J’ai simplifié les choses de manière caricaturale : évidemment les intérêts glisseront de manière progressive entre un jeune actif qui n’a pas encore de patrimoine, l’actif qui est sur le point de partir à la retraite (patrimoine maximum mais revenus liés au salariat encore importants), et le retraité (revenus exclusivement issus du patrimoine en diminution).
il y aura un équilibre [entre la demande et l’offre]
Cet équilibre ne garantit pas que le niveau de vie des retraités soit assuré, ni d’une certaine justice sociale (répartition relativement équitable de la richesse produite entre actifs et inactifs). C’est le politique qui va entrer en action pour cela, et des moyens vont être mis en œuvre pour modifier cet équilibre (à travers la politique monétaire notamment).
Tant qu’on y est, il y a un autre argument, moral cette fois-ci, contre la retraite par capitalisation. C’est ton histoire d’équilibre qui m’y a fait penser, parce qu’un des mantra de l’économie classique est celui de l’information parfaite (pour un équilibre des prix qui reflète l’utilité réelle des biens échangés). Dans le cadre de la recherche et pour essayer de comprendre l’économie, l’information parfaite est une hypothèse de travail qui, bien qu’absurde, a sa légitimité (j’ai fait de la recherche, on a tout le temps des hypothèses grossières, mais on fait avec et on affine au fur et à mesure qu’on a des résultats de plus en plus précis). Mais dans la réalité, et pour des décisions politiques, il ne faut pas faire un mantra de la loi de l’offre et de la demande. En l’occurrence l’hypothèse d’information parfaite est grossièrement mise en défaut : dans un système de retraite par capitalisation, on met de côté pour un avenir parfaitement inconnu.
Or, Globalement, on individualise un système de retraite, la capitalisation est de la responsabilité de chaque individu1 tandis que la répartition est un système collectif. Si au niveau macro-économique, comme je l’ai dit au-dessus, quel que soit le système les actifs courants produisent pour les inactifs. Au niveau micro, c’est différent ; personne n’est capable de savoir : combien de temps il vivra et quelles seront ses dépenses de santé quand il sera vieux, ni quelles seront les conditions économiques. Donc personne n’est capable de savoir combien il devra mettre de côté, sans compter qu’il faudra à chacun un BAC+9 en économie pour comprendre les taux d’inflation, les taux d’intérêts, faire les bons investissements, etc. Bref : c’est la loterie assurée.
Perso., j’ai pas spécialement envie de jouer ma vieillesse à la loterie (loterie réservée au plus pauvres qui plus est). Alors que collectivement les différences individuelles sont gommées par les statistiques (typiquement les dépenses de santé ainsi que la démographie d’un grand nombre d’individu sont relativement stables d’une année sur l’autre). Chacun obtient droit à une vieillesse décente : je ne sais pas à quel âge je vais mourir ni quelle santé j’aurai, ça fait partie des "accidents de la vie" auxquels on n’y peut rien, mais au moins, ma retraite et mes dépenses de santé sont assurées par la collectivité (financée par ma juste contribution à laquelle j’accepte de bon cœur de participer), tant qu’il est techniquement possible de me soigner. Et là, c’est bien évidemment un choix moral, c’est-à-dire de valeurs de société, entre individualisme forcené et solidarité. (Politiquement cet individualisme forcené est souvent vendu sous la forme d’un darwinisme social2.) La solidarité permet précisément de faire face aux aléas de la vie, tout ce qu’on ne contrôle pas et qui nous tombe dessus.
D’ailleurs, il existe un autre système de retraite qui pourrait bien réapparaître si on abandonnait la répartition : les enfants subviennent aux besoins de leurs parents. C’est de la répartition mais au niveau familial plutôt que national, avec tout ce que ça implique en termes démographiques (natalité importante pour diminuer les risques, aléas de la vie toujours importants concernant une famille). Comme dit Parisot "la vie est précaire" : et bien rendons-la plus agréable autant qu’on le peut ! et la solidarité nationale est un excellent moyen.
1 En apparté, j’imagine déjà d’ici les discours de la droite française dans un système par capitalisation : pour les retraités qui ont un mauvais niveau de vie, toute la faute sera rejetée sur eux.
[^] # Re: Tu peux développer?
