Ne généralisez pas votre cas. Le capitalisme a été très bien étudié, on en connait parfaitement ses limites. De même on sait grosso modo ce qui a planté ces trente dernières années et qui a conduit à la crise. Beaucoup de gens veulent passer à autre chose, ce qui coince à l’heure actuelle c’est qu’on ne sait pas à quoi passer. L’attitude, somme toute raisonnable, de la gauche actuelle tient dans la volonté d’explorer des pistes : et il y a énormément de chose possible à faire, aussi bien du côté de la société civile que du côté politique.
Au final le capitalisme est tout entier sur l’idée qu’il faut des gagnants et des perdants. La richesse des uns se fait sur le dos des autres. On établit un système économique où on dit : ok les gars, c’est une compétition où un seul sortira vainqueur et remportera le gros lot, les autres seront ruiné. Ça c’est connu.
Le pire c’est que vous-même vous en êtes venu tout seul comme un grand à cette analyse avec votre exemple de jeunes entreprises qui coule et ruine leur patron et d’une qui rafle le gros lot. Dans l’histoire ce n’est pas une question de travail, de mérite, de prise de risque : c’est juste la compétition, peu importe le mérite et le travail des autres, un seul finira par remporter le gros lot. Point.
Si vous vous rendez pas compte toute l’horreur qu’il y a dans l’acceptation d’un tel système économique, et vous arrêtez sur quelque vocabulaire que j’utilise, alors je ne peux rien pour vous.
Autre exemple, que le petit capital, que vous décrivez, ait des difficultés. C’est un grand classique, parfaitement prédit, parfaitement réalisé. Vous n’avez rien inventé. Par contre ce petit capital, allez savoir pourquoi, pas mal par ignorance je crois, s’érige en défenseur du grand capital, et en partage les options politiques, tout comme notre discussion le démontre (et historiquement, lorsqu’il se rend compte qu’il est le dindon de la farce, il se transforme en fascisme).
Quand je parle de grand capital, je parle des grands groupes bancaires (mais aussi industriels) qui ont pris en otage l’économie française (à côté d’eux les gars de la SNCF sont des branquignolles) pour se faire renflouer (le fameux too big to fail). Eux par contre ne sont pas là pour jouer, savent très bien de quoi il retourne. À moins de vivre dans Bisounours Land, non, on peut le dire sans détour : ce sont des méchants, très méchants. Pas rigoler avec eux. C’est juste ne pas être naïf.
En un sens votre position politique est extrêmement commune et ne croyez pas que je ne la connaisse pas. Mais j’ai fait un choix politique. Vous aussi, et le plus malheureux est que vous ne vous en rendez même pas compte que vous avez une position politique donnée.
Par exemple le coup du "la haine du capitalisme c’est comme la haine de l’immigré", c’est complètement bidon comme argument : si vous ne savez pas faire la différence entre s’attaquer à un sans-papier qui dort dans la rue sans protection à l’issue d’une analyse basée sur du préjugé et le type plein aux as sur la base d’une analyse de l’économie capitaliste qui a mobilisé quelques uns des plus grands intellectuels du XXè et des grands hommes politiques du monde moderne, alors je ne peux plus rien pour vous. :D Le truc avec le bourgeois, c’est qu’une fois qu’on a pris son argent, il n’est plus riche et n’a donc plus rien à craindre :D
et que tous les chômeurs ne sont pas des malheureux au bout du rouleau qui ne savent pas quoi faire pour s'en sortir.
Mais il n’y a que vous pour défendre ce préjugé depuis tout à l’heure. Je me suis contenté de signaler :
1/ que cela pouvait être un choix de refuser un boulot parce que pas assez bien, c’est précisément le but, ça met une limite minimale à une tendance qui irait jusqu’à l’esclavage s’il n’y avait la borne inférieure des allocations ; Après tout, c’est la loi de l’offre et la demande qui participe à la hausse du prix-salaire. Marrant, quand elle est défavorable au patronat on ne l’invoque plus et on tombe dans des accusations bidons sur les chômeurs... Au fait votre DRH, après avoir essuyé des refus, il a augmenté le salaire proposé dans son offre ? Ou il a juste pesté contre ces "chômeurs fainéant" ?
