On peut toujours dire que telle ou telle notion est une "invention humaine" et partant, qu'elle est pure convention. Cette critique qui se veut définitive se contredit elle-même, en bonne logique, si elle veut dire que "si toute notion est une invention humaine et partant conventionnelle, aucune notion n'a de validité". Autant dire que la proposition précédente se heurte à une critique radicale et dévastatrice, puisqu'elle affirme être elle-même pure convention. Le problème avec le relativisme, y compris juridique (il n'y aurait que du "droit positif" et aucun principe transcendant au droit positif) c'est qu'il n'est pas capable d'expliquer pourquoi nous ne sommes pas cannibales, sauf à dire que c'est là l'effet d'une pure habitude, fondée sur un intérêt qui peut se dissiper.
Si toute notion est une représentation d'un rapport, que ce rapport soit réel ou imaginaire, il faut en chercher le domaine de validité et l'extension de ce domaine. Jusqu'où et pourquoi telle ou telle notion (ou ensemble de notions) est-elle pertinente ?
En ce qui concerne les thèses "libertariennes" (qui font plus ou moins fureur aux U.S.A. depuis de longues années) dont l'objectif essentiel est de dégager la société civile de l'autorité de l'État et en particulier de la fiscalité de l'État fédéral, il faudrait prendre les choses au commencement (par les principes), au lieu de fustiger des idées dont on maîtrise assez mal l'histoire et la portée.
Il faudrait se souvenir (sans se décider pour une solution politique plutôt que pour une autre) que dans l'histoire européenne, l'invention de l'État est assez récente. les penseurs de l'État "moderne" sont Machiavel, Bodin, Hobbes, etc. Il faut se souvenir que c'est du fait de l'échec des formes et des régimes politiques médiévaux que l'État est apparu comme la meilleure solution politique à l'état de guerre permanent. Il faut se souvenir que si on laisse des familles se gouverner seules et à leur tête les pères de ces familles, cela a pu donner dans l'histoire de l'Europe médiévale ce que l'on a appelé le féodalisme.
Et il faudrait se souvenir enfin, que la démocratie sans État a pu exister dans un passé lointain : cela s'est appelé la "Cité grecque" (Athènes …) et la "République romaine" (ne pas oublier le cas des républiques italiennes de la Renaissance). Les raisons pour lesquelles ces petites communautés politiques n'ont pas perduré se trouvent dans certains ouvrages de philosophie politique. Il semble assez évident qu'une démocratie fondée sur l'interaction de petites communautés politiques (petites par le nombre d'habitants) est une configuration vers laquelle va notre sympathie. Mais il ne faudrait pas oublier ce qui est à la racine des États modernes : le commerce, le consentement et le contrat. En ce qui concerne les USA qui, comme leur nom l'indique est une Fédération d'États, il est assez piquant de remarquer que la question touchant l'éventualité de leur union reposait sur les droits de douane (de la même manière que la guerre contre les Anglais).
Pour terminer ce rappel, on peut toujours railler la notion de "droit naturel" et par exemple railler tout droit positif parce qu'il se fonde sur le caractère naturel de la liberté humaine. On pourrait prendre d'autres arguments afin de lever le voile sur les difficultés immenses qu'on rencontre dès que l'on se met à réfléchir sur la vie et l'histoire de la politique dans le monde Occidental…
[^] # Re: Droit naturel
Posté par Adeimantos . En réponse à la dépêche Libertarianisme et propriété intellectuelle, une traduction. Évalué à 2.
On peut toujours dire que telle ou telle notion est une "invention humaine" et partant, qu'elle est pure convention. Cette critique qui se veut définitive se contredit elle-même, en bonne logique, si elle veut dire que "si toute notion est une invention humaine et partant conventionnelle, aucune notion n'a de validité". Autant dire que la proposition précédente se heurte à une critique radicale et dévastatrice, puisqu'elle affirme être elle-même pure convention. Le problème avec le relativisme, y compris juridique (il n'y aurait que du "droit positif" et aucun principe transcendant au droit positif) c'est qu'il n'est pas capable d'expliquer pourquoi nous ne sommes pas cannibales, sauf à dire que c'est là l'effet d'une pure habitude, fondée sur un intérêt qui peut se dissiper.
Si toute notion est une représentation d'un rapport, que ce rapport soit réel ou imaginaire, il faut en chercher le domaine de validité et l'extension de ce domaine. Jusqu'où et pourquoi telle ou telle notion (ou ensemble de notions) est-elle pertinente ?
En ce qui concerne les thèses "libertariennes" (qui font plus ou moins fureur aux U.S.A. depuis de longues années) dont l'objectif essentiel est de dégager la société civile de l'autorité de l'État et en particulier de la fiscalité de l'État fédéral, il faudrait prendre les choses au commencement (par les principes), au lieu de fustiger des idées dont on maîtrise assez mal l'histoire et la portée.
Il faudrait se souvenir (sans se décider pour une solution politique plutôt que pour une autre) que dans l'histoire européenne, l'invention de l'État est assez récente. les penseurs de l'État "moderne" sont Machiavel, Bodin, Hobbes, etc. Il faut se souvenir que c'est du fait de l'échec des formes et des régimes politiques médiévaux que l'État est apparu comme la meilleure solution politique à l'état de guerre permanent. Il faut se souvenir que si on laisse des familles se gouverner seules et à leur tête les pères de ces familles, cela a pu donner dans l'histoire de l'Europe médiévale ce que l'on a appelé le féodalisme.
Et il faudrait se souvenir enfin, que la démocratie sans État a pu exister dans un passé lointain : cela s'est appelé la "Cité grecque" (Athènes …) et la "République romaine" (ne pas oublier le cas des républiques italiennes de la Renaissance). Les raisons pour lesquelles ces petites communautés politiques n'ont pas perduré se trouvent dans certains ouvrages de philosophie politique. Il semble assez évident qu'une démocratie fondée sur l'interaction de petites communautés politiques (petites par le nombre d'habitants) est une configuration vers laquelle va notre sympathie. Mais il ne faudrait pas oublier ce qui est à la racine des États modernes : le commerce, le consentement et le contrat. En ce qui concerne les USA qui, comme leur nom l'indique est une Fédération d'États, il est assez piquant de remarquer que la question touchant l'éventualité de leur union reposait sur les droits de douane (de la même manière que la guerre contre les Anglais).
Pour terminer ce rappel, on peut toujours railler la notion de "droit naturel" et par exemple railler tout droit positif parce qu'il se fonde sur le caractère naturel de la liberté humaine. On pourrait prendre d'autres arguments afin de lever le voile sur les difficultés immenses qu'on rencontre dès que l'on se met à réfléchir sur la vie et l'histoire de la politique dans le monde Occidental…