la liste des prĂ©cĂ©dents rĂ©cipiendaires et jâai pensĂ© : « Quâest-ce que je viens faire dans ce groupe de gens ? » Mais jâĂ©tais particuliĂšrement enchantĂ©e de voir que jâĂ©tais la premiĂšre femme Ă lâobtenir. TrĂšs agrĂ©able, jâai vraiment apprĂ©ciĂ©. Je pense quâil est trĂšs important de faire en sorte quâil y ait plus de femmes en informatique. Mon slogan est _« lâinformatique est trop importante pour ĂȘtre laissĂ©e aux hommes »_. [NĂ©crologie de Karen SpĂ€rck Jones (en)](https://www.cam.ac.uk/news/karen-sparck-jones-26-august-1935-4-april-2007), UniversitĂ© de Cambridge, 4 avril 2007. # ChloĂ©-Agathe Azencott, spĂ©cialiste de lâapprentissage automatique On change de gĂ©nĂ©ration avec ChloĂ©-Agathe Azencott, elle aurait pu ĂȘtre une petite fille de Karen SpĂ€rck Jones. ChloĂ©-Agathe Azencott est professeure Ă lâ[Ăcole des Mines de Paris](https://www.minesparis.psl.eu/) et Ă lâ[Institut Curie](https://curie.fr/) oĂč elle enseigne lâapprentissage automatique ou apprentissage statistique ou encore apprentissage machine, en anglais _machine learning_. Elle a fait ses Ă©tudes Ă lâ[IMT Atlantique](http://www.imt-atlantique.fr) (ENST Bretagne Ă son Ă©poque, et, plus familiĂšrement « TĂ©lĂ©coms Bretagne ») et Ă lâUniversitĂ© de Californie Ă Irvine ([UC Irvine](https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Californie_%C3%A0_Irvine)). Elle est rĂ©cipiendaire, en 2021, du [premier prix de la Jeune ingĂ©nieure en intelligence artificielle](https://www.tilder.com/le-1er-prix-de-la-jeune-ingenieure-en-ia-est-attribue-a-chloe-agathe-azencott/), organisĂ© par le cabinet de conseil en communication Tilder en partenariat avec [France Digitale](https://francedigitale.org) (une association de startups et de VCs) et le magazine [Challenges](https://www.challenges.fr/entreprise/tech-numerique/chloe-agathe-azencott-laureate-du-prix-de-la-jeune-ingenieure-en-ia_789636). Elle est lâautrice dâun livre sur lâapprentissage automatique : [Introduction au machine learning](https://cazencott.info/index.php/pages/Introduction-au-Machine-Learning) chez Dunod, deuxiĂšme Ă©dition fĂ©vrier 2022. On peut en [tĂ©lĂ©charger une version PDF](http://cazencott.info/dotclear/public/lectures/IntroML_Azencott_2022.pdf) gratuitement mais sans les exercices. La version papier est en rĂ©impression. Comment dĂ©finit-elle lâapprentissage automatique qui est lâun des sous-domaines de lâintelligence artificielle ? Elle commence par dĂ©finir lâapprentissage qui est le fait dâacquĂ©rir une compĂ©tence par lâexpĂ©rience et la pratique. Dans une [confĂ©rence donnĂ©e le 25 novembre 2021 Ă lâInstitut Henri PoincarĂ©](https://www.ihp.fr/fr/chloe-agathe-azencott) elle ajoute :>jâaime cette dĂ©finition parce que je peux lâappliquer Ă ce qui se passe avec des humains, donc un enfant qui apprend Ă marcher en essayant de marcher et plus il sâentraine Ă marcher, plus il marche. Ăa sâapplique Ă mes Ă©tudiants et mes Ă©tudiantes qui, Ă force de rĂ©soudre des problĂšmes de maths, acquiĂšrent lâexpĂ©rience et la compĂ©tence de savoir faire des stats et des probas et puis ça sâapplique aussi aux ordinateurs Ă condition de, peut-ĂȘtre, dĂ©tourner un peu le sens de « compĂ©tences » et dâ« expĂ©rience ». Pour une machine la compĂ©tence est un algorithme donc > un nouvel algorithme capable de faire des choses que lâordinateur nâĂ©tait pas capable de faire avant et lâexpĂ©rience ou la pratique ça va ĂȘtre des exemples ou des