Les libéraux (pas les néo-) ne sont pas fascistes, naïfs au mieux oui (au pire corrompus), fascistes non. C’est le style Plenel, Hollande, par exemple. Eux considèrent que dans la société, il y a différentes classes sociales : c’est la base du pluralisme, et donc de la démocratie, que d’admettre cela. Ils n’attaquent pas les syndicats, car ils sont précisément dans leur construction idéologique un relais dans l’exercice d’un pouvoir qu’ils désignent comme démocratique : les classes sociales doivent négocier. Par exemple, c’était l’esprit de l’ANI : "les partenaires sociaux se rencontrent et négocient". Les libéraux de gauche prennent pour arguments ceux des syndicats des travailleurs, les libéraux de droite ceux des patronaux, idéalement. Les couillons croient en jaugeant les arguments des uns et des autres qu’ils participent à un débat démocratique. Encore que, pour les libéraux pas trop boulets, on arrive à discuter avec eux car ils ont conscience du rapport de force asymétrique entre les deux partis en présence : en l’occurrence les conditions dans lesquelles se sont déroulées la signature de l’ANI ont été déplorables (soupçons de corruption, problème de changement de représentativité – ceux qui ont signé était minoritaire –, campagne médiatique). Mais en pratique la droite s’attaque directement aux syndicats des travailleurs et refuse l’idée même de la négociation qui suppose une confrontation et un rapport de force : et ça c’est du fascisme.
Moi même ne suis pas communiste, et suis marxiste au sens où j’adhère à l’analyse marxiste (ce qui est la moindre des choses en fait), mais pas à ces positions politiques (qui sont communistes). Sur les question économiques, j’imagine plutôt un mixte entre un secteur "service public" puissant pour tout les domaines concentrés de l’économie (ça c’est du communisme, mais en réfléchissant très sérieusement aux enjeux de pouvoirs : mis en place de processus de démocraties internes, institutionnalisation d’un 4ème pouvoir "économique", etc.) ; il est question de création monétaire dans un des fils : il doit y avoir un établissement de crédit public puissant, avec des objectifs politiques démocratiquement définis (social et écologie pour ma part) ; pour le reste du secteur économique, une des bonnes pistes est celle des SCOOP : le capital doit appartenir à ceux qui l’utilisent (c’est de la propriété privée, ni plus ni moins), et le contrôle des entreprises (décisions stratégiques) doit se décider en AG des "travailleurs-capitalistes" avec 1 individus = 1 voix, et avec une élection du dirigeant et du CA de l’entreprise pour la conduite des affaires courantes.
On peut imaginer un système de transition : pour les très petites entreprises, on reste sur un structure capitaliste classique, puis, dès qu’on atteint par exemple 10 employés, ceci obtiennent juridiquement quelques pouvoirs stratégiques, 20 encore d’autres, etc. et dès que l’entreprise atteint une taille suffisamment grande la SCOOP devient obligatoire. Fondamentalement c’est très raisonnable comme proposition, sans idéologie et très pragmatique : il y a déjà juridiquement une classification des entreprises suivant leur taille avec des obligations différentes, la SCOOP ça existe et ça fonctionne, la démocratie on connait. On peut d’ailleurs y aller progressivement, parce que sur le papier c’est tout beau, mais il faudra analyser petit à petit ce que ça donne.
Les patrons qui voudront garder une structure capitaliste limiteront la taille de leur entreprise (ça luttera contre la concentration du capital et j’ai dans l’idée que dans les petites structures les dirigeants sont relativement réceptifs à ce que disent les salariés), tandis que les autres admettront une idée toute simple : les salariés d’une entreprise sont concernés par le devenir de la dite entreprise ; en conséquence de quoi ils sont parfaitement légitimes à prendre des décisions démocratique la concernant. Et ça, j’ai dans l’idée que ça plairait à énormément de salariés : qui n’a jamais rencontré un chef un peu con, qui empêche ne serait-ce que faire son travail correctement ?
