J'ai 27 ans. Il y a 4 ans je sortais d'une grosse école d'ingé en informatique française dans laquelle j'ai appris à mentir, ne pas faire mon travail et surtout, être superficiel (Je troll, mais les rares moments dans ma vie ou je trouve que mon cursus d'école d'ingénieur m'a appris quelque chose c'est quand je ment ou que je fais mal mon travail, j'ai juste un peu moins honte de le faire).
Quand je suis sorti d'école préparatoire j'ai hésité. J'avais déjà un gros bagage en informatique et je me demandais si il ne serait pas rentable de suivre une formation en électronique, bâtiment, mécanique, … J'aurais appris des choses et j'aurais pu mettre mes compétences en informatique au service d'un autre domaine. Finalement j'ai été convaincu par un ami de faire de l'informatique. La raison première est que j'aime cela. C'est une science extraordinaire où tout est possible. C'est surement une des rares science où l'on peut apprendre par soit même et faire des expérience dans son garage (il suffit d'un ordinateur. c'était cher quand j'ai commencé à coder, il y a 15 ans, mais accessible. Aujourd'hui tout le monde à un ordinateur. Tout le monde peu expérimenter, crée, concevoir, dans sa cave, à partir de 5 ans… Je trouve cela beau. Va demander de l'uranium enrichi, une tour à béton ou un accélérateur de particule à tes parents pour l'anniversaire de tes 10 ans.)
C'est aussi la science de la simplification de vie. Comme tout bon informaticien, je suis fainéant. Si je peux optimiser ou faire disparaitre une tache régulière en créent un outil, je vais le faire. Mais tous le monde n'a pas les compétences pour se simplifier la vie, donc je me suis imaginé en grand sauveur de l'humanité, créant des outils pour permettre à la population de gagner du temps (temps qui pourrait être utiliser pour geeker et ainsi créer d'autres outil). Et c'est ainsi que j'ai rejoins une école d'ingénieur en informatique, pour changer le monde ;)
Je passe sur ma désillusion de la formation, cela pourrait faire l'objet d'un bouquin (Je suis persuadé que les école d’ingénieur en france ne forment pas bien les étudiants, mais comme ceux-ci ont été sélectionné au départ, au final il y a peu de déchet. Par exemple, j'ai trouvé la formation que j'ai eu à la fac lors de mon double diplôme bien meilleure, la différence c'est que comme tout le monde peu entrer à la fac, et que tout le monde en sort, le niveau est moins bon.). Je vais cependant insister sur un point. Nous étions en cours de "communication/discussion/culture" et l'enseignant à voulu ouvrir le débat sur la raison de notre présence dans cette école d'ingénieur en informatique. Une trentaine de personne dans la pièce. Pleins de raisons sortent ("Le diplôme est bien valorisé, le salaire en sortie d'école est important, les possibilités de carrière sont énormes, c'est la spécialité où si l'on ne veut pas faire de technique c’est très simple de bifurquer sur autre chose") et là on se regarde avec un ami et on dit que nous on trouve que c'est une science intéressante et que on aime la technique. Je me souviens encore du regard de tous les autres étudiants à la limite du choc de découvrir que des gens peuvent aimer l'informatique en tant que tel et pas comme une passerelle vers autre chose (l'argent, la gloire, …). J'ai tout de même fini mon cursus (mais avec largement moins de motivation qu'à l'entrée).
J'ai pris peur du monde du travail lors de mes stages ou de mes entretiens d'embauche. Entre les stages ou il n'y a aucune qualité dans le travail effectué (quoi, on bosse directement sur la base de production et on modifie à la main le code d'un clone du production et après on fait la même modification à la main sur les autres clones), entre les entretiens d'embauches ou je rentrais dans une grille (Donc vous êtes ingénieur ****, ok, on vous embauche, quoi, vous voulez négocier parce que vous avez plus de 5 ans d’expérience de contribution au libre et vous pensez être plus compétant que les autre ingés **** que l'on vient d'embaucher, mais mon brave monsieur…). Entre les entretiens faussement technique (Vous avec combien d'année d’expérience en OpenCL… 1 ans… Mais c'est pas assez… (à cette époque les spécifications opencl avait été publiée dans l'année…). Ou vous maitrisez le HTML ? Le DHML ? Le javascript ? L'ecmascript ? Le web 2.0 ? l'ajax…) Vous avez 3 ans d’expérience OpenGL, mais pas de direct3D, on ne peut pas vous embaucher (pour le débat, oui les deux technos sont différentes, mais bon, ce qui est important c'est de comprendre comment fonctionne une carte graphique, le reste c'est là même chose dans les grandes lignes). Le pire sans doute à été de réaliser que l'on était que des ressources sans valeur ajouté. Un jour le responsable technique d'un projet m'a dit "Nous avons un devoir de conseil envers la direction, mais nous devons appliquer leur décisions à la lettre" à propos d'une décision technique voulue par la direction qui n'avait aucun sens. Cette décision à été appliquée contre l'avis des "gens qui savent comment ce truc fonctionne" et il a fallu tout réparer deux mois plus tard. Je ne prétend pas comprendre le travail du marketing et de la direction (et je suis content qu'ils soient là parce que sinon notre travail ne peu pas être valorisé), mais l'inverse est aussi vrai, sans technique, pas de produit à vendre, et c'est trop souvent oublié. Pourquoi cette relation est elle à sens unique ?
