P/poly
En informatique théorique, plus précisément en théorie de la complexité, P/poly est la classe de problèmes de décision décidés par une famille de circuits booléens de tailles polynomiales. Cette classe a été introduite par Karp et Lipton en 1980[1] . Cette classe est importante, car comme P est incluse dans P/poly, si on démontre que NP ⊈ P/poly, alors on résout le problème ouvert P est différent de NP [2] .
Définitions
[modifier | modifier le code ]Il y a deux définitions équivalentes, la première donnée avec le modèle de calcul des circuits booléens[3] , l'autre avec des machines de Turing[4] .
Définition par circuits
[modifier | modifier le code ]Une famille de circuits {\displaystyle {\mathcal {C}}} est une suite infinie {\displaystyle {\mathcal {C}}_{0}}, {\displaystyle {\mathcal {C}}_{1}}, ..., {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}}, ... où {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} est un circuit booléen {\displaystyle n} bits d'entrée. Lorsque {\displaystyle x} est une chaîne de bits de longueur {\displaystyle n}, on notera {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}\left[x\right]} le résultat de l'évaluation du circuit {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} lorsque le {\displaystyle i}ème bit d'entrée de {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} est affecté à la valeur du {\displaystyle i}ème bit de {\displaystyle x}, pour tout {\displaystyle i\in \{1,2,...,n\}}.
La classe P/poly est la classe des langages {\displaystyle L\subseteq \{0,1\}^{*}} tels qu'il existe une famille de circuits {\displaystyle {\mathcal {C}}} et un polynôme {\displaystyle p} tels que :
- la taille de {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} est au plus {\displaystyle p(n)} ;
- pour tout {\displaystyle x\in \left\{0,1\right\}^{*}}, {\displaystyle x\in L} si et seulement si {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}[x]} est vrai, où {\displaystyle n} est la taille de {\displaystyle x}.
On dit d'un langage satisfaisant cette propriété qu'il a des circuits polynomiaux.
Définition par machine de Turing avec conseils
[modifier | modifier le code ]On peut définir P/poly de manière équivalente en utilisant des machines de Turing déterministes qui prennent conseil. Une telle machine, a le droit d'utiliser un mot fini cn, qui sert de conseil pour traiter toutes les instances x de taille n. Un problème est dans P/poly s'il existe une machine de Turing M en temps polynomial et une suite de mots finis c0, c1, c2,... où cn est de taille polynomiale en n, tels que pour tout mot x de longueur n, x est une instance positive ssi M(x, cn) = 1. Les mots finis c0, c1, c2,... s'appellent des conseils.
Propriétés
[modifier | modifier le code ]P/poly et P
[modifier | modifier le code ]La classe P est incluse dans la classe P/poly (P peut être définie comme P/poly sauf avec des familles de circuits uniformes en temps polynomial). P/poly contient des problèmes décidables et hors de P[réf. nécessaire] .
P/poly contient des langages indécidables
[modifier | modifier le code ]Remarquons qu'il n'est pas nécessaire que le circuit correspondant à une entrée de taille {\displaystyle n} puisse être construit en temps polynomial, ni même de façon déterministe. Cela a une conséquence étrange : il existe des langages indécidables qui ont des circuits polynomiaux. En effet, soit {\displaystyle L} un langage indécidable sur l'alphabet {\displaystyle \{0,1\}}, et {\displaystyle U} le langage des mots {\displaystyle 1^{n}} (autrement dit, {\displaystyle n} écrit en unaire) tels que {\displaystyle n}, écrit en binaire, est dans {\displaystyle L}. Il est clair que {\displaystyle U} est indécidable, pourtant il a des circuits polynomiaux : si {\displaystyle n} est dans {\displaystyle L}, alors {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} est la conjonction des {\displaystyle n} bits d'entrée ; sinon {\displaystyle {\mathcal {C}}_{n}} est juste le booléen faux.
Théorème d'Adleman
[modifier | modifier le code ]Le théorème d'Adleman, démontré par Leonard Adleman (Adleman 1978), énonce que BPP est inclus dans P/poly[5] .