donnĂ©es. DĂ©finition qui peut ĂȘtre complĂ©tĂ©e par celle quâelle donne dans lâintroduction de son livre :>Dans le cas dâun programme informatique, [...], on parle dâapprentissage automatique, ou machine learning, quand ce programme a la capacitĂ© de se modifier lui-mĂȘme sans que cette modification ne soit explicitement programmĂ©e. Cette dĂ©finition est celle donnĂ©e par Arthur Samuel (1959). On peut ainsi opposer un programme classique, qui utilise une procĂ©dure et les donnĂ©es quâil reçoit en entrĂ©e pour produire en sortie des rĂ©ponses, Ă un programme dâapprentissage automatique, qui utilise les donnĂ©es et les rĂ©ponses afin de produire la procĂ©dure qui permet dâobtenir les secondes Ă partir des premiĂšres. [...] Ce point de vue informatique sur lâapprentissage automatique justifie que lâon considĂšre quâil sâagit dâun domaine diffĂ©rent de celui de la statistique. Cependant, nous aurons lâoccasion de voir que la frontiĂšre entre infĂ©rence statistique et apprentissage est souvent mince. Il sâagit ici, fondamentalement, de modĂ©liser un phĂ©nomĂšne Ă partir de donnĂ©es considĂ©rĂ©es comme autant dâobservations de celui-ci. Elle pense toutefois quâil convient de garder un esprit critique vis-Ă -vis de lâIA notamment parce que :>lâon y injecte souvent des connaissances dĂ©jĂ Ă©tablies (lois de la physique, notions de linguistique, connexions entre concepts), ces modĂšles restent essentiellement statistiques et ne mĂšnent aucun raisonnement. [Lâintelligence artificielle ne remplacera pas les scientifiques](https://www.la-croix.com/a-vif/l-intelligence-artificielle-ne-remplacera-pas-les-scientifiques-20240415), ChloĂ©-Azencott, La Croix, 15 avril 2024 ChloĂ©-Agathe Azencott considĂšre, en outre, quâil est extrĂȘmement important :>de donner plus de visibilitĂ© aux femmes scientifiques, et notamment Ă celles qui travaillent dans le domaine du machine learning et de la science des donnĂ©es (elles ne reprĂ©sentent que 2% des scientifiques dans ce domaine), mais aussi Ă toutes les identitĂ©s, afin de reflĂ©ter la diversitĂ© dans tous ces aspects, y compris social. [ChloĂ©-Agathe Azencott, mathĂ©matiques et machine learning au service de la recherche mĂ©dicale](https://www.ihp.fr/fr/chloe-agathe-azencott), Institut Henri PoincarĂ©, [sd]. Une nĂ©cessitĂ© qui se dĂ©montre ci-aprĂšs. # Sexiste, raciste lâIA ? Avant tout chose, une prĂ©cision. Le sexisme et le racisme ce sont Ă la fois des opinions et des manifestations. Si les intelligences artificielles nâont pas dâopinions, en revanche ce qui en sort peut ĂȘtre manifestement raciste ou sexiste et câest cet aspect-lĂ quâon va voir Ă travers une sĂ©rie dâarticles de diverses origines parus entre 2017 et 2024. Les articles sont prĂ©sentĂ©s dans lâordre chronologique. Il est intĂ©ressant de voir, Ă partir de cette sĂ©lection, les questions que pose lâIA et de relever lâimpact extrĂȘmement important de cette technologie sur la sociĂ©tĂ©, quâil sâagisse dâemploi (tri des candidatures), de santĂ©, de droits dâauteurs ou de justice, entre autres. â¶ [Lâintelligence artificielle reproduit aussi le sexisme et le racisme des humains](https://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/04/15/quand-l-intelligence-artificielle-reproduit-le-sexisme-et-le-racisme-des-humains_5111646_4408996.html), Morgane Tual, 15 avril 2017, Le Monde. Lâarticle se fait le relais dâune Ă©tude de la revue [Science (en)](https://www.science.org/doi/10.1126/science.aal4230) du 