Bref, avec tout cela, j'ai craqué, et j'ai décidé de faire une thèse (et j'ai fais une croix sur les sous). La thèse se finie presque mais je n'ai pas envie de continuer la dedans. En France la recherche est super mal valorisée. La plupart des gens pensent que l'on est des branleurs dans un labo bien au chaud, les recruteurs se demandent ce que l'on a fait pendant 3/4 ans et ont peur que l'on soit trop qualifié et que l'on demande trop d'argent. Et la recherche en soit c'est très frustrant. Tu as une idée, tu la creuse, ça marche, ça marche vraiment bien. Tu tentes une publication. Refusée, mal rédigée. Tu rédiges cela mieux. Refusée, tu ne te compares pas à une méthode qui à été publiée la semaine dernière. Tu fais la comparaison, refusée, quelqu'un a publié un article avec une méthode équivalente, ok, tu peux jeter 2 ans de travail, nouvelle idée, 6 mois de boulot… bon cela ne marche pas… Mince, cela fait déjà 3 ans… il faut que je rédige, mais je n'ai rien… De nos jours pour faire un article de recherche il faut avoir une bonne idée (ce qui n'est pas gagné, certains domaines sont vraiment très concurrentiels), avoir une bonne réalisation (i.e. un code correct, cela je sais faire). Avoir une preuve mathématique forte (c'est plus dure et c'est souvent frustrant car tu prouves des choses théoriques non applicables, du genre que ton algorithme est correct à l'infini, mais en pratique tu n'atteindras jamais ce temps), savoir rédiger (ça quand tu es français c'est pas gagné "I are actually a firking rezearch studen"), savoir mettre en valeur (oui, tu travailles sur de l'affichage de texte, mais tu dois faire une vidéo digne de pixar dans laquelle ta contribution est utilisée pour les crédits). Bref, je devrais soutenir ma thèse sous peu. (dont je suis très satisfait personnellement, j'ai beaucoup appris, j'ai testé/expérimenté énormément de choses. Malheureusement pour la communauté il s'agit d'une thèse peu brillante, j'ai peu de publications (on ne publie pas les choses testées qui échouent)).
Alors j'ai recommencé à chercher un emploi. Pas dans la recherche, j'ai trop souffert du manque de valorisation, de l’échec permanent (note: ce n'est pas forcement le cas pour tous le monde. Sans doute suis-je mauvais, ou alors c'est une loterie ?) Les entretiens d'embauches sont les même, je n'ai encore trouvé aucune boite pour qui mon expérience (même si elle est petite) est intéressante. Généralement mon CV est résumé à "Ingenieur **** - Sans expérience pro depuis 4 ans. C++". Les seuls offre intéressantes sont à l'étranger (ou à paris, mais c'est pareil ;) mais je n'ai pas envi de bouger pendant au moins 3 ans (pour des raisons familiales, enfant/compagne avec un diplôme à la con qu'elle doit finir et qui ne pourra jamais quitter la France car pas/peu valable à l'étranger). Et pourtant je ne suis pas perdu dans la campagne, je suis dans la seconde plus grande ville de France.
J'ai pas mal envisagé de tout changer. Devenir moniteur d'escalade, de montagne, de parachutisme. Devenir enseignant de 3D dans une école d'art. Mais je n'ai aucune qualification pour cela. J'envisage aussi de changer et de me mettre en mode management requin. Voir si cela passe, pendant combien de temps cela passe. Si au final je gagne assez d'argent pour pouvoir me payer des loisirs sympas pendant mon temps libre, c'est sans doute une façon correcte de voir les choses (mais bien loin de mon idéal initial).
J'ai beaucoup parlé de moi alors que c'est ton journal et je m'en excuse, c'est un peu pour dire que tu n'es pas seul dans ces grandes interrogations. J'ai plusieurs fois relu mon texte en me disant que cela n'apporterais rien à ton journal et en pensant ne pas le soumettre, et finalement je vais valider, parce que j'ai passé du temps à écrire cela, et que cela peu ajouter quelques détails à la discussion.
# Au moins tu as de l’expérience ;)
Posté par Guillaum (site web personnel) . En réponse au journal [HS] Développeur un peu perdu... ou pas... Que faire maintenant ? Changer de vie ?. Évalué à 10.