2/ que faire croire que tous les chômeurs ont individuellement et simultanément décidé de pas travailler c’est du bullshit. Le chômage a augmenté avec la crise, la simple logique dicte qu’il y a une relation entre la cause du chômage et la crise. Chercher la cause du chômage, de masse, dans la responsabilité individuelle des chômeurs, c’est juste, outre que ce soit typique de la pensée réactionnaire, complètement à côté de la plaque, un déni des réalités total.
D’une manière générale l’emploi de ce genre de considérations : "ça plaît pas au chômeurs", "les chômeurs sont au bout du rouleau", sont des considérations psychologisante du comportement des gens, qui n’ont pas lieues d’être en politique (et qui marquent au passage une profonde inculture politique). Ce que sont les gens, leur nature, cela ne me regarde pas (pardon... mais une lecture sur le totalitarisme m’a fait ériger des barrières très nettes sur ce qu’il m’est permis de considérer en politique), je ne considère que les rapports sociaux (puisque c’est exactement le domaine de la politique) et les, innombrables, contraintes sociales à l’œuvre. Bref, je fait de la politique plutôt que de juger moralement et constamment les gens. Du coup, non, contrairement à ce que vous pensez je ne regarde pas les bourgeois comme des gens à abattre même si j’aime bien à l’occasion jouer la provoc’, c’est le capitalisme en tant que système économique qui est à abattre ça c’est clair. Idem pour les chômeurs ce ne sont ni de "pauv’ chômeurs" ni des "chômeurs fainéant", jugements moralisateurs à deux balles. Choix ou pas de rester au chômage, c’est une situation qui a aussi des origines sociales profondes. En effet tout nos choix individuels sont des décisions prises en prenant en compte de tas de contraintes qui sont absolument indépendantes de notre volonté et qui sont le plus souvent des contraintes sociales. Ce qui m’intéresse c’est cela quand je fais de la politique. En l’occurrence en ce qui concerne le chômage, il faut arrêter de dire les chômeurs gnagnan, mais regarder du côté de la crise qui implique d’important changements socio-économiques qui impactent sur les décisions prises par les chômeurs.
[^] # Re: Tu peux développer?
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal Quitter la sécurité sociale. Évalué à 1.
Ne généralisez pas votre cas. Le capitalisme a été très bien étudié, on en connait parfaitement ses limites. De même on sait grosso modo ce qui a planté ces trente dernières années et qui a conduit à la crise. Beaucoup de gens veulent passer à autre chose, ce qui coince à l’heure actuelle c’est qu’on ne sait pas à quoi passer. L’attitude, somme toute raisonnable, de la gauche actuelle tient dans la volonté d’explorer des pistes : et il y a énormément de chose possible à faire, aussi bien du côté de la société civile que du côté politique.
Au final le capitalisme est tout entier sur l’idée qu’il faut des gagnants et des perdants. La richesse des uns se fait sur le dos des autres. On établit un système économique où on dit : ok les gars, c’est une compétition où un seul sortira vainqueur et remportera le gros lot, les autres seront ruiné. Ça c’est connu.
Le pire c’est que vous-même vous en êtes venu tout seul comme un grand à cette analyse avec votre exemple de jeunes entreprises qui coule et ruine leur patron et d’une qui rafle le gros lot. Dans l’histoire ce n’est pas une question de travail, de mérite, de prise de risque : c’est juste la compétition, peu importe le mérite et le travail des autres, un seul finira par remporter le gros lot. Point.
Si vous vous rendez pas compte toute l’horreur qu’il y a dans l’acceptation d’un tel système économique, et vous arrêtez sur quelque vocabulaire que j’utilise, alors je ne peux rien pour vous.
Autre exemple, que le petit capital, que vous décrivez, ait des difficultés. C’est un grand classique, parfaitement prédit, parfaitement réalisé. Vous n’avez rien inventé. Par contre ce petit capital, allez savoir pourquoi, pas mal par ignorance je crois, s’érige en défenseur du grand capital, et en partage les options politiques, tout comme notre discussion le démontre (et historiquement, lorsqu’il se rend compte qu’il est le dindon de la farce, il se transforme en fascisme).