14 avril 2017 et commence ainsi :>Les femmes associĂ©es aux arts et au foyer, les hommes aux professions scientifiques... Ces stĂ©rĂ©otypes ont tellement la vie dure quâils se retrouvent reproduits dans des programmes dâintelligence artificielle (IA). Un problĂšme qui :>ne se situe pas seulement au niveau du langage. Quand un programme dâIA est devenu jury dâun concours de beautĂ©, en septembre 2016, il a Ă©liminĂ© la plupart des candidats noirs. Lâarticle signale que ce ne sont pas les IA qui ont des prĂ©jugĂ©s, mais bien nous qui leur donnons les nĂŽtres et relĂšve que cela concerne la sĂ©lection des CV, la justice, les assurances. Au niveau des pistes pour redresser la barre, il est suggĂ©rĂ© une meilleure diversitĂ© au niveau des personnes qui conçoivent les IA (une diversitĂ© trĂšs mise Ă mal par la nouvelle prĂ©sidence des Ătats-Unis et des patrons des GAFAM). Une autre piste Ă©vidente : travailler sur les donnĂ©es. Lâarticle conclut que la solution du problĂšme serait de modifier les humains. â¶ [Lâintelligence artificielle, aussi raciste et sexiste que nous](https://www.letemps.ch/sciences/lintelligence-artificielle-raciste-sexiste), Fabien Goubet, 4 mai 2017, Le temps.ch. Lâarticle est basĂ© sur la mĂȘme Ă©tude que celle citĂ©e plus haut et il commence assez fort :>Les androĂŻdes rĂȘvent-ils de moutons noirs expulsĂ©s par des moutons blancs ? Avec leurs capacitĂ©s de raisonnement froides, basĂ©es sur des calculs complexes, on imagine les intelligences artificielles dĂ©nuĂ©es de tout prĂ©jugĂ©. Câest tout le contraire, comme vient de le confirmer une Ă©tude parue en avril dans la revue « Science ». Il explique que le logiciel, GloVe, utilisĂ© pour lâĂ©tude :>sâest prĂȘtĂ© au jeu dâassociation dâidĂ©es. Ce programme est une IA basĂ©e sur le «machine learning», câest-Ă -dire capable dâapprendre, Ă partir de nombreux exemples, Ă classer des informations selon des critĂšres exigĂ©s par un humain. Câest sur ce type dâapprentissage que reposent notamment les algorithmes de reconnaissance dâimages utilisĂ©s par Facebook ou Google. Pour entraĂźner GloVe, Aylin Caliskan lâa donc « nourri » avec [un gigantesque corpus de 840 milliards de mots (en)](http://commoncrawl.org/) issus du Web, en 40 langues diffĂ©rentes. Ses rĂ©ponses laissent songeur. Comme un ĂȘtre humain, le programme a associĂ© des noms de fleurs Ă des connotations positives, tandis que des noms dâinsectes, par exemple, ont Ă©tĂ© catĂ©gorisĂ©s plutĂŽt nĂ©gativement. Il ajoute que ces « biais plutĂŽt innocents » ont Ă©tĂ© reproduits plus problĂ©matiquement : aux prĂ©noms fĂ©minins les associations avec la famille, aux prĂ©noms masculins celles avec la carriĂšre, et un meilleur traitement Ă©tait rĂ©servĂ© aux noms Ă consonance europĂ©enne. Comportement quâun spĂ©cialiste des rĂ©seaux de neurones artificiels et de la thĂ©orie neuronale de la cognition, Claude Touzet, explique :>Les machines capables dâapprentissage sont un miroir du comportement humain. En les nourrissant avec un discours humain forcĂ©ment biaisĂ©, il est naturel quâelles le reproduisent. Avec des idĂ©es de solutions possibles, par exemple imposer des lois aux IA, ce que [SĂ©bastien Konieczny](https://www.cril.univ-artois.fr/~konieczny/sebastien.php?page=index&lang=fr), directeur de recherche au CNRS, trouve difficile car :>on ne sait pas encore vraiment comment rĂ©guler ces algorithmes avec des rĂšgles Ă©thiques et morales, pas plus â et