J'ai 27 ans. Il y a 4 ans je sortais d'une grosse école d'ingé en informatique française dans laquelle j'ai appris à mentir, ne pas faire mon travail et surtout, être superficiel (Je troll, mais les rares moments dans ma vie ou je trouve que mon cursus d'école d'ingénieur m'a appris quelque chose c'est quand je ment ou que je fais mal mon travail, j'ai juste un peu moins honte de le faire).
Quand je suis sorti d'école préparatoire j'ai hésité. J'avais déjà un gros bagage en informatique et je me demandais si il ne serait pas rentable de suivre une formation en électronique, bâtiment, mécanique, … J'aurais appris des choses et j'aurais pu mettre mes compétences en informatique au service d'un autre domaine. Finalement j'ai été convaincu par un ami de faire de l'informatique. La raison première est que j'aime cela. C'est une science extraordinaire où tout est possible. C'est surement une des rares science où l'on peut apprendre par soit même et faire des expérience dans son garage (il suffit d'un ordinateur. c'était cher quand j'ai commencé à coder, il y a 15 ans, mais accessible. Aujourd'hui tout le monde à un ordinateur. Tout le monde peu expérimenter, crée, concevoir, dans sa cave, à partir de 5 ans… Je trouve cela beau. Va demander de l'uranium enrichi, une tour à béton ou un accélérateur de particule à tes parents pour l'anniversaire de tes 10 ans.)
C'est aussi la science de la simplification de vie. Comme tout bon informaticien, je suis fainéant. Si je peux optimiser ou faire disparaitre une tache régulière en créent un outil, je vais le faire. Mais tous le monde n'a pas les compétences pour se simplifier la vie, donc je me suis imaginé en grand sauveur de l'humanité, créant des outils pour permettre à la population de gagner du temps (temps qui pourrait être utiliser pour geeker et ainsi créer d'autres outil). Et c'est ainsi que j'ai rejoins une école d'ingénieur en informatique, pour changer le monde ;)
Je passe sur ma désillusion de la formation, cela pourrait faire l'objet d'un bouquin (Je suis persuadé que les école d’ingénieur en france ne forment pas bien les étudiants, mais comme ceux-ci ont été sélectionné au départ, au final il y a peu de déchet. Par exemple, j'ai trouvé la formation que j'ai eu à la fac lors de mon double diplôme bien meilleure, la différence c'est que comme tout le monde peu entrer à la fac, et que tout le monde en sort, le niveau est moins bon.). Je vais cependant insister sur un point. Nous étions en cours de "communication/discussion/culture" et l'enseignant à voulu ouvrir le débat sur la raison de notre présence dans cette école d'ingénieur en informatique. Une trentaine de personne dans la pièce. Pleins de raisons sortent ("Le diplôme est bien valorisé, le salaire en sortie d'école est important, les possibilités de carrière sont énormes, c'est la spécialité où si l'on ne veut pas faire de technique c’est très simple de bifurquer sur autre chose") et là on se regarde avec un ami et on dit que nous on trouve que c'est une science intéressante et que on aime la technique. Je me souviens encore du regard de tous les autres étudiants à la limite du choc de découvrir que des gens peuvent aimer l'informatique en tant que tel et pas comme une passerelle vers autre chose (l'argent, la gloire, …). J'ai tout de même fini mon cursus (mais avec largement moins de motivation qu'à l'entrée).
J'ai pris peur du monde du travail lors de mes stages ou de mes entretiens d'embauche. Entre les stages ou il n'y a aucune qualité dans le travail effectué (quoi, on bosse directement sur la base de production et on modifie à la main le code d'un clone du production et après on fait la même modification à la main sur les autres clones), entre les entretiens d'embauches ou je rentrais dans une grille (Donc vous êtes ingénieur ****, ok, on vous embauche, quoi, vous voulez négocier parce que vous avez plus de 5 ans d’expérience de contribution au libre et vous pensez être plus compétant que les autre ingés **** que l'on vient d'embaucher, mais mon brave monsieur…). Entre les entretiens faussement technique (Vous avec combien d'année d’expérience en OpenCL… 1 ans… Mais c'est pas assez… (à cette époque les spécifications opencl avait été publiée dans l'année…). Ou vous maitrisez le HTML ? Le DHML ? Le javascript ? L'ecmascript ? Le web 2.0 ? l'ajax…) Vous avez 3 ans d’expérience OpenGL, mais pas de direct3D, on ne peut pas vous embaucher (pour le débat, oui les deux technos sont différentes, mais bon, ce qui est important c'est de comprendre comment fonctionne une carte graphique, le reste c'est là même chose dans les grandes lignes). Le pire sans doute à été de réaliser que l'on était que des ressources sans valeur ajouté. Un jour le responsable technique d'un projet m'a dit "Nous avons un devoir de conseil envers la direction, mais nous devons appliquer leur décisions à la lettre" à propos d'une décision technique voulue par la direction qui n'avait aucun sens. Cette décision à été appliquée contre l'avis des "gens qui savent comment ce truc fonctionne" et il a fallu tout réparer deux mois plus tard. Je ne prétend pas comprendre le travail du marketing et de la direction (et je suis content qu'ils soient là parce que sinon notre travail ne peu pas être valorisé), mais l'inverse est aussi vrai, sans technique, pas de produit à vendre, et c'est trop souvent oublié. Pourquoi cette relation est elle à sens unique ?