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal Quitter la sécurité sociale. Évalué à 4. Dernière modification le 28 août 2013 à 12:34.
J’ai simplifié les choses de manière caricaturale : évidemment les intérêts glisseront de manière progressive entre un jeune actif qui n’a pas encore de patrimoine, l’actif qui est sur le point de partir à la retraite (patrimoine maximum mais revenus liés au salariat encore importants), et le retraité (revenus exclusivement issus du patrimoine en diminution).
Cet équilibre ne garantit pas que le niveau de vie des retraités soit assuré, ni d’une certaine justice sociale (répartition relativement équitable de la richesse produite entre actifs et inactifs). C’est le politique qui va entrer en action pour cela, et des moyens vont être mis en œuvre pour modifier cet équilibre (à travers la politique monétaire notamment).
Tant qu’on y est, il y a un autre argument, moral cette fois-ci, contre la retraite par capitalisation. C’est ton histoire d’équilibre qui m’y a fait penser, parce qu’un des mantra de l’économie classique est celui de l’information parfaite (pour un équilibre des prix qui reflète l’utilité réelle des biens échangés). Dans le cadre de la recherche et pour essayer de comprendre l’économie, l’information parfaite est une hypothèse de travail qui, bien qu’absurde, a sa légitimité (j’ai fait de la recherche, on a tout le temps des hypothèses grossières, mais on fait avec et on affine au fur et à mesure qu’on a des résultats de plus en plus précis). Mais dans la réalité, et pour des décisions politiques, il ne faut pas faire un mantra de la loi de l’offre et de la demande. En l’occurrence l’hypothèse d’information parfaite est grossièrement mise en défaut : dans un système de retraite par capitalisation, on met de côté pour un avenir parfaitement inconnu.
Or, Globalement, on individualise un système de retraite, la capitalisation est de la responsabilité de chaque individu1 tandis que la répartition est un système collectif. Si au niveau macro-économique, comme je l’ai dit au-dessus, quel que soit le système les actifs courants produisent pour les inactifs. Au niveau micro, c’est différent ; personne n’est capable de savoir : combien de temps il vivra et quelles seront ses dépenses de santé quand il sera vieux, ni quelles seront les conditions économiques. Donc personne n’est capable de savoir combien il devra mettre de côté, sans compter qu’il faudra à chacun un BAC+9 en économie pour comprendre les taux d’inflation, les taux d’intérêts, faire les bons investissements, etc. Bref : c’est la loterie assurée.
Perso., j’ai pas spécialement envie de jouer ma vieillesse à la loterie (loterie réservée au plus pauvres qui plus est). Alors que collectivement les différences individuelles sont gommées par les statistiques (typiquement les dépenses de santé ainsi que la démographie d’un grand nombre d’individu sont relativement stables d’une année sur l’autre). Chacun obtient droit à une vieillesse décente : je ne sais pas à quel âge je vais mourir ni quelle santé j’aurai, ça fait partie des "accidents de la vie" auxquels on n’y peut rien, mais au moins, ma retraite et mes dépenses de santé sont assurées par la collectivité (financée par ma juste contribution à laquelle j’accepte de bon cœur de participer), tant qu’il est techniquement possible de me soigner. Et là, c’est bien évidemment un choix moral, c’est-à-dire de valeurs de société, entre individualisme forcené et solidarité. (Politiquement cet individualisme forcené est souvent vendu sous la forme d’un darwinisme social2.) La solidarité permet précisément de faire face aux aléas de la vie, tout ce qu’on ne contrôle pas et qui nous tombe dessus.
D’ailleurs, il existe un autre système de retraite qui pourrait bien réapparaître si on abandonnait la répartition : les enfants subviennent aux besoins de leurs parents. C’est de la répartition mais au niveau familial plutôt que national, avec tout ce que ça implique en termes démographiques (natalité importante pour diminuer les risques, aléas de la vie toujours importants concernant une famille). Comme dit Parisot "la vie est précaire" : et bien rendons-la plus agréable autant qu’on le peut ! et la solidarité nationale est un excellent moyen.
1 En apparté, j’imagine déjà d’ici les discours de la droite française dans un système par capitalisation : pour les retraités qui ont un mauvais niveau de vie, toute la faute sera rejetée sur eux.