câest tout aussi inquiĂ©tant â quâon ne comprend comment la machine a pris sa dĂ©cision. Une solution possible :>serait dâassocier ces algorithmes Ă dâautres mĂ©thodes permettant, elles, de rendre compte du raisonnement. â¶ [Comment une IA peut devenir raciste ou sexiste](https://www.journaldugeek.com/dossier/racisme-sexisme-intelligence-artificielle-discrimination/), Anne Cagan, 25 juin 2020, Journal du geek. La base de lâarticle est une interview de [StĂ©phane d'Ascoli](https://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9phane_d%27Ascoli), qui deviendra docteur en intelligence artificielle en 2022 et venait de publier une livre de vulgarisation « Comprendre la rĂ©volution de lâintelligence artificielle » aux Ă©ditions First. StĂ©phane dâAscoli donne lâexemple des recrutements biaisĂ©s par les IA :>On a tendance Ă sâimaginer que les IA sont froides, objectives et parfaitement rationnelles mais ce nâest pas le cas. Elles apprennent de nos donnĂ©es et nos donnĂ©es sont biaisĂ©es. Si, pendant dix ans, les femmes ont Ă©tĂ© dĂ©favorisĂ©es lors du processus de recrutement dâune entreprise et que celle-ci utilise ces donnĂ©es pour entraĂźner une IA, il y a des chances que lâIA dĂ©duise que les CV de femmes sont moins pertinents pour cette entreprise et quâelle continue de les dĂ©favoriser. Les intelligences artificielles nâont pas notre esprit critique. Ă la question : « comment Ă©viter ces dĂ©rives ». Il rĂ©pond quâune piste faisable serait dâassurer que :>les jeux de donnĂ©es sur lesquels on va entraĂźner lâIA sont Ă©quilibrĂ©s et diversifiĂ©s. Et quâil faut, Ă©videmment, tester lâIA pour vĂ©rifier quâelle traite tout le monde de façon identique. â¶ [LâIA serait-elle raciste ? Câest ce quâaffirme une Ă©tude](https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/intelligence-artificielle-ia-serait-elle-raciste-cest-ce-quaffirme-etude-108931/), Daniel Ichbiah, 18 novembre 2023, Futura. LâĂ©tude en question, datĂ©e de juillet 2023 a Ă©tĂ© menĂ©e par une Ă©quipe plurinationale : Shangbin Feng et Yulia Tsvetkov de lâUniversitĂ© de Washington (USA), Chan Young Park de lâUniversitĂ© privĂ©e Carnegie Mellon (USA) et Yuhan Liu de lâUniversitĂ© Jiaotong de Xi'an (Chine).> Ă chaque fois, il a Ă©tĂ© notĂ© que les outils dâIA gĂ©nĂ©rative manifestaient des biais sociaux et politiques particuliers, en relation avec le lieu oĂč le corpus de donnĂ©es avait Ă©tĂ© collectĂ©. Lâarticle relĂšve les inquiĂ©tudes de la Cnil anglaise qui estime que lâusage de lâIA pourrait aboutir à « des consĂ©quences dommageables pour la vie des gens ». â¶ [ChatGPT et misogynie : lâintelligence artificielle est-elle sexiste ?](https://www.tdg.ch/chatgpt-et-misogynie-lintelligence-artificielle-est-elle-sexiste-517226451887), Nadine JĂŒrgensen, 11 fĂ©vrier 2024, TDG (Tribune de GenĂšve). DâentrĂ©e de jeu, la question est posĂ©e :>Deepfakes sur Taylor Swift et Sibel Arslan, reprĂ©sentations suggestives du corps des femmes: que faire contre une IA parfois machiste ? Lâautrice explique quâelle a testĂ© ChatGPT et quâelle a Ă©tĂ© déçue : rĂ©ponses maladroites, insatisfaisantes, voire fausses. Elle ajoute :>JusquâĂ prĂ©sent, lâIA ne semble pas exercer une grande attraction sur le sexe fĂ©minin. En effet, seuls 30% des utilisatrices et des utilisateurs actifs sont des femmes. Elles sont critiques Ă lâĂ©gard des rĂ©sultats de lâIA et ne les perçoivent pas comme justes. Oui, elles ont lâimpression de tricher lorsquâelles