Bref, avec tout cela, j'ai craqué, et j'ai décidé de faire une thèse (et j'ai fais une croix sur les sous). La thèse se finie presque mais je n'ai pas envie de continuer la dedans. En France la recherche est super mal valorisée. La plupart des gens pensent que l'on est des branleurs dans un labo bien au chaud, les recruteurs se demandent ce que l'on a fait pendant 3/4 ans et ont peur que l'on soit trop qualifié et que l'on demande trop d'argent. Et la recherche en soit c'est très frustrant. Tu as une idée, tu la creuse, ça marche, ça marche vraiment bien. Tu tentes une publication. Refusée, mal rédigée. Tu rédiges cela mieux. Refusée, tu ne te compares pas à une méthode qui à été publiée la semaine dernière. Tu fais la comparaison, refusée, quelqu'un a publié un article avec une méthode équivalente, ok, tu peux jeter 2 ans de travail, nouvelle idée, 6 mois de boulot… bon cela ne marche pas… Mince, cela fait déjà 3 ans… il faut que je rédige, mais je n'ai rien… De nos jours pour faire un article de recherche il faut avoir une bonne idée (ce qui n'est pas gagné, certains domaines sont vraiment très concurrentiels), avoir une bonne réalisation (i.e. un code correct, cela je sais faire). Avoir une preuve mathématique forte (c'est plus dure et c'est souvent frustrant car tu prouves des choses théoriques non applicables, du genre que ton algorithme est correct à l'infini, mais en pratique tu n'atteindras jamais ce temps), savoir rédiger (ça quand tu es français c'est pas gagné "I are actually a firking rezearch studen"), savoir mettre en valeur (oui, tu travailles sur de l'affichage de texte, mais tu dois faire une vidéo digne de pixar dans laquelle ta contribution est utilisée pour les crédits). Bref, je devrais soutenir ma thèse sous peu. (dont je suis très satisfait personnellement, j'ai beaucoup appris, j'ai testé/expérimenté énormément de choses. Malheureusement pour la communauté il s'agit d'une thèse peu brillante, j'ai peu de publications (on ne publie pas les choses testées qui échouent)).
Alors j'ai recommencé à chercher un emploi. Pas dans la recherche, j'ai trop souffert du manque de valorisation, de l’échec permanent (note: ce n'est pas forcement le cas pour tous le monde. Sans doute suis-je mauvais, ou alors c'est une loterie ?) Les entretiens d'embauches sont les même, je n'ai encore trouvé aucune boite pour qui mon expérience (même si elle est petite) est intéressante. Généralement mon CV est résumé à "Ingenieur **** - Sans expérience pro depuis 4 ans. C++". Les seuls offre intéressantes sont à l'étranger (ou à paris, mais c'est pareil ;) mais je n'ai pas envi de bouger pendant au moins 3 ans (pour des raisons familiales, enfant/compagne avec un diplôme à la con qu'elle doit finir et qui ne pourra jamais quitter la France car pas/peu valable à l'étranger). Et pourtant je ne suis pas perdu dans la campagne, je suis dans la seconde plus grande ville de France.
J'ai pas mal envisagé de tout changer. Devenir moniteur d'escalade, de montagne, de parachutisme. Devenir enseignant de 3D dans une école d'art. Mais je n'ai aucune qualification pour cela. J'envisage aussi de changer et de me mettre en mode management requin. Voir si cela passe, pendant combien de temps cela passe. Si au final je gagne assez d'argent pour pouvoir me payer des loisirs sympas pendant mon temps libre, c'est sans doute une façon correcte de voir les choses (mais bien loin de mon idéal initial).
J'ai beaucoup parlé de moi alors que c'est ton journal et je m'en excuse, c'est un peu pour dire que tu n'es pas seul dans ces grandes interrogations. J'ai plusieurs fois relu mon texte en me disant que cela n'apporterais rien à ton journal et en pensant ne pas le soumettre, et finalement je vais valider, parce que j'ai passé du temps à écrire cela, et que cela peu ajouter quelques détails à la discussion.
tl/dr; T'es pas le seul à souffrir, à être perdu.