Comme on resterait sur une économie de marché, non capitaliste, la pression de votre sacro-sainte concurrence ne devrait pas trop changer. Au pire, il faudra mettre en place des "associations de consommateurs" qui auront des pouvoirs dans les (grosses) entreprises.
Mais revenons à nos moutons.
Avoir conscience du rapport de force social, ça nécessite de bien identifier la nature des arguments des uns et des autres. Par exemple quand le patronat dit qu’il y a le chômage et qu’il faut donc baisser le salaire : cela signifie que pour lui le chômage de masse est un excellent moyen de faire pression sur les salaires ; autrement dit c’est juste un prétexte, mais fondamentalement le patronat n’aura aucun intérêt à une politique de lutte contre le chômage. Tout ce qui l’intéresse, c’est la baisse des salaires, donc le chômage de masse doit perdurer. Ceux qui croient qu’en baissant les salaires, on lutte contre le chômage, sont de grands benêts (en l’occurrence à celui qui me fait le coup de la loi de l’offre et de la demande, je le renvoie au chapitre 24 du Stiglitz Le modèle de plein emploi – d’ailleurs l’utilisation de "connaissances" économiques est aussi un autre exemple de rapport asymétrique).
De même avoir des allocations chômage correctes participe à un rapport de force en faveur des travailleurs : solidarité totale avec eux. Idem pour le droit de grève. Parce que mon intérêt collectif se situe avec eux plutôt qu’avec les patrons. C’est comme ça, je n’ai pas choisi d’être patron : le jour où j’aurai une idée commerciale peut-être... Mais pour l’instant mon choix politique est conforme à ma situation sociale actuelle.
Politiquement il convient de savoir où se situe son intérêt politique en tant qu’individu appartenant à un groupe social (une classe), et de le défendre. Et ça c’est la démocratie.
[^] # Re: Tu peux développer?
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal Quitter la sécurité sociale. Évalué à 1. Dernière modification le 29 août 2013 à 18:26.
Les libéraux (pas les néo-) ne sont pas fascistes, naïfs au mieux oui (au pire corrompus), fascistes non. C’est le style Plenel, Hollande, par exemple. Eux considèrent que dans la société, il y a différentes classes sociales : c’est la base du pluralisme, et donc de la démocratie, que d’admettre cela. Ils n’attaquent pas les syndicats, car ils sont précisément dans leur construction idéologique un relais dans l’exercice d’un pouvoir qu’ils désignent comme démocratique : les classes sociales doivent négocier. Par exemple, c’était l’esprit de l’ANI : "les partenaires sociaux se rencontrent et négocient". Les libéraux de gauche prennent pour arguments ceux des syndicats des travailleurs, les libéraux de droite ceux des patronaux, idéalement. Les couillons croient en jaugeant les arguments des uns et des autres qu’ils participent à un débat démocratique. Encore que, pour les libéraux pas trop boulets, on arrive à discuter avec eux car ils ont conscience du rapport de force asymétrique entre les deux partis en présence : en l’occurrence les conditions dans lesquelles se sont déroulées la signature de l’ANI ont été déplorables (soupçons de corruption, problème de changement de représentativité – ceux qui ont signé était minoritaire –, campagne médiatique). Mais en pratique la droite s’attaque directement aux syndicats des travailleurs et refuse l’idée même de la négociation qui suppose une confrontation et un rapport de force : et ça c’est du fascisme.
