Il établit un canal sécurisé entre vous et le site web
et vous garantit l’authenticité du site que vous visitez.
Ce sont bien deux choses en effet, et malheureusement sur le web ces deux choses-là ne sont jamais dissociées.
Hors ce sont deux besoins :
savoir que seul le correspondant entend notre dialogue
savoir que le correspondant est le bon
Et parfois on serait satisfait de n'avoir déjà que le premier besoin de satisfait, et parfois on n'a pas besoin du premier.
Alors j'entends d'ici ceux qui feront remarquer « à quoi sert de chiffrer si tu ne peux pas authentifier ton correspondant ? », mais je leur ferai remarquer que cette remarque n'est qu'une variante subtile du « ceux qui ont rien à se reprocher n'ont rien à cacher ».
Il est toujours bon de chiffrer, même quand le correspondant n'est pas authentifié.
Le problème c'est que les navigateurs (comme Firefox) mettent énormément de bâtons dans les roues des internautes qui naviguent sur des sites chiffrés non authentifiés parce que non authentifiables. Est souvent invoquée la raison des banques et autres services critiques : si on ne dit plus qu'un site n'est pas authentifié parce que non authentifiable, comment s'assurer que le site est authentifié quand on a besoin d'authentification ?
Et bien en fait cette remarque n'a pas de sens. Si tous les sites étaient en HTTPS et que l'HTTP n'existait pas, et bien on ne mettrait de symbole cadenas ou autre marqueur de sécurité avancée qu'en cas d'authentification vérifiée (chaîne de confiance etc.), le chiffrement allant de soi.
Imaginez si SSH n'était possible qu'entre possesseurs de certificat certifié avec déclaration d'identité préalable, prise d'empreinte et enregistrement auprès d'une chaîne d'autorité ? et qu'à cause de cette contrainte le commun des mortels en était réduit à se satisfaire de telnet ?
Dans l'état actuel des choses, il n'existe pas vraiment d'intermédiaire grand public entre le fait d'être à poil sur le net et le canal chiffré avec agent assermenté. C'est là qu'on arrive au « si tu n'as rien à cacher tu ne dois rien cacher ».
Car le problème n'est pas le chiffrement, mais l'authentification. Il est possible de ne pas faire confiance en l'authentification, mais que l'on souhaite tout de même le chiffrement. Par exemple, si on ne fait pas confiance en l'autorité, l'authentification n'est pas jugée fiable, mais ça n'oblige pas à se déshabiller.
Et donc si on reprend les besoins :
savoir que seul le correspondant entend notre dialogue
savoir que le correspondant est le bon
Le premier n'est actuellement permis que si le second est possible, hors :
Peut-être que parfois on n'a pas besoin d'authentifier (si seul le contenu importe, par exemple)
Peut-être que parfois on ne veut pas authentifier (l'authentification serait un danger)
Peut-être que parfois on ne fait pas faire confiance à l'authentification proposée (le système proposé est pourri ou dangereux)
Peut-être que parfois on veut authentifier différemment (rien ne dit qu'une signature ne sera pas transmise, par exemple
Voilà le vrai problème ! Pour avoir droit à un chiffrement accessible au grand public, il faut être authentifiable (dit autrement, dénonçable1).
Ce qui signifie tout simplement que :
le secret des correspondances n'est permis que si l'identité d'au moins un des correspondant n'est pas secrète (hum).
Ce qui signifie encore :
le secret des correspondances n'est permis que si l'on sait où placer une taupe à l'extérieur du chiffrage.
le secret des correspondances n'est permis que si la coercition est possible.
En gros, le chiffrement n'est permis que si la clé à molette est permise :
Actual actual reality: nobody cares about his secrets. (Also, I would be hard-pressed to find that wrench for 5ドル.)
Bref, en ne dissociation pas chiffrement et authentification déclarée, on rend PRISM possible.
Quand Firefox râle parce que le certificat CAcert utilisé par LinuxFr ne joue pas dans la cours des grands, il faut comprendre : « désolé petit, on ne sait pas si ce site est compatible PRISM », « si tu veux continuer met la main sur le cœur et répète trois fois "je ferai attention promis et je ne le referai plus" ».