Quand je parle de grand capital, je parle des grands groupes bancaires (mais aussi industriels) qui ont pris en otage l’économie française (à côté d’eux les gars de la SNCF sont des branquignolles) pour se faire renflouer (le fameux too big to fail). Eux par contre ne sont pas là pour jouer, savent très bien de quoi il retourne. À moins de vivre dans Bisounours Land, non, on peut le dire sans détour : ce sont des méchants, très méchants. Pas rigoler avec eux. C’est juste ne pas être naïf.
En un sens votre position politique est extrêmement commune et ne croyez pas que je ne la connaisse pas. Mais j’ai fait un choix politique. Vous aussi, et le plus malheureux est que vous ne vous en rendez même pas compte que vous avez une position politique donnée.
Par exemple le coup du "la haine du capitalisme c’est comme la haine de l’immigré", c’est complètement bidon comme argument : si vous ne savez pas faire la différence entre s’attaquer à un sans-papier qui dort dans la rue sans protection à l’issue d’une analyse basée sur du préjugé et le type plein aux as sur la base d’une analyse de l’économie capitaliste qui a mobilisé quelques uns des plus grands intellectuels du XXè et des grands hommes politiques du monde moderne, alors je ne peux plus rien pour vous. :D Le truc avec le bourgeois, c’est qu’une fois qu’on a pris son argent, il n’est plus riche et n’a donc plus rien à craindre :D
Mais il n’y a que vous pour défendre ce préjugé depuis tout à l’heure. Je me suis contenté de signaler :
1/ que cela pouvait être un choix de refuser un boulot parce que pas assez bien, c’est précisément le but, ça met une limite minimale à une tendance qui irait jusqu’à l’esclavage s’il n’y avait la borne inférieure des allocations ; Après tout, c’est la loi de l’offre et la demande qui participe à la hausse du prix-salaire. Marrant, quand elle est défavorable au patronat on ne l’invoque plus et on tombe dans des accusations bidons sur les chômeurs... Au fait votre DRH, après avoir essuyé des refus, il a augmenté le salaire proposé dans son offre ? Ou il a juste pesté contre ces "chômeurs fainéant" ?
2/ que faire croire que tous les chômeurs ont individuellement et simultanément décidé de pas travailler c’est du bullshit. Le chômage a augmenté avec la crise, la simple logique dicte qu’il y a une relation entre la cause du chômage et la crise. Chercher la cause du chômage, de masse, dans la responsabilité individuelle des chômeurs, c’est juste, outre que ce soit typique de la pensée réactionnaire, complètement à côté de la plaque, un déni des réalités total.
D’une manière générale l’emploi de ce genre de considérations : "ça plaît pas au chômeurs", "les chômeurs sont au bout du rouleau", sont des considérations psychologisante du comportement des gens, qui n’ont pas lieues d’être en politique (et qui marquent au passage une profonde inculture politique). Ce que sont les gens, leur nature, cela ne me regarde pas (pardon... mais une lecture sur le totalitarisme m’a fait ériger des barrières très nettes sur ce qu’il m’est permis de considérer en politique), je ne considère que les rapports sociaux (puisque c’est exactement le domaine de la politique) et les, innombrables, contraintes sociales à l’œuvre. Bref, je fait de la politique plutôt que de juger moralement et constamment les gens. Du coup, non, contrairement à ce que vous pensez je ne regarde pas les bourgeois comme des gens à abattre même si j’aime bien à l’occasion jouer la provoc’, c’est le capitalisme en tant que système économique qui est à abattre ça c’est clair. Idem pour les chômeurs ce ne sont ni de "pauv’ chômeurs" ni des "chômeurs fainéant", jugements moralisateurs à deux balles. Choix ou pas de rester au chômage, c’est une situation qui a aussi des origines sociales profondes. En effet tout nos choix individuels sont des décisions prises en prenant en compte de tas de contraintes qui sont absolument indépendantes de notre volonté et qui sont le plus souvent des contraintes sociales. Ce qui m’intéresse c’est cela quand je fais de la politique. En l’occurrence en ce qui concerne le chômage, il faut arrêter de dire les chômeurs gnagnan, mais regarder du côté de la crise qui implique d’important changements socio-économiques qui impactent sur les décisions prises par les chômeurs.