Moi même ne suis pas communiste, et suis marxiste au sens où j’adhère à l’analyse marxiste (ce qui est la moindre des choses en fait), mais pas à ces positions politiques (qui sont communistes). Sur les question économiques, j’imagine plutôt un mixte entre un secteur "service public" puissant pour tout les domaines concentrés de l’économie (ça c’est du communisme, mais en réfléchissant très sérieusement aux enjeux de pouvoirs : mis en place de processus de démocraties internes, institutionnalisation d’un 4ème pouvoir "économique", etc.) ; il est question de création monétaire dans un des fils : il doit y avoir un établissement de crédit public puissant, avec des objectifs politiques démocratiquement définis (social et écologie pour ma part) ; pour le reste du secteur économique, une des bonnes pistes est celle des SCOOP : le capital doit appartenir à ceux qui l’utilisent (c’est de la propriété privée, ni plus ni moins), et le contrôle des entreprises (décisions stratégiques) doit se décider en AG des "travailleurs-capitalistes" avec 1 individus = 1 voix, et avec une élection du dirigeant et du CA de l’entreprise pour la conduite des affaires courantes.
On peut imaginer un système de transition : pour les très petites entreprises, on reste sur un structure capitaliste classique, puis, dès qu’on atteint par exemple 10 employés, ceci obtiennent juridiquement quelques pouvoirs stratégiques, 20 encore d’autres, etc. et dès que l’entreprise atteint une taille suffisamment grande la SCOOP devient obligatoire. Fondamentalement c’est très raisonnable comme proposition, sans idéologie et très pragmatique : il y a déjà juridiquement une classification des entreprises suivant leur taille avec des obligations différentes, la SCOOP ça existe et ça fonctionne, la démocratie on connait. On peut d’ailleurs y aller progressivement, parce que sur le papier c’est tout beau, mais il faudra analyser petit à petit ce que ça donne.
Les patrons qui voudront garder une structure capitaliste limiteront la taille de leur entreprise (ça luttera contre la concentration du capital et j’ai dans l’idée que dans les petites structures les dirigeants sont relativement réceptifs à ce que disent les salariés), tandis que les autres admettront une idée toute simple : les salariés d’une entreprise sont concernés par le devenir de la dite entreprise ; en conséquence de quoi ils sont parfaitement légitimes à prendre des décisions démocratique la concernant. Et ça, j’ai dans l’idée que ça plairait à énormément de salariés : qui n’a jamais rencontré un chef un peu con, qui empêche ne serait-ce que faire son travail correctement ?
Comme on resterait sur une économie de marché, non capitaliste, la pression de votre sacro-sainte concurrence ne devrait pas trop changer. Au pire, il faudra mettre en place des "associations de consommateurs" qui auront des pouvoirs dans les (grosses) entreprises.
Mais revenons à nos moutons.
Avoir conscience du rapport de force social, ça nécessite de bien identifier la nature des arguments des uns et des autres. Par exemple quand le patronat dit qu’il y a le chômage et qu’il faut donc baisser le salaire : cela signifie que pour lui le chômage de masse est un excellent moyen de faire pression sur les salaires ; autrement dit c’est juste un prétexte, mais fondamentalement le patronat n’aura aucun intérêt à une politique de lutte contre le chômage. Tout ce qui l’intéresse, c’est la baisse des salaires, donc le chômage de masse doit perdurer. Ceux qui croient qu’en baissant les salaires, on lutte contre le chômage, sont de grands benêts (en l’occurrence à celui qui me fait le coup de la loi de l’offre et de la demande, je le renvoie au chapitre 24 du Stiglitz Le modèle de plein emploi – d’ailleurs l’utilisation de "connaissances" économiques est aussi un autre exemple de rapport asymétrique).
De même avoir des allocations chômage correctes participe à un rapport de force en faveur des travailleurs : solidarité totale avec eux. Idem pour le droit de grève. Parce que mon intérêt collectif se situe avec eux plutôt qu’avec les patrons. C’est comme ça, je n’ai pas choisi d’être patron : le jour où j’aurai une idée commerciale peut-être... Mais pour l’instant mon choix politique est conforme à ma situation sociale actuelle.
Politiquement il convient de savoir où se situe son intérêt politique en tant qu’individu appartenant à un groupe social (une classe), et de le défendre. Et ça c’est la démocratie.