Un peu de vocabulaire en philosophie politique ne ferait pas de mal …
1) "l'État" à Rome comme à Athènes.
Les postes de généraux, gestionnaires du Trésor, etc. sont des magistratures souvent électives et souvent à connotation religieux (comme le pontifex maximus). Il n'y a pas d'État conçu comme un ensemble de pouvoirs et d'administrations de la chose publique comme on peut le voir à partir du XVIIe siècle européen (avec des ministères, des Directions centrales ou déconcentrées) et des fonctionnaires salariés recrutés sur concours. Les fonctions politiques, via le cursus honorum dans la République romaine supposent que le prétendant à un poste soit littéralement milliardaire (pour des raisons trop longues à expliquer ici) et ces fonctions servent essentiellement à réguler les affaires juridiques, militaires et fiscales. Ces postes sont aux mains des patriciens jusqu'à la création du tribunat de la plèbe (mais même les tribuns de la plèbe n'appartenaient pas à … la plèbe). Comme il n'y avait pas de distinction entre la loi civile et la loi religieuse, on peut dire que certaines fonctions sont religieuses et politiques.
2) Les "cannibales"
Comme chacun sait, il y a plusieurs façons d'aborder les questions politiques. Soit on considère que la vie politique est une forme pure d'inconscience sociale et on adopte ce que Nietzsche appelait "les idées anglaises" (celles de Locke, Hume, Smith, Mandeville, etc.), qui consistent à dire (en gros) que "les vices privés font les vertus publiques", ou encore que "chacun cherchant à satisfaire son intérêt finit par trouver un accord avec les autres" et qu'ainsi aux principes des États modernes on trouve le contrat et l'intérêt liés au commerce (c'est Montesquieu qui pointe le premier le nerf de la politique moderne : la centralité du commerce). Montesquieu apprécie ce dispositif que l'on peut appeler (et qu'on appelle) le "dispositif libéral". On remarque que c'est l'intérêt, voire l'utilité qui est le carburant du consentement et de l'ordre politique. Mais évidemment, même si Montaigne fait l'éloge des Cannibales, on ne voit pas de cannibalisme dans l'Europe moderne.
Soit on considère qu'à côté en bon sociologue qu'on doit séparer les faits et les valeurs. Certains sont cannibales, d'autres ne le sont pas; et de fait, personne ne l'a fait exprès. C'est comme ça ! C'est la résultante de siècles de processus socio-économiques et de hasard. C'est justement méconnaître le droit naturel et le fait que les hommes peuvent choisir leur façons de vivre. C'est ainsi qu'on peut passer de la royauté à la république, de la république à la tyrannie, de la tyrannie à l'empire et de l'empire à la démocratie. La question qui subsiste est celle-ci : pourquoi et comment ?
[^] # Re: Droit naturel
Posté par Adeimantos . En réponse à la dépêche Libertarianisme et propriété intellectuelle, une traduction. Évalué à -3.
Un peu de vocabulaire en philosophie politique ne ferait pas de mal …
1) "l'État" à Rome comme à Athènes.
Les postes de généraux, gestionnaires du Trésor, etc. sont des magistratures souvent électives et souvent à connotation religieux (comme le pontifex maximus). Il n'y a pas d'État conçu comme un ensemble de pouvoirs et d'administrations de la chose publique comme on peut le voir à partir du XVIIe siècle européen (avec des ministères, des Directions centrales ou déconcentrées) et des fonctionnaires salariés recrutés sur concours. Les fonctions politiques, via le cursus honorum dans la République romaine supposent que le prétendant à un poste soit littéralement milliardaire (pour des raisons trop longues à expliquer ici) et ces fonctions servent essentiellement à réguler les affaires juridiques, militaires et fiscales. Ces postes sont aux mains des patriciens jusqu'à la création du tribunat de la plèbe (mais même les tribuns de la plèbe n'appartenaient pas à … la plèbe). Comme il n'y avait pas de distinction entre la loi civile et la loi religieuse, on peut dire que certaines fonctions sont religieuses et politiques.
2) Les "cannibales"
Comme chacun sait, il y a plusieurs façons d'aborder les questions politiques. Soit on considère que la vie politique est une forme pure d'inconscience sociale et on adopte ce que Nietzsche appelait "les idées anglaises" (celles de Locke, Hume, Smith, Mandeville, etc.), qui consistent à dire (en gros) que "les vices privés font les vertus publiques", ou encore que "chacun cherchant à satisfaire son intérêt finit par trouver un accord avec les autres" et qu'ainsi aux principes des États modernes on trouve le contrat et l'intérêt liés au commerce (c'est Montesquieu qui pointe le premier le nerf de la politique moderne : la centralité du commerce). Montesquieu apprécie ce dispositif que l'on peut appeler (et qu'on appelle) le "dispositif libéral". On remarque que c'est l'intérêt, voire l'utilité qui est le carburant du consentement et de l'ordre politique. Mais évidemment, même si Montaigne fait l'éloge des Cannibales, on ne voit pas de cannibalisme dans l'Europe moderne.
Soit on considère qu'à côté en bon sociologue qu'on doit séparer les faits et les valeurs. Certains sont cannibales, d'autres ne le sont pas; et de fait, personne ne l'a fait exprès. C'est comme ça ! C'est la résultante de siècles de processus socio-économiques et de hasard. C'est justement méconnaître le droit naturel et le fait que les hommes peuvent choisir leur façons de vivre. C'est ainsi qu'on peut passer de la royauté à la république, de la république à la tyrannie, de la tyrannie à l'empire et de l'empire à la démocratie. La question qui subsiste est celle-ci : pourquoi et comment ?