• [^] # Re: Tu peux développer?

    Posté par . En réponse au journal Quitter la sécurité sociale. Évalué à 4.

    Tu sais que plus haut, tu défends un revenu plus bas que le SMIC qu'on répartirait allègrement du nouveau-né au doyen sans aucun discernement, et ici, tu justifies qu'un mec refuse le SMIC parce que ça ne permet pas de vivre décemment?

    Tout dépend d'à quel point la baisse de salaire est importante. Si on me propose un job avec un salaire de type SMIC, mon niveau de vie va être au moins divisé par deux. Ma capacité à économiser (pas pour des vacances hein, mais simplement pour pouvoir remplacer des lunettes, ou bien aller chez le dentiste, ou ...) sera nulle ou quasi-nulle. Pire: il y a de fortes chances que je sois sur-qualifié pour le boulot, et que les compétences pour mon ancien-job-qui-payait-bien commencent à s'étioler car je n'en fais plus usage (ou plus autant). Du coup, même quand l'économie ira mieux, j'aurai plus de mal à me caser pour un job qui relèvera plus de mes (anciennes) compétences, car je serai en compétition avec les petits-nouveaux-qui-coûtent-moins-cher (et ne sont pas forcément moins bons, car eux sont encore « en plein » dans le domaine concerné, et ont potentiellement des connaissances plus à jour). Donc il faudra que je m'aligne sur leurs prétentions salariales, car malgré mon expérience, j'ai peut-être un peu perdu en pratique. Donc maintenant, j'ai un job qui correspond mieux à mes compétences, mais je suis moins bien payé qu'avant. Avec un peu de chance, je vais me remettre en selle avant la prochaine crise, qui va me voir viré car je coûte plus cher (à ce moment-là, j'ai 45-50 ans, je commence à coûter plus cher qu'un jeune de 25-30 ans).

    Tout est hypothétique dans ce scénario bien sûr, mais je ne crois pas que ce soit si irréaliste d'imaginer cela: les crises se succèdent, empirent, et la régulation de l'économie n'est toujours pas à la hauteur. Je me trompe peut-être, mais je crains fort que la fréquence des crises s'accélère, ou que la durée des crises s'allonge. Personnellement je ne suis pas une victime de celle-ci, mais même pendant la « mini-crise » qui a suivi l'éclatement de la bulle internet, je vois comment ma sœur (pourtant fort capable, détentrice d'une licence pro en informatique) ne trouvait aucun job qui soit « raisonnable » en termes de paie pour lui permettre de vivre correctement. Et contrairement à moi, elle était très économe, se serrait la ceinture pour tout, etc. Simplement, au bout d'un moment, se serrer la ceinture, on en a marre. On veut vivre un peu plus confortablement, ne pas se demander à tout bout de champ si on peut se permettre ceci ou cela, etc.

    Par chance elle est tombée sur une formation ANPE qui ciblait principalement des gens qui voulaient se reconvertir, et formait à programmer en COBOL. Elle connaissait déjà (vive la formation en IUT), et comme la formation était sponsorisée par une entreprise, elle a pu avoir un revenu très vite (et un employeur aussi). Mais il s'était écoulé un an entre la découverte de cette formation et avoir été diplômée.

    Une dernière chose: le SMIC c'est une chose, mais il ne faut pas oublier qu'il existe tout un tas de boites (je pense notamment aux super/hypermarchés) qui embauchent des gens à temps partiel uniquement pour ne pas tomber sous le coup de la loi sur les 35 heures. Ce genre de boulot à temps partiel « forcé » est loin d'être anecdotique : c'est parfois le seul type de boulot qu'une personne non-qualifiée peut trouver. On n'en est pas encore au même niveau qu'aux États-Unis, où certaines boites comme McDonald's se permettent d'expliquer à leurs employés comment gérer un budget en supposant qu'ils cumulent deux jobs. Mais on voit déjà des travailleurs à temps partiel (les caissiers des hypermarchés susmentionnés) qui cumulent ×ばつ15 ou 20 h / semaine. Et c'est parfaitement légal, sauf qu'évidemment ça détruit pas mal leur semaine, leur vie de famille, etc.