utilisent lâIA au quotidien. Elle serait pratique pour les hommes, tandis que les femmes peuvent avoir lâimpression dâĂȘtre moins qualifiĂ©es parce quâelles la sollicitent. Elle reprend la question des sources de donnĂ©es des IA et aborde un point intĂ©ressant qui est celui de la rĂ©glementation, la Suisse nâen disposant pas. Elle Ă©voque la question de la propriĂ©tĂ© intellectuelle :>Les artistes et les professionnels des mĂ©dias de notre pays demandent une meilleure protection de leurs droits dâauteur. Et tant dâautres questions, par exemple oĂč et comment lâintelligence artificielle peut se «servir» de contenus créés par lâhomme ou comment protĂ©ger nos donnĂ©es personnelles. En outre, il est essentiel de savoir si un contenu a Ă©tĂ© créé avec lâIA ou non. Elle conclut, aprĂšs avoir indiquĂ© quâelle avait recommencĂ© Ă jouer avec lâIA, quâelle continuera Ă Ă©crire sa chronique elle-mĂȘme. â¶ [Pourquoi les IA gĂ©nĂ©ratives sont-elles sexistes, racistes et homophobes ?](https://fr.ejo.ch/deontologie-qualite/pourquoi-les-intelligences-artificielles-ne-sont-pas-neutres), Justine Havelange, 29 juillet 2024, EJO. Cet article est issu dâune rencontre avec [Anne Jobin](https://www.unifr.ch/inf/fr/all/people/2823/6bfd2), chercheuse au dĂ©partement informatique de lâUniversitĂ© de Fribourg (Suisse) prĂ©sidente de la commission fĂ©dĂ©rale des mĂ©dias et spĂ©cialiste des technologies digitales.>« La technologie nâest ni bonne, ni mauvaise, ni neutre », cette citation de lâhistorien des sciences Melvin Kranzberg est pour Anna Jobin un guide « pour se rendre compte de la vitesse des changements et de la cohabitation nĂ©cessaire entre nous et la technologie. » LâIA nâest pas neutre, car elle reproduit les stĂ©rĂ©otypes de notre sociĂ©tĂ© (comme on lâa dĂ©jĂ vu plus haut).> Les bases de donnĂ©es, mĂȘme gigantesques, sont parfois la source dâun « sous-apprentissage ». Comprenez par lĂ quâil nâexiste pas assez de donnĂ©es sur certains types de personne. Ce constat a mobilisĂ© lâUNESCO mais Ă©galement « [Numeum](https://numeum.fr/) », le syndicat [français] de lâindustrie du NumĂ©rique. Lâune des pistes de solution trouvĂ©es par ces organisations est de diversifier les Ă©quipes de dĂ©veloppeurs et dâingĂ©nieurs ou de faire appel Ă des sociologues. Ă la question des solutions possibles : lâajustement des biais, modĂšles, bases de donnĂ©es et algorithmes, est une rĂ©ponse. â¶ Pour finir, et occuper vos futures longues soirĂ©e de printemps, dâĂ©tĂ©, dâautomne et dâhiver, la lecture du blog [Entretien avec un vampire](https://www.ibisc.univ-evry.fr/~fpommereau/blog/entretien-avec-un-vampire.html) dâun professeur des universitĂ©s en informatique qui a fait un assez triste constat.>Depuis deux ans, les IA gĂ©nĂ©ratives ont dĂ©ferlĂ© absolument partout, et donc aussi dans lâenseignement. Plus spĂ©cifiquement, les Ă©tudiant·e·s sâen servent quotidiennement pour rĂ©soudre les exercices que je leur donne, je le constate, iels me le disent. Jâai beau prĂ©venir quâen faisant ainsi, lâobjet mĂȘme des exercices disparaĂźt (on ne sâexerce plus), le rouleau compresseur marketing les convainc que ça peut les aider et on me dit mĂȘme comment telle ou telle IA est interrogĂ©e pour expliquer le programme quâelle propose, et les concepts qui vont avec, utilisĂ©e comme une vraie auxiliaire de travail en somme. LâidĂ©e du blog Ă©tant dâĂ©valuer lâIA comme il le fait avec ses Ă©tudiants et de documenter ce travail.