Importance de P/poly
[modifier | modifier le code ]P/poly a une place importante en théorie de la complexité : plusieurs propriétés importantes s'expriment à l'aide de P/poly :
- Si NP est inclus dans P/poly, alors la hiérarchie polynomiale s'effondre au niveau 2 (c'est le théorème de Karp-Lipton (Karp et Lipton 1980)), et de plus, on a AM = MA .
- Si NP n'est pas inclus dans P/poly, comme P l'est, on en déduit que P est différent de NP.
- Si PSPACE est inclus dans P/poly, alors PSPACE {\displaystyle =\Sigma _{2}^{\rm {P}}}, et on a même PSPACE = MA
- Si EXPSPACE est inclus dans P/poly, alors EXPSPACE {\displaystyle =\Sigma _{2}^{\rm {P}}} (c'est le théorème de Meyer), et on a même EXPSPACE = MA.
Caractérisation
[modifier | modifier le code ]Il y a équivalence[6] entre :
- Un langage A est dans P/poly
- il existe un langage creux S tel que A est réductible au sens de Turing en temps polynomial à S,
- il existe un langage unaire T tel que A est réductible au sens de Turing en temps polynomial à T.
L'équivalence entre 1 et 2 est attribué à A. Meyer selon [7] (comme indiqué dans [6] ) et l'équivalence entre 2 et 3 est montré dans [8] .
Références
[modifier | modifier le code ]- ↑ Richard M. Karp et Richard J. Lipton, « Some Connections Between Nonuniform and Uniform Complexity Classes », Proceedings of the Twelfth Annual ACM Symposium on Theory of Computing, ACM, sTOC '80, , p. 302–309 (ISBN 9780897910170, DOI 10.1145/800141.804678 , lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Sanjeev Arora et Boaz Barak, Computational Complexity : A Modern Approach, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-42426-7), chap. 6 (« Boolean circuits »), p. 6.5
- ↑ (en) Sanjeev Arora et Boaz Barak, Computational Complexity : A Modern Approach, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-42426-7), chap. 6 (« Boolean circuits »), p. 108, Def. 6.5
- ↑ (en) Sanjeev Arora et Boaz Barak, Computational Complexity : A Modern Approach, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-42426-7), chap. 6 (« Boolean circuits »), p. 6.3, Th. 6.18
- ↑ Sylvain Perifel, Complexité algorithmique, Ellipses, , 432 p. (ISBN 9782729886929, lire en ligne), chap. 625 (« Circuits et algorithmes probabilistes »), p. 163
- ↑ a et b (en) Ronald V. Book, « On Sets with Small Information Content », dans Kolmogorov Complexity and Computational Complexity, Springer Berlin Heidelberg, coll. « EATCS Monographs on Theoretical Computer Science », (ISBN 9783642777356, DOI 10.1007/978-3-642-77735-6_3 , lire en ligne), p. 23–42
- ↑ L. Berman et J. Hartmanis, « On Isomorphisms and Density of $NP$ and Other Complete Sets », SIAM Journal on Computing, vol. 6, no 2, , p. 305–322 (ISSN 0097-5397 , DOI 10.1137/0206023 , lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-GB) José Luis Balcázar, Josep Díaz et Joaquim Gabarró, Structural Complexity I, coll. « EATCS Monographs on Theoretical Computer Science Series », (DOI 10.1007/978-3-642-97062-7 , lire en ligne)
Bibliographie
[modifier | modifier le code ]- Jean Goubault-Larrecq, Classes de complexité randomisées, [(fr) lire en ligne]
- (en) Leonard M. Adleman, « Two theorems on random polynomial time », dans Proceedings of the Nineteenth Annual IEEE Symposium on Foundations of Computer Science, , 75–83 p. (DOI 10.1109/SFCS.1978.37 )
- (en) Richard M. Karp et Richard J. Lipton, « Some Connections between Nonuniform and Uniform Complexity Classes », dans Proceedings of the 12th Annual ACM Symposium on Theory of Computing, April 28-30, 1980, Los Angeles, California, USA, , 302-309 p.
Lien externe
[modifier | modifier le code ](en) La classe P/poly sur le Complexity Zoo
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