Les gars de Firefox n'ont peut-être pas pensé à cela...
________
1par exemple, même chez le moins cher (StartSSL) si on veut pouvoir faire des certificats un peu avancé (wildcard et tout) il faut présenter deux pièces d'identité, typiquement une CNI et un passeport. Parfois on veut seulement chiffrer. Il n'est pas toujours nécessaire de laisser ses gros doigts partout, parfois ça ne sert absolument à rien !
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
# le vrai et le faux
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Scandale de la NSA et cryptographie, le vrai du faux. Évalué à 10. Dernière modification le 11 octobre 2013 à 21:49.
Ce sont bien deux choses en effet, et malheureusement sur le web ces deux choses-là ne sont jamais dissociées.
Hors ce sont deux besoins :
Et parfois on serait satisfait de n'avoir déjà que le premier besoin de satisfait, et parfois on n'a pas besoin du premier.
Alors j'entends d'ici ceux qui feront remarquer « à quoi sert de chiffrer si tu ne peux pas authentifier ton correspondant ? », mais je leur ferai remarquer que cette remarque n'est qu'une variante subtile du « ceux qui ont rien à se reprocher n'ont rien à cacher ».
Il est toujours bon de chiffrer, même quand le correspondant n'est pas authentifié.
Le problème c'est que les navigateurs (comme Firefox) mettent énormément de bâtons dans les roues des internautes qui naviguent sur des sites chiffrés non authentifiés parce que non authentifiables. Est souvent invoquée la raison des banques et autres services critiques : si on ne dit plus qu'un site n'est pas authentifié parce que non authentifiable, comment s'assurer que le site est authentifié quand on a besoin d'authentification ?
Et bien en fait cette remarque n'a pas de sens. Si tous les sites étaient en HTTPS et que l'HTTP n'existait pas, et bien on ne mettrait de symbole cadenas ou autre marqueur de sécurité avancée qu'en cas d'authentification vérifiée (chaîne de confiance etc.), le chiffrement allant de soi.
Imaginez si SSH n'était possible qu'entre possesseurs de certificat certifié avec déclaration d'identité préalable, prise d'empreinte et enregistrement auprès d'une chaîne d'autorité ? et qu'à cause de cette contrainte le commun des mortels en était réduit à se satisfaire de telnet ?
Dans l'état actuel des choses, il n'existe pas vraiment d'intermédiaire grand public entre le fait d'être à poil sur le net et le canal chiffré avec agent assermenté. C'est là qu'on arrive au « si tu n'as rien à cacher tu ne dois rien cacher ».
Car le problème n'est pas le chiffrement, mais l'authentification. Il est possible de ne pas faire confiance en l'authentification, mais que l'on souhaite tout de même le chiffrement. Par exemple, si on ne fait pas confiance en l'autorité, l'authentification n'est pas jugée fiable, mais ça n'oblige pas à se déshabiller.
Et donc si on reprend les besoins :
Le premier n'est actuellement permis que si le second est possible, hors :
Voilà le vrai problème ! Pour avoir droit à un chiffrement accessible au grand public, il faut être authentifiable (dit autrement, dénonçable1).
Ce qui signifie tout simplement que :
Ce qui signifie encore :
En gros, le chiffrement n'est permis que si la clé à molette est permise :
Actual actual reality: nobody cares about his secrets. (Also, I would be hard-pressed to find that wrench for 5ドル.)
Bref, en ne dissociation pas chiffrement et authentification déclarée, on rend PRISM possible.
Quand Firefox râle parce que le certificat CAcert utilisé par LinuxFr ne joue pas dans la cours des grands, il faut comprendre : « désolé petit, on ne sait pas si ce site est compatible PRISM », « si tu veux continuer met la main sur le cœur et répète trois fois "je ferai attention promis et je ne le referai plus" ».
Les gars de Firefox n'ont peut-être pas pensé à cela...
________
1par exemple, même chez le moins cher (StartSSL) si on veut pouvoir faire des certificats un peu avancé (wildcard et tout) il faut présenter deux pièces d'identité, typiquement une CNI et un passeport. Parfois on veut seulement chiffrer. Il n'est pas toujours nécessaire de laisser ses gros doigts partout, parfois ça ne sert